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Evalia |
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Au détour d'une vague humaine |
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| Cher Monsieur Maltese, Vous écrire, enfin, c'est possible, c'est soudain. Coucher quelques mots en rougissant, à mon rythme déjà, un peu sonnée surtout. Je vous ai croisé si souvent. Au coin d'une rêverie salée, sur un bateau de papier, au détour d'une ruelle imaginaire. Je viens, cher Corto, prendre de vos nouvelles, mais ne peux m'empêcher d'écrire davantage. Il y a quelques années j'ai rencontré un homme étrange. Je n'étais alors qu'une gamine, et lui un de ces artistes qui vont font tourner la tête le temps d'un spectacle ou d'une nuit dans d'humbles draps. Trop facilement approchable et qui pourtant jamais ne se laisse prendre. Libre. Il portait un costume de marin et un anneau à l'oreille gauche. J'ai pensé que c'était vous, et j'ai caché mes joues cramoisies de jeune fille sous mon écharpe, heureuse, méfiante, les cheveux qui volent. Pourtant, pas de Corto sans cette casquette-là, mais son allure m'évoquait la vôtre. Peut-être dans sa manière de se dérober... Impression de voir surgir un homme déconnecté du temps, terriblement dans notre époque pourtant. Intemporel. J'ai tout de suite su qu'il ne resterait pas dans mes bras et qu'il me hanterait toujours, de la même manière que demeurent des miettes de vous dans la tête des personnes qui ont un jour croisé votre route. Un passager, que vous êtes. Oui. Lui aussi. Il est parti le lendemain, je me suis rasé les cheveux. C'est un rituel. J'écris trop, je le sais, mais je continue. Dans une danse. Tango. Me l'accordez-vous? C'est palpable et ça monte. Le long des mollets, sur les cils, au bout des doigts. Je suis vivante. Écorchée toujours, humaine d'abord. Demain je m'en irai et je continuerai de me battre pour danser, écrire et rêver. Toujours. J'espère vous rencontrer au détour d'une vague humaine, cher oiseau de passage. Vous avez connu des femmes fortes, je tâcherai alors de l'être également afin de ne pas vous décevoir. Je serai touchée de recevoir quelques mots d'un marin intemporel. Je n'ai pas de question, je suis juste là avec mes mots et mon écharpe. Bien à vous, Evalia Evalia qui va là, Te répondre, enfin, c'est possible. La prochaine fois qu'on se croise, en songe ou en vrai, faudra découvrir tes joues jadis cramoisies pour que je te reconnaisse, si on se connaît il va sans dire, et que ton âme humaine soit mise à nu parmi cette vague humaine invisible. Car dans ton rêve «Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve, Une ébauche lente à venir Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève Seulement par le souvenir.» C.M. |
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