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Marie_Leszczynska@dialogus2.org |
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Lettre de Marie Leszczynska |
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| Madame de Maintenon, Vous devez ignorer qui je suis, Madame, autant que Louise de la Vallière et votre mari Louis XIV avec qui j'ai eu le grand loisir de correspondre. Je me nomme Marie Leszczynska, fille de Stanislas Leszczynski, Roy de Pologne, qui fut hélas détrôné en 1709, et de Catherine Opalinska. J'ai épousé Louis XV, que vous avez connu, en 1725. J'ai pu vivre, avec une fervente dévotion, dans cette Cour, où vous, qui m'avez précédée, avez vécu. Bien que je n'aie pas pu vous connaître, vous demeurez un exemple pour moi, surtout à cause de la grandeur d'âme dont vous avez usé pour assumer votre charge. Je ne me permets pas de vous écrire pour vous entretenir sur les rapports du Roy Louis XIV avec ses favorites, car je sais que vous avez toujours refusé de l'être. J'ai moi-même beaucoup souffert des infidélités conjugales. Je désirais seulement vous entretenir au sujet d'une femme que vous avec bien connue, Mlle Ninon de Lenclos. Bien qu'elle fût très libertine et que je n'aie jamais eu aucun goût pour le libertinage, Mlle de Lenclos m'inspira toujours un profond respect pour son esprit et son goût pour les arts et les lettres. J'aimerais beaucoup que nous puissions nous entretenir sur vos relations avec elle. Recevez, ma chère dame, l'expression de mon plus profond respect. La Reine de France, Marie Leszczynska Votre Majesté, Qu'une dame de votre rang me distingue est une chose rare et je ne suis pas certaine de mériter cet honneur. J'avouerais même que je suis confuse devant l'admiration que vous me portez et cela, pour les raisons même que Vous donnez. Au risque de perdre Votre précieuse estime, il me faut rectifier certains faits par souci d'honnêteté. Je m'en voudrais trop de cacher quoi que ce soit à Votre Majesté. Car si la discrétion a pu jeter le voile sur la relation que j'entretenais avec Sa Majesté Louis XIV, je dois confesser qu'elle n'a pas attendu les liens sacrés du mariage pour perdre son innocence première bien que je ne sois jamais devenue favorite. Tout en sachant à quel point les faiblesses de la chair sont inexcusables, je fais appel à Votre indulgence envers cette jeune femme qui n'osait se refuser à ce souverain auquel elle devait tout et qui la charmait de mille manières. Mon confesseur pourrait vous dire mieux que moi les affres dans lesquelles ces écarts de conduite m'ont plongée et combien de fois j'ai tenté de fuir ces tentations! Mais parlons plutôt de celle que le péché n'a point marqué du sceau de l'infamie, de l'incomparable Ninon. Ah Ninon! L'on en a dit et médit mais, sans contredit, elle fut l'un des personnages les plus considérables de la Cour, sans pour autant ne jamais y paraître. Quel tour de force! De ceux que Ninon réussissait d'un mot, un seul, bien piquant et dont les échos franchissaient les Marais pour retentir dans les murs de Versailles, jusqu'aux oreilles du Roi. Et pourquoi pas? N'avait-elle pas déjà sous sa coupe la meilleure société? Aspect peut-être moins connu de Ninon, celle qui s'était mérité le surnom d'«honnête homme», n'en savait pas moins faire preuve d'une sensibilité toute féminine, capable de délicatesses envers ceux et celles qui s'étaient attiré ses bonnes grâces et dont je me flatte d'avoir fait partie. Autant elle était volage en amour, autant l'on pouvait compter sur sa fidélité lorsqu'il s'agissait de ses amitiés. Heureusement pour moi qui n'aurait pu me priver de ces longues conversations qui nous tenaient éveillées bien longtemps après que les feux s’étaient éteints. L'on me reprochera peut-être cette amitié avec la Ninon libertine mais bien peu oseraient trouver à redire devant la fréquentation d'une Ninon philosophe. Ainsi était cette femme exceptionnelle, capable d'enflammer les passions les plus opposées en apparence et que seul le nom de Ninon pouvait réconcilier. Quelle joie que de me m'entretenir de Ninon avec Vous et combien il me ferait plaisir de continuer sur ce sujet tant qu'il agréera à Votre Majesté de discuter disons, d'un «sujet si léger», pour ne point abuser ici du féminin alors qu'il «s'offre si spontanément» aux esprits mal tournés lorsqu'il s'agit de Ninon! Votre humble et dévouée servante, Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon