Louis César |
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Chère Françoise, J'aurais voulu savoir de quoi sont décédés l'enfant mort en février 1672 et Louis César mort à l'âge de 11 ans, héritiers de Mme de Montespan et du roi? Avec toute mon amitié, Anaïs |
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| Chère Anaïs, Votre intérêt pour mes chers pupilles me touche beaucoup et j'aurais aimé satisfaire votre curiosité quant à leur triste sort. Pour cela, il aurait d'abord fallu que nos doctes bonnets pointus s'accordassent sur les causes, ce qui n'est pas le cas, chacun y allant de sa savante théorie puis, faisant la surenchère des moyens les plus saugrenus pour vaincre le mal. J'aimerais toutefois profiter de cette question pour épancher mon coeur meurtri par ce qui ressemble à de l'indifférence face aux tout-petits. On a d'ailleurs parfois qualifié mon attitude envers eux de «commune», car elle s'apparente davantage à celle de la bourgeoisie. Qu'il en soit donc ainsi, je ne renierai pas mon éducation de jeune fille noble mais pauvre! C'est un fait curieux d'ailleurs que seuls les bourgeois prennent soin de leur progéniture alors que pour une fois, pauvres et riches s'entendent pour ne leur accorder d'importance que lorsqu'ils sont en âge de jouer un rôle actif. Pourtant, l'enfance abolit toutes les barrières de classes en ce qu'elle est toujours vulnérable et ce, peu importe si elle est née sur un tas de paille ou dans des draps de satin: la faucheuse est impitoyable et sa moisson est abondante. S'attacher à ces petits êtres en sursis, c'est se préparer à un deuil cruel. J'en reviens alors à ma question: pourquoi la noblesse et la gueuserie ignorent-elles leur descendance? Répondre, c'est rétablir l'écart entre les classes. Pour les pauvres, une naissance signifie une bouche de plus à nourrir, un souci de plus dont on ne sait s'il survivra assez longtemps pour justifier la pitance qu'on lui sert et contribue à améliorer le sort de la famille par son labeur. De plus, la venue d'un enfant empêche la mère de participer pleinement aux tâches lucratives sans parler de tous les risques reliés à la grossesse et à l'accouchement. Chez la noblesse, il y va de la survivance de sa lignée, de l'avancement de cette dernière grâce à des alliances astucieuses, choses qui ne seront réalisées que lorsque le nourrisson aura atteint l'âge nubile. Avant cela, l'enfant pèse bien peu dans l'échiquier politique et, comme ses parents sont pris dans le tourbillon des charges et plaisirs de la Cour, seule la nourrice peut apporter quelque réconfort au nourrisson. Et comme elle est souvent choisie en fonction de la grosseur de ses mamelles et non selon ses capacités d'éducatrice, il y a fort à parier que l'enfant ne verra pas tous ses besoins comblés dans les premières années de sa vie. Je pourrais vous raconter des histoires à vous faire dresser les cheveux sur la tête, en commençant par l'enfance de sa Majesté Louis XIV qui se couvrait avec des draps percés pour dormir et qui vécut plusieurs mésaventures faute de surveillance attentive ou de certains des nobles de sa Cour qui devaient disputer les reliefs des repas à la valetaille dans leur propre château. Aussi, lorsque nos docteurs sont incapables de poser un diagnostic précis dans le cas d'un enfant mourant alors qu'ils ne s'accordent déjà pas au sujet des adultes, ne soyez pas trop surprise! Bien à vous en ce lugubre soir de novembre qui réveille les douleurs de mes vieux os, Françoise |