Nathy
écrit à

   

Madame de Maintenon
Madame de Maintenon

   


Vos contacts avec votre frère Charles, comte d'Aubigné
 

    Bien chère Madame de Maintenon,

Si je ne me trompe pas, votre père Constant d’Aubigné a épousé en secondes noces votre mère Jeanne de Cardaillac. De cette heureuse alliance sont nés deux merveilleux enfants, votre frère Charles comte d’Aubigné et vous Françoise. Il y avait pourtant une grande différence d’âge entre eux -vingt-six ans si mes calculs sont exacts-! Votre mère était bien jeune pour mettre son premier enfant au monde, elle n’avait que treize ans! Onze années plus tard, à vingt-quatre ans, elle vous mettait au monde.

Avez-vous gardé des contacts avec votre frère Charles et son épouse? De son union avec Genevière Piètre est née une  petite fille (en 1684) qui a hérité de votre prénom «Françoise d’Aubigné». Cette petite fille est née un an après votre mariage avec le Roi Louis XIV. Est-ce une coïncidence, ou ce prénom a-t-il été choisi volontairement? À la naissance de cette petite Françoise, votre frère était déjà âgé de soixante ans, mais quel était l’âge de la maman lors de ce joyeux jour? Votre frère a épousé Geneviève Piètre en 1678, toutefois nous ne connaissons pas la date de naissance de Geneviève. Notre petite Françoise a grandi, s’est mariée en 1698 avec Adrien-Maurice, troisième Duc de Noailles. De cette union sont nés six enfants entre 1704 et 1719. Avez-vous connu vos neveux et nièces?

Adieu Madame. J’attends de vos nouvelles et je vous souhaite une agréable journée.

Nathy


Ma chère enfant,

À quoi rime tout cela? Me direz-vous enfin le comment et le pourquoi de ce que vous prétendez vérifier en permanence? Est-ce le sérieux de votre historiographe favori? Si c'est cela,
jetez tout de suite ses oeuvres au feu: un auteur qui écrit que Charles et moi-même fûmes de «merveilleux enfants» ne mérite pas mieux. La formule me fait bouillir. Ni ma mère ni
mon père ne virent rien de merveilleux chez leurs enfants, je pense, en tout cas personne ne nous le fit jamais sentir, et moi-même je trouve l'adjectif franchement niais et ridicule

s'agissant de mon débauché de frère, et de moi-même pour qui je n'ai guère d'indulgence, croyez-le.

Mais quand bien même vos historiographes seraient des charlatans, croyez-vous les confondre en faisant valoir des témoignages d'une Maintenon d'outre-tombe? Je vois d'ici leurs
mines réjouies!


Pour vous répondre cependant j'ai vu mon frère et ai fidèlement servi ses intérêts, à mon sens, jusqu'à sa mort. Sa femme était une bourgeoise d'une quinzaine d'années quand il
l'épousa, et l'on donna à leur enfant le prénom de Françoise sans aucun doute en mon honneur, pour me la faire prendre en bonne part puisque je bénéficiais de la faveur: c'est
bien humain. Je l'ai d'ailleurs prise avec moi quand elle avait deux ans, l'ai élevée et mariée, elle est grosse en ce moment mais je ne sais si je verrais au monde ce dernier enfant.


Portez-vous bien Mademoiselle, pour moi je ne suis plus que l'ombre de moi-même.

Maintenon