|
troisacdbg@club-internet.fr |
||
|
Votre enfance |
||
|
Chère Françoise, Pardon de vous déranger de nouveau. J'aurais voulu en savoir plus sur votre enfance après votre retour de la Martinique. Pourquoi votre tante vous a-t-elle prise en charge? Qu'est-il arrivé à votre mère? Que faisiez-vous chez cette tante? Mes amitiés, Anaïs
Très chère Anaïs, Qu'y a-t-il à changer au quotidien d'une vieille dame à part y apporter les parfums de la vie active qui règne hors des murs de St-Cyr? À moins que vous n'apportiez un démenti à ces rumeurs qui veulent que le monde ait bien changé depuis la mort de Louis, bien plus que ce qu'on m'a laissé savoir... Vous me ramenez aux souvenirs doux-amers de mon enfance, à mes désillusions. Et pourtant, ce fut bel et bien le début de mon ascension, bien que je n'en fusse aucunement consciente! Bien avant notre retour, ma mère nous vantait les charmes de ce Paris où tout était possible: on y trouvait tout ce dont on pouvait désirer, toutes les capitales du monde y avaient les yeux rivés, les pauvres y avaient leur place auprès des riches... Dernière affirmation dont il m'a fallu déchanter après un court séjour: notre père ayant disparu dans une aura moindre que celle qui mène à la sainteté, il nous fallait subvenir à nos propres besoins. Mendier la soupe du jour devenait une nécessité. Après l'abondance des îles et le dévouement de nos esclaves, quel désenchantement! De mon poète de grand-père (je ne veux en rien paraître péjorative face à son talent!), il restait une fille demeurée huguenote. Lorsque la lenteur de la poste l'eut rejointe, elle s'émut immédiatement de mon sort et offrit à ma mère de me prendre sous son aile. Malgré la noblesse de sa naissance, comme beaucoup de gens de sa confession vivant hors du rayonnement royal, elle menait un train modeste. Il me fallait donc gagner le gîte qu'elle m'offrait en gardant la volaille, tâche dont je m'acquittais avec reconnaissance et insouciance, comme tout enfant de cet âge tiré de la famine. Ce sont parmi les meilleurs souvenirs que je conserve de mon enfance et, malgré les ragots rapportés sur mon compte, il m'en restera une certaine tolérance envers ceux de la religion Réformée. Lorsque vous mentionnez ma mère, cela me porte à soupirer... Elle ne s'est jamais remise de l'abandon de mon père, elle qui aurait dû y renoncer depuis longtemps, et mille et une fois. Ah! La constance des hommes! C'est un aspect de ma vie que je préfère garder dans l'ombre propice au pardon. Je crois que je suis trop partagée entre mes convictions et celles qui ont dirigé mes contemporains. Il m'est difficile de juger car j'ai subi l'influence des îles à un âge où l'on n'est qu'argile entre les mains d'éducateurs qui n'ont pour repères que la nature qui les entoure. Est-ce bien ou mal? Je suis bien mauvais juge, moi qui ai cru en leur manière d'élever les enfants... Mes meilleurs voeux pour l'année qui vient de commencer! Françoise |
|
|