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alexis89_cv@hotmail.com |
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Les colombes du Roi-Soleil |
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Chère Madame, J'ai pris connaissance de vos conversations avec d'autres correspondants. J'ai lu le livre Les Colombes du Roi-Soleil où on parle de vous, de Saint-Cyr, de votre cour de Versailles et de votre deuxième mari, donc le Roi... Ça m'a plu et ça m'a beaucoup touché! J'aimerais bien que vous répondiez à quelques questions: Est-ce-qu'il y a des élèves (filles) qui sont des enfants légitimes de Louis le Quatorzième? Et avez-vous connu Angélique de Fontanges? Je suis ravi de vous avoir écrit. J'habite à Versailles, à quelques mètres du château. Alexis de Versailles Cher Alexis, Il me fait plaisir de m'entretenir avec un presque voisin. J'aurais mille questions à vous poser sur le Versailles d'aujourd'hui! Il ne manque pas d'âmes bien intentionnées pour me rapporter la moindre rumeur qui circule aux cuisines, mais la manière directe dont vous abordez des sujets que d'aucuns jugeraient trop vulgaires ou délicats pour être dignes de mention me laisse penser que vous sauriez me décrire la Cour d'une manière à laquelle peu de gens m'ont habituée, malheureusement. Vous me dites que l'on a fait de moi le personnage d'un livre. Voilà bien un signe que ma tentative de me couper du monde a fonctionné ou c'est que mon grand âge fait que l'on ne me considère plus une menace pour les vivants... Pardonnez cette ironie à une vieille dame qui a appris, à ses dépens, à se méfier de ceux-là même qui l'encensent. Je devrais plutôt me réjouir de savoir que l'on parle de la seule réalisation dont je sois fière, Saint-Cyr. Surtout que, si je me fie à votre ton, ce n'est point dans l'intention d'en médire, contrairement à ce que j'ai trop souvent vu. Sans plus vous faire languir, je vais satisfaire votre curiosité, bien légitime puisqu'il s'agit de la descendance de votre Roy et de l'une de celles qui a retenu son attention. Quoique Louis ait tenu en haute estime la qualité de l'enseignement offert à Saint-Cyr, il était hors de question d'en faire bénéficier sa progéniture. En effet, les enfants royaux n'auraient pu en aucun cas se retrouver parmi la noblesse sans-le-sou pour qui Saint-Cyr a été créé! D'autant plus qu'ils bénéficiaient d'office des meilleurs précepteurs du royaume, plus à même de les préparer au rôle qu'ils ont à tenir aujourd'hui. Les enfants du Roy ont parfait leur apprentissage sous la tutelle de précepteurs triés sur le volet et en compagnie de ceux dont le rang autorisait une telle faveur. Je vous avouerai toutefois que je m'interroge parfois sur la pertinence de cette coutume, car je crois fermement que la valeur ne doit rien aux quartiers de noblesse qui y sont habituellement attachés. Vous me demandez ensuite si j'ai connu Mademoiselle de Fontanges. Si je répondais «oui», ce serait mentir, car je n'ai jamais eu de conversation intime avec celle qui fit figure de favorite l'espace d'un moment. J'ai pu observer sa montée en faveur fulgurante, ainsi que la réaction de la Cour, sans parler de celle de Madame de Montespan qui a maintes fois épanché sa rancoeur auprès de moi. Je ne peux néanmoins que vous donner mes impressions, auxquelles vous êtes libre de donner crédit ou non. Mademoiselle de Fontanges, comme à bien des gens et non seulement aux médisants, m'est apparue comme une jouvencelle fraîchement sortie de sa campagne et éblouie par le pouvoir qu'elle croyait posséder sur le Roy. Elle était persuadée d'avoir assuré son avenir et ne semblait aucunement se douter des écueils dont sa beauté seule ne saurait la protéger. Elle usait de ce regard arrogant de ceux qui manquent d'expérience à la Cour, sur ses détracteurs tout autant que sur ceux qui auraient pu l'aider à déjouer les pièges de Versailles. Elle a été la première surprise de l'abandon du Roy lors de sa maladie, alors que tout indiquait qu'elle ne serait qu'une passade, peut-être plus flamboyante que d'autres, mais une passade tout de même. Sa façon d'afficher la faveur dont elle était l'objet était en soi le décret qui annonçait sa chute éventuelle, lorsque l'on sait la propension de Louis au secret. S'il me fallait user d'adjectifs pour décrire mademoiselle de Fontanges, je crois que «naïve» serait le premier qui me viendrait à l'esprit suivi de «pitoyable», car sa fin est de celles qu'on ne souhaiterait pas à son pire ennemi, emplie de souffrances et de désillusions et vide de sympathie. Voilà qui devrait vous éclairer sur les sujets qui vous préoccupent. N'hésitez pas à me faire part de toute autre question ou de tout commentaire sur cette Cour qui fait partie de votre paysage. Avec amitié, Françoise de Maintenon |
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