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Madame de Maintenon

     
   

Une pièce de théâtre

   

Chère Madame,

Avec ma classe, nous créons une pièce de théâtre sur vos amours avec le Roi. Pourriez-vous m'éclairer sur le sujet s'il vous plaît? Y a-t-il des sites sur vous dont les sources sont sûres?

Merci de me répondre et sur ce, chère Marquise, à très bientôt.

Marion



Chère Marion,

C'est un honneur d'apprendre que cette histoire d'amour est jugée par vous digne d'une pièce de théâtre! J'ai plus l'habitude des railleries que des hommages...

Je vais tenter de vous en tracer les grandes lignes, car une simple missive ne peut tout raconter d'une relation qui fut complexe et dont le contexte a influencé le cours. Il vous sera ensuite possible de compléter ces informations grâce à la lecture, car je me suis laissé dire que des ouvrages biographiques ont été publiés. Je ne saurais malheureusement vous en donner les titres car, de ma retraite de Saint-Cyr, je m'informe assez peu des échos du monde. Pour ce qui est des sites, il est toujours possible de visiter Versailles, Saint-Cyr ainsi que tous les lieux qui m'ont vu grandir. Et maintenant, place à l'amour...

J'avais déjà pu apercevoir le Roy à quelques reprises lors d'événements publics comme son entrée à Paris ou lors de quelques bals, et je trouvais naturellement magnifique le plus beau gentilhomme de la cour. Jamais je n'aurais toutefois osé rêver avoir ne serait-ce que l'occasion de lui adresser la parole. La veuve Scarron que j'étais alors ne pouvait aspirer à quelque place que ce soit dans la vie du plus grand monarque d'Europe. Surtout que ce dernier était déjà bien pourvu avec une femme, la Reine Marie-Thérèse, une maîtresse officielle Mlle de la Vallière, et l'autre officieuse, Mme de Montespan.

Comme cette dernière avait un époux qui tolérait fort mal les cornes dont on l'avait affublé, il lui fallait trouver moyen de cacher les fruits de son adultère. Connaissant mon amour des enfants et ma discrétion, Mme de Montespan que j'avais connue en fréquentant les salons parisiens, m'offrit de devenir la gouvernante des enfants royaux, ce que j'acceptai avec reconnaissance. Ce rôle me permit de découvrir l'homme derrière le masque officiel lorsque le Roy rendait visite à ses enfants. Éventuellement, alors que la relation du Roy était devenue publique, j'emménageai à Versailles où les rencontres se firent plus fréquentes.

Au début, notre relation était plutôt formelle, le Roy s'informant des progrès de ses enfants ou discutant des détails de leur installation. Bientôt toutefois, nos conversations prirent un tour plus personnel que le Roy semblait apprécier, au point qu'il prit l'habitude de passer un moment dans mes appartements à la moindre occasion, ce qui n'alla pas sans provoquer la jalousie de la belle Athénaïs, que je tentai inutilement de rassurer sur les intentions du Roy que je voyais si épris d'elle que je n'imaginais pas qu'il puisse m'accorder plus que de l'amitié. Je crois d'ailleurs que ces scènes répétées ont en quelque sorte poussé Louis à trouver refuge auprès de moi, qui préfère la discussion aux coups d'éclat.

Notre amitié a graduellement pris un tour plus tendre et, lorsque j'ai pris conscience du danger, je fus à la fois éblouie et prise de panique devant tant d'honneur. C'est une chose que d'aimer un homme; c'en est une autre lorsque cet homme est le Roy et que l'on n'est que «la veuve Scarron» aux yeux du monde! Devant la constance de Louis et lorsque je pris conscience du rôle qui m'était dévolu, soit celui de travailler à sauver l'âme du Roy, je finis néanmoins par céder à cette passion. Une cérémonie secrète nous unit devant Dieu sinon devant les hommes, me consacrant maîtresse d'un coeur qui me demeura fidèle jusqu'à la mort.

Notre vie commune connut bien sûr ses hauts et ses bas et j'avoue m'être souvent, en mon for intérieur, écartée de la soumission qu'un époux attend de sa femme et de m’être plaint à mes intimes de ce que l'humeur de Louis me faisait parfois subir. Que voulez-vous, l'on s'habitue à tout et même la gloire finit par ternir à l'usure du temps: ne restent qu'un homme et une femme, face à leur faiblesse tout humaine. La flamme passionnée du début s'est atténuée pour ne laisser que des braises chaudes, d’où jaillissaient parfois encore des étincelles.

La mort de Louis, si elle m'a délivrée de cette vie à la cour qui me pesait, a laissé un grand vide que nul ne peut combler, une plaie béante dont il m'est impossible de parler. Les murs de Saint-Cyr se sont refermés sur ma douleur et les rires des pensionnaires sont un baume sur mon coeur affamé de tendresse. Peut-être votre pièce préférera laisser tomber le rideau avant la triste conclusion de notre histoire? Ce ne serait pas moi qui m'y opposerais!

Chère Marion, j'espère que votre pièce remportera un grand succès!

Françoise de Maintenon