Marie Adélaïde de Savoie |
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| Chère Françoise, Désolée de vous déranger de nouveau mais j'aurais voulu savoir quelle relation aviez-vous avec Marie Adélaïde de Savoie, Duchesse de Bourgogne et épouse du petit-fils de Louis XIV. Avez-vous beaucoup pleuré sa mort et pensez-vous que le Duc d'Orléans ait pu faire assassiner le duc et la duchesse pour hériter du trône? Dans l'attente de votre réponse, Anaïs |
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| Très chère Anaïs, Permettez-moi d'abord de vous faire compliment sur votre prénom qui est charmant et qui rappelle celui que s'était choisi Madame de Montespan, Athénaïs. Vous ne ne me dérangez aucunement et plonger dans ces souvenirs, quelques douloureux qu'ils puissent être, fait revivre ces êtres qui m'ont été si chers, dont Marie-Adélaïde. Celle-ci occupait une place particulière dans ma vie, quoique de façon trop brève. C'était une relation faite d'entente parfaite, de complicité et d'affection réciproque. Si vive, si enjouée, un esprit pétillant, et quel beau couple elle formait avec son mari. Je me suis entichée d'elle dès son arrivée à la Cour. Avec son entrain et son espièglerie, elle était notre rayon de soleil. Vous savez, avec l'âge on perd quelque peu le goût des fêtes. D'autant plus que bien des malheurs s'étaient abattus sur notre beau Royaume de France et que le Roi n'avait aucun répit. Notre chère petite Duchesse était la seule à lui tirer un sourire et que n'aurait fait le Roi pour cette ravissante enjôleuse! Je lui étais reconnaissante d'alléger ainsi mon fardeau: divertir un Roi préoccupé par les affaires du Royaume et les drames familiaux n'est pas une mince tâche. Cette mort si soudaine qui a fauché Marie-Adélaïde en pleine jeunesse nous a laissés inconsolables, le Roi et moi. Malheureusement, les devoirs de l'État ne laissent guère de place aux larmes mais, si la routine a repris ses droits, il n'en demeure pas moins que la joie s'était éteinte avec cette étincelle de vie et que le lustre de Versailles n'était plus qu'un verni cachant une douleur profonde. Versailles est retombé dans sa morosité et les jeunes courtisans se sont envolés vers des lieux plus hospitaliers. Quant aux rumeurs sur un possible assassinat, je vous avoue que le doute m'a effleurée. Et ce, malgré le diagnostic des docteurs dont l'aptitude à ergoter en latin est bien supérieure à leur capacité de guérir mais qui, pour une fois, s'accordaient pour dire que le mal qui avait emporté ma petite Duchesse était bien le même qui a frappé le duc de Bourgogne et le duc de Bretagne, que les symptômes ne s'apparentaient aucunement à ceux d'un empoisonnement et qu'il s'agissait bel et bien de la rougeole. Mes rapports avec le duc d'Orléans n'étant pas des plus chaleureux et connaissant son ambition, il aurait été aisé de succomber à la tentation de croire à ces rumeurs. Néanmoins, malgré mon antipathie, il me faut rendre justice à certaines qualités de droiture que possèdent Monsieur le Duc. Pour être tout à fait honnête, je pense aussi que sa légèreté le rendaient incapable de mener à bien une telle vilenie. Toutefois, ces événements n'ont rien fait pour améliorer l'opinion que j'avais de lui et il m'en est resté une profonde méfiance, de cet instinct qui fait dire qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Tout cela est déjà bien loin. Et pourtant, n'est-ce pas pour retrouver le sourire de Marie-Adélaïde que je me suis réfugiée à Saint-Cyr, au milieu de toute cette jeunesse débordante d'énergie? Je demeure votre obligée pour toute autre question que vous pourriez avoir. Françoise |