| Mina | ||
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| Corto Maltese, «À toi,
Le vent faisait chanter la carcasse de la baleine jadis échouée sur la plage et les mouettes criaient en troupe affolée entre le sable et les vagues vertes de l'océan. Je m'étais arrêtée non loin du rivage. Un soleil d'automne fouillait la grève de sa lumière froide. Je te regardais arriver les mains enfouies dans ton caban de marin au col relevé. Tu marchais la tête basse et le front buté. Tu semblais triste et mal à l'aise. Je me demande encore comment tu as trouvé le courage de me demander de partir avec toi. Et je me demande surtout comment j'ai trouvé l'énergie de refuser et de te dire adieu. En affirmant que je portais malheur alors que c'est mon malheur que je porte en moi. La dernière image que je garde de toi est celle d'une longue silhouette adossée à la dune. Tu faisais corps avec l'horizon et seuls les oiseaux de mer signalaient ta présence. Cela fait bientôt deux ans que leurs cris imbéciles résonnent dans mes cauchemars. Banshee À toi,
Go dtuga tlacht ar no ghlor No chumta a-nocht is ro-mhor Qu'un voile vienne sur ma voix Ma tristesse cette nuit est immense Je suis mal après le départ des rois glorieux, Après Diarmaid et Conan Après la mort d'Eogan au javelot gris Et de Conall du premier assaut. Que résonnent nos antiques ballades Lorsque je ne crois plus au combat. Lorsque s'allonge la litanie de toutes nos victimes. Lorsque ne cessent pas les cris des suppliciés dans les prisons anglaises. Que résonnent nos antiques ballades à l'heure où j'apprends la trahison de Pat Finnucan et l'honneur maudit du major O'Sullivan. À l'heure où l'Irlande n'est toujours qu'une île amputée. Et que le ciel ou le diable me débarrasse de ton souvenir. Banshee À toi,
Mon univers était celui du
vent et de la mer, de la bruyère et des murets de pierre,
l'univers du vieux monde celtique. Je suis partie le retrouver dans la
petite Bretagne, tel Merlin débarquant au port d'Aleth, aux
côtés de Ban et Bohor rejoignant leurs royaumes de Gannes
et de Benoïc. J'ai parcouru la forêt de Brocéliande,
j'ai guetté les korrigans dans les alignements de Kermaria, j'ai
entendu la charrette de l'Ankou dans les chemins creux de la baie
d'Audierne. Et je me suis arrêtée dans cette île du
golfe du Morbihan que les cartes ont presque oubliée. Telle une
vieille femme, ployant sous les vrais malheurs et les faux souvenirs.
Au long de mes routes, si des étreintes de passage m'ont
arraché des cris, aucune n'a su réchauffer mon corps. Un
jour je lèverai l'ancre pour des horizons calcinés, afin
de recroiser ton sillage, matelot du diable. Humble Mina, |
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