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écrit à

   


Madame de Maintenon

     
   

Mademoiselle de Tours

    Chère Françoise,

Pouvez-vous me parler du caractère de chacun des enfants du roi dont vous vous êtes occupée. Je crois savoir que vous adorez le duc du Maine mais n'appréciez point Mademoiselle de Nantes.

Est-il exact que l'aîné des enfants du roi et de Madame de Montespan avait un problème au cerveau?

La marquise rendait-elle souvent visite à ses enfants?

Savez-vous de quoi est décédée Marie-Louise (Mademoiselle de Tours ) en 1681?

Est-il arrivé à Athénaïs de faire une fausse couche?

Avec toute mon amitié,

Anaïs



Très chère Anaïs,

Il semble que votre prose tienne en haleine Sire sommeil et que celui-ci n'ose déranger la rêverie dans laquelle vous m'avez plongée. Les dernières semaines ayant durement éprouvé ma santé, je profite de ce répit pour m'adonner au seul plaisir que je m'accorde, soit celui de correspondre avec des gens d'esprit et de coeur. Vous faites naturellement partie de ce cercle de privilégiés et j'espère seulement que vous prenez autant plaisir que moi à cet échange.

Encore une fois, le choix du sujet de votre missive indique assez l'intérêt que vous me portez, intérêt dont je crains ne pas être à la hauteur. Dieu sait comme j'ai toujours essayé de me faire humble alors même que j'étais portée aux nues et voilà que, à l'abri des honneurs, me voici tentée à la complaisance parce que vous me demandez mon avis. Pourquoi parler de complaisance? Mais parce que vous vous adressez ici à l'éducatrice et qu'il me serait facile de céder à la tentation de mettre le blâme de mes erreurs sur le dos des géniteurs ou de l'influence de la Cour.

Vous l'aurez remarqué, il me faut néanmoins confesser avoir trouvé un enfant selon mon coeur dans le duc du Maine. Peu de mères peuvent se vanter avoir été si satisfaites que je l'ai été devant cet enfant: fier et courageux, rempli d'esprit, désireux de plaire, enjoué et sensible, à la fois vif et réfléchi, personne n'aurait pu me combler davantage. Certains diront que les soins constants exigés par son handicap me l'auront rendu plus proche, ce que je ne nierai point. Toutefois, certains handicaps peuvent se transformer en fardeau lorsque la personnalité de ceux qui les subissent est trop débile pour les supporter alors que mon petit duc avait toutes les qualités pour les faire oublier et même, les surmonter. Si je n'avais crainte de vous ennuyer, j'aurais mille anecdotes à vous rapporter sur sa force d'âme et sa douceur.

Auprès de cet être d'exception, il aurait fallu un éclat particulier afin de l'éclipser momentanément. Étais-je trop éblouie? Étais-je inapte à corriger leurs instincts? Je n'ai jamais pu ressentir la même fierté en regardant les autres enfants du Roi et de Mme de Montespan. La gent masculine étant beaucoup trop terne à mon goût, pliant au moindre vent et la féminine, trop portée à une médisance causée par une jalousie maladive envers ses égales. On aurait dit que les meilleurs attributs du couple adultère s'étaient concentrés en la personne du duc du Maine alors que leurs faiblesses avaient été réparties chez les autres rejetons et cela ne s'est guère amélioré avec l'âge! Sans vouloir en rejeter la faute sur la mère et ses serviteurs, il me faut souligner que seul les aînés ont été entièrement à ma charge.

Mme de Montespan, pour ses enfants comme pour le reste, a toujours suivi des impulsions incompréhensibles pour le commun des mortels, passant de l'obsession à l'indifférence la plus totale. Inutile de mentionner que cela a causé plus d'une discussion animée entre nous! J'avais l'impression qu'elle traitait ses enfants comme ses animaux de compagnie, exigeant d'eux des performances lorsqu'elle recevait des visiteurs, leur imposant ses horaires pour le souper et le coucher, les caressant distraitement indifférente à leurs réactions et allant même jusqu'à leur imposer les traitements absurdes suggérés par ses médecins lorsqu'ils étaient souffrants. Son comportement n'avait rien de surprenant venant d'une grande dame; néanmoins, j'étais sur des charbons ardents à chaque fois que l'on annonçait Mme de Montespan et je me serais bien privée de ces visites inopportunes!

Vous vous fiez de nouveau à moi pour éclaircir des circonstances funestes alors que les avis de nos médecins m'ont toujours paru obscurs et confus... J'aimerais tant m'y retrouver dans ce jargon truffé de latin compliqué mais surtout, je rêve d'arriver à guérir les maux qui affligent ceux qui me sont chers! On m'a en effet expliqué que l'aîné des bâtards souffrait d'humeurs au cerveau et l'on s'est perdu en conjectures au sujet de Marie-Louise et durant ce temps, je ne pouvais que me tordre les mains entre deux prières pour leur rétablissement. Autant je crois pouvoir soulager ce qui affecte les âmes et les esprits, autant je demeure impuissante face aux tourments du corps.

Ce qui m'amène à répondre à votre dernière question au sujet d'Athénaïs sur laquelle je dois vous avouer ma totale ignorance. Pour autant que je sache, cela ne s'est pas produit, Athénaïs étant très fertile et ses enfants s'étant succédés à un rythme assez rapide durant la période où elle fréquentait régulièrement le Roi. Vu mon éloignement relatif du feu de l'action et sa fierté, je ne crois pas qu'elle m'aurait avisé en cas d'incident de ce genre.

L'on me demande chez les jaunes... Veuillez excuser ce départ précipité alors que j'allais m'enquérir de vous et j'espère que vous y répondrez sans plus de pression de ma part...

Amicalement,

Françoise