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Madame de Maintenon

     
   

Le roi

    Bonjour,

Je voulais savoir si vous étiez vraiment impliquée dans la politique?

Et aussi: avez-vous eu avec le roi des rapports intimes?

Je vous remercie

Votre dévoué, Pierre



Cher Pierre,

Quelle délicatesse de votre part que de me poser la question plutôt que de donner crédit à la rumeur populaire qui m'a reproché tous les malheurs qui ont frappé notre beau royaume à la fin du règne! Pour peu, l'on m'accusait même des caprices de la nature durant le Grand Hiver! De la révocation de l'Édit de Nantes aux défaites de nos armées, les pamphlétaires s'en sont donné à coeur joie et la Cour, toujours avide lorsqu'il s'agit de dépecer l'un des siens, s'en est fait l'écho point trop subtil.

Et pourtant... Pour qui a connu Louis et sa méfiance envers la gent féminine, dont il a lui-même expliqué les raisons dans ses mémoires, rien n'est plus absurde. Je ne nie pas que le Roi me consultait régulièrement, mais je me suis souvent demandé si ce n'était pas uniquement pour mieux me contredire par la suite tant ses décisions se révélaient à l'opposé de mes suggestions. Et si j'osais aventurer une opinion que l'on ne m'avait point demandée, je me faisais vertement réprimander, témoins ou pas.

Oh! J'ai bien réussi à placer quelques gens de confiance dans des charges pour lesquelles ils étaient selon moi qualifiés. Il m'a cependant fallu des trésors de patience et d'humilité, glissant un commentaire ici, une allusion là, reculant à la moindre alerte. Car le Roi n'aimait point être bousculé et moins encore contrarié. Et lorsque mon choix s'avérait mauvais, je devais subir les foudres royales, ce qui me faisait tenir coite pour de longs mois. De là à affirmer que j'ai joué un rôle politique, moi qui n'y entends rien et qui n'avais d'autre ambition que de ménager le Roi afin qu'il pût se consacrer à sauver son âme, c'est me prêter des intentions que je n'ai jamais eues.

Voilà l'un des péchés du Roi pour lequel j'ai été sa complice: l'adultère. Pour un homme de la complexion de Louis, l'abstinence était inconcevable. Aussi, notre union a-t-elle été consommée bien avant que des liens sacrés ne nous eussent unis et rendissent nos rapports légitimes. Pour ma part, j'ai été, je l'avoue, aveuglée par l'honneur d'être remarquée non seulement par mon Souverain, mais aussi par un homme séduisant, habitué des bonnes fortunes. Difficile de résister, vous en conviendrez!

Cher Pierre, j'espère avoir la chance de vous lire bientôt.

Françoise de Maintenon, née d'Aubigné