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Le petit Toscan |
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| Bonjour chère amie, Comment va votre santé? La dernière fois que j'ai reçu de vos nouvelles, vous souffriez du froid à Saint-Cyr. Chère Françoise, en 1677 peu après la naissance de la dernière fille de la marquise de Montespan, le roi vous a demandé de vous rendre à la maison de Vaugirard avec Athénaïs et ses enfants durant l'été. Vous avez également accueilli la petite Louise d'Heudicourt et un petit garçon prénommé Toscan qui pouvait avoir à l'époque entre huit et dix ans. Il paraît que vous avez même demandé à la marquise de Montespan de payer son éducation. J'aimerais vous demander Madame qui était ce petit garçon. Qui sont ses parents, d'où vient-il et qu'est-il devenu? Je vous envoie toute mon amitié, Anaïs Très chère Anaïs, Comme c'est aimable à vous de vous inquiéter de ma santé! Je reconnais bien là votre délicatesse d'esprit! Je suis donc heureuse de vous rassurer sur ce point: la clémence printanière a fait son oeuvre et mes douleurs me donnent quelque répit que je mettrai à profit en répondant sans plus tarder à votre missive laquelle vous trouvera en aussi bonne forme, j'espère. Ah! Ce séjour à Vaugirard! Ce souvenir fait monter à mes lèvres un sourire mi-figue, mi-raisin. Que n'aurais fait pour reprendre ces paroles trop hâtivement sorties de ma bouche dans ce désir de plaire qui m'a si souvent desservie... C'est qu'il faut avoir contemplé les effets dévastateurs qu'un «exil» pouvait avoir sur l'humeur d'Athénaïs: d'un abattement frôlant le désespoir à la rage destructrice, en passant par une froide détermination à récupérer sa place, les orages et déluges se succédaient et mieux valait se fondre au milieu des personnages des tapisseries afin d'être épargnée par ces soubresauts, ce que je ne réussissais pas toujours. Devant ce flot d'images qui reviennent me hanter, voici que je doute de la fidélité de mes souvenirs... Sans vouloir vous contredire, il me souvient que c'est à Maintenon que la «Belle Madame» a donné naissance à Mlle de Blois et que la «retraite forcée» de Vaugirard a eu lieu quelques années plus tôt, suite à ce prêche accusateur menaçant le Roi et sa favorite des feux de l'enfer. Toscan... Moi qui répugne habituellement à me confier, me voici toute prête à vous révéler un secret de famille. Je ne peux mieux vous prouver l'amitié en laquelle je vous tiens, résultat de ces échanges épistolaires qui me sont devenus si précieux. Toscan est le fruit d'une incartade de mon frère Charles. Vous me pardonnerez toutefois de taire le nom de la malheureuse qui a succombé à ses charmes. Aussi n'ai-je point, malgré la rumeur, demandé l'aumône à Mme de Montespan et j'ai pourvu à ses besoins à même ma cassette. Je n'ai malheureusement pas eu à le faire longtemps car il s'est éteint bien avant d'avoir atteint l'âge adulte. Afin de ne point clore sur cette triste aventure, je fais moisson des rires joyeux qui parviennent à ma croisée pour vous en envoyer un bouquet. Ils sont la consolation de mes vieux jours. Affectueusement, Françoise |
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