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Madame de Maintenon

     
   

Le duc de Bretagne

    Ma chère Françoise,

J'en viens encore à vous parler d'enfants. Cette fois, cela concerne ceux de votre chère Adélaïde.

Il paraît qu'elle aussi se tenait à l'écart de ses enfants: Lorsque lui vint son premier fils, le duc de Bretagne, né en 1704, elle se serait fort attachée à ce bébé qui, hélas, meurt un an plus tard. Ainsi, lorsque naissent en 1707 puis en 1710 deux autres princes, Adélaïde, qui avait été très affectée par la mort de son premier enfant, ne se serait pas préoccupée beaucoup du second duc de Bretagne et du duc d'Anjou de peur qu'ils meurent eux aussi en bas âge et la laissent inconsolable.

J'aurais aimé que vous parliez du second duc de Bretagne. On m'a dit que c'était un enfant très intelligent et affectueux qui fut enlevé trop tôt à la cour (1712).

Vous-êtes vous occupée du duc d'Anjou après la mort de ses parents?

Le roi Louis XIV a également eu des paroles qui m'ont choquée: il paraît qu'il insistait pour que la dauphine le suive à Marly chaque dimanche et qu'en 1708, cela conduisit Adélaïde à faire une fausse couche. Lorsqu'on prévint le roi, il aurait répondu qu'au moins il ne serait plus dérangé à présent, que la dauphine avait déjà un fils et que Charles du Berry, son troisième petit-fils, lui donnerait bientôt lui aussi des héritiers.

Je termine en vous disant combien j'apprécie de pouvoir échanger des lettres avec vous.

Amicalement,

Anaïs



Très chère Anaïs,

Voyez comme le temps qui passe me rend indolente: voici que nos missives se croisent avant même que mes réponses puissent vous parvenir! Non que je cherche une quelconque excuse à cette impardonnable paresse face à votre inébranlable amitié toutefois, à ma décharge, j'avouerais un vague à l'âme particulièrement vigoureux cette année.

Tout me paraît s'harmoniser avec la grisaille des murs qui m'entourent et le froid se fait complice du mal qui m'empêche trop souvