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Josee |
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Philippe d'Orléans |
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| Madame de Maintenon, Quel plaisir de vous écrire! Dites-moi, que pensez-vous de Philippe d'Orléans, le neveu du Roi? Lui accordez-vous votre confiance? Josee Madame, Le neveu du roi, actuellement régent de France, fait partie de ces hommes qui n'ont pour moi l'étoffe ni d'ami ni de franc ennemi. À l'heure où je suis, d'ailleurs, je n'ai plus à cultiver de sentiments pour qui ne me fut jamais très proche, ce qui me convient fort bien. Voilà donc une bien pauvre nourriture pour votre curiosité, et je vais essayer aujourd'hui que je me porte assez bien de vous contenter davantage, en rappelant un peu le passé. Je prends le duc d'Orléans pour un homme d'esprit, intelligent et instruit. Comme son oncle il est fort travailleur et a une mémoire remarquable. Après cela, il s'agit d'un libertin et d'un débauché, voici la chose entendue, et je ne saurais que la condamner. J'avais fait de lui un moment mon héros pour sa bravoure et ses succès militaires lors de la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Son complot avec l'Angleterre pour prendre la place du petit-fils du roi sur le trône espagnol me consterna, comme tout un chacun. Je n'ai jamais pourtant tout à fait partagé à son égard la fureur royale de ce moment-là. Il m'apparaissait clairement que le roi l'avait un peu moins bien traité que ses bâtards -le duc était tout de même le premier prince du sang- ni n'avait reconnu comme il l'eût fallu sa valeur militaire. Si la trahison était inexcusable, elle se pouvait un peu expliquer par là. Et je dois être comptable au duc d'Orléans, après la mort du roi, en un moment où je ressentais les pires alarmes et tout le danger de ma condition, de son parfait respect pour tout ce qui me concernait, comme il s'y était engagé auprès de mon époux. Pourtant j'avais lieu de tout craindre pour moi, sachant qu'il n'ignorait pas la part que j'avais eue dans un testament qui prétendait le réduire à la fonction de président du conseil de régence. Que je vous conte un peu ce moment, qui marqua le vrai début de ma retraite à Saint-Cyr, en reprenant pour vous ce que j'ai consigné aussitôt après cette visite: Le roi mourut le 1er septembre 1715, à huit heures du matin. Son corps était à peine refroidi, cependant, que le 2 septembre, le duc d'Orléans fit casser son testament par le Parlement réuni, ainsi que le monarque lui-même l'avait prédit. Le 6, on me vint dire que le Régent était à la porte de la Maison et qu'il demandait à me voir. Entrant dans mon appartement, il me dit qu'il venait m'assurer de toute la considération que je pouvais désirer; comme je voulais le remercier, il m'interrompit en disant, assez froidement, qu'il ne faisait que son devoir et que je savais ce qui lui avait été prescrit. Je lui répondis fort doucement que je voyais, en effet, avec plaisir la marque de respect qu'il donnait au feu Roi en me faisant cette visite. Il me dit qu'il avait pris des mesures pour qu'on me donnât exactement ce que le Roi me donnait de sa cassette; et il me tint parole, allant jusqu'à mettre dans mon brevet de pension que mon désintéressement me l'avait rendu nécessaire. Je le remerciai très humblement, lui représentant que c'était trop dans l'état ou étaient les finances et que je n'en désirais pas tant. «C'est une bagatelle, répliqua-t-il, mais il est vrai que les finances sont en mauvais état.» Je lui dis que je prierai Dieu pour obtenir le secours dont il aurait besoin. «Vous ferez bien, me répondit-il, je commence à sentir le poids du fardeau dont je suis chargé.» Je l'assurai, avec un sourire, qu'il le sentirait davantage encore dans la suite. Il me protesta qu'il allait faire son possible pour rétablir les affaires, que c'était toute son ambition et qu'il s'estimerait trop heureux s'il pouvait, dans quelques années, rendre au jeune Roi le royaume en meilleur état qu'il n'était; «il n'y a personne qui ait tant d'intérêt que moi à la conservation du jeune prince, ajouta-t-il, car, si on le perdait, je ne régnerais pas en repos et on aurait la guerre avec l'Espagne.» Je lui répondis, avec la douceur d'une mère et la suavité d'une personne qui avait quarante années de Cour derrière elle, que, s'il n'avait pas le désir insatiable de régner, dont il avait toujours été accusé, ce qu'il projetait était cent fois plus glorieux. Je le priai, d'ailleurs, de ne rien écouter de tout ce qu'on voudrait m'attribuer de malveillances sur son sujet; que je connaissais la malice des hommes; mais que je n'avais plus rien à dire et que je ne pensais qu'à me renfermer; qu'on pourrait encore m'accuser de commerce en Espagne, mais que cela serait faux et que je ne penserais plus aux affaires que pour prier pour le bonheur de la France. Il me renouvela alors toutes sortes de protestations, pour moi et pour Saint-Cyr, et me pria de m'adresser à lui directement. Je lui répondis que mes plus grandes instances seraient pour achever la fondation de Saint-Cyr. Ce fut, enfin, une conversation de chat-fourré à chatte-mite, au bout de laquelle nous nous séparâmes dans les termes les plus aimables. Nous avions le poignard dans le coeur mais la fleur aux lèvres; et, du reste, assez d'esprit, l'un et l'autre, pour garder nos mesures sur toutes choses. Le Régent parti, je me jetai sur mon écritoire pour consigner les termes précis de notre entretien; je comptai de laisser cette relation aux dames de Saint-Cyr, avec mon testament, en cas que, moi disparue, le duc n'en vînt à perdre un peu la mémoire des promesses qu'il m'avait faites. Ce bel ouvrage fut mon dernier travail de politique. J'avais résolu que les malheurs qui menaçaient la France épargneraient la Maison de Saint-Louis, et que les tourments de ce siècle laisseraient le ciel calme au-dessus de ces quelques arpents. Vous voyez donc ma confiance est totale envers Dieu, et raisonnable envers le duc d'Orléans, qui l'a été avec moi plus que je ne m'y attendais. À Dieu, Madame. Ne craignez point de m'écrire. Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon |
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