Madame, Je vous remercie pour ce que vous avez pu me dire de Ninon de Lenclos. Je n'ai, quant à moi, jamais pu goûter aux passe-temps frivoles que pouvaient être les conversations avec des femmes telles que Ninon. À dire vrai, mes heures sont consacrées à la dévotion et aux oeuvres charitables. Je passe parfois de longues heures à méditer face à une Vanité, un crâne humain, que je nomme «Ma Belle mignonne». Je suis, en outre, persuadée que cette tête fut celle de Ninon. On rit bien de moi à ce sujet, pensant que je n'ai plus le sens commun! Ninon, est, à ce qu'il me semble, morte en 1705. Savez-vous où elle repose? Sa tombe a-t-elle était profanée, pour que son crâne exhumé arrive jusqu'à moi? Je vous remercie d'avance, Madame de Maintenon, des réponses que vous voudrez bien m'accorder sur le sujet. La Reine, Marie Leszczynska Votre Majesté, Il me faut d'abord faire appel à Votre indulgence pour avoir tardé à répondre à Votre missive, moi qui ne saurait exprimer à quel point Votre intérêt me touche! Il me ferait honte d'étaler devant Votre Majesté les maux qui accablent cette vieille carcasse si ce n'était que je sais cette dernière remplie de la volonté de répondre à Votre amitié. Mais sachez que je m'accommode mal de cette chaleur excessive qui fait sécher nos futures récoltes sur pied tout autant que la froidure qui a fait geler même les sauces accompagnant nos plats en ce Grand Hiver qui laissa Votre Royaume exsangue. Madame, votre lettre me laisse songeuse. Pardonnez mon impertinence, mais je crois y déceler une touche d'amertume qui me peine et à laquelle j'aimerais remédier. De cette époque du Marais des Précieuses que vous semblez regretter, demeurent des écrits dans lesquels on retrouve la quintessence des propos que l'on pouvait entendre lorsque ces Dames tenaient salon. La mémoire, cette empreinte de l'esprit à la fois trompeuse et fugitive, tend plus souvent à embellir ses souvenirs qu'à les restituer dans ses moindres teintes. Toutefois, je puis vous assurer que les beaux esprits présents à ces soirées manquaient parfois d'inspiration et qu'ils n'étaient pas plus épargnés que les petits par cette tendance à s'ébaudir du moindre ragot ni à ergoter sans fin sur le moindre point de l'Étiquette qui régissait alors la Cour. Non pas que tous ces gens dont l'esprit a fait la renommée ne s'en tenaient qu'au simple commérage à peine digne des cuisines! Je suis néanmoins persuadée qu'il Vous serait possible d'en savourer les effluves en feuilletant les pages de quelque recueil bien choisi. Il me faut aussi mentionner qu'esprit ou non, toutes les conversations n'étaient point frivoles, que la Belle Ninon en fût l'hôte ou non. Vous qui Vous êtes intéressée à ce personnage que d'aucuns surnommaient «la philosophe», savez sûrement que celle dont les charmes ont fait les délices des libertins a aussi édifié les grands esprits qui l'ont côtoyée! Et que même Mme de Sévigné, avec qui elle avait eu maille à partir pour les raisons que l'on sait, ne pouvait s'empêcher de l'admirer, lui concédant un pouvoir certain sur l'esprit de son fils. Vous me faites part vos méditations tout en me demandant ce qu'il est advenu des restes de Ninon. Tout d'abord, permettez-moi bien humblement de Vous rassurer: en obtiendrais-je Votre accord, que je me joindrais à Votre méditation. De son vivant, Ninon m'a enseigné des leçons de vie pour lesquelles je lui suis toujours reconnaissante et, comme je suis profondément convaincue de la survie de l'âme, ou ne serait-ce que par respect de cette âme éternelle, j'aimerais me recueillir devant ce crâne qui a abrité un regard dont la vivacité et la profondeur me hantent encore. À mon grand regret, je ne peux toutefois Vous éclairer sur ce qu'il est advenu de notre enchanteresse après sa disparition. La nouvelle de sa mort m'est parvenue alors que notre belle France traversait une période particulièrement troublée et je n'ai pu l'occasion m'appesantir sur cette perte comme elle l'aurait méritée. Quant au sort de sa dépouille, j'avoue que je n'ai point songé à m'en informer dans les années qui ont suivi sa mort. Vous me remerciez Madame, alors que c'est moi qui Vous suis redevable de me rappeler ainsi l'une de ces amitiés spontanées qui vous suivent toute une vie. Avec tout le respect qui Vous est dû, Françoise de Maintenon née d'Aubigné |
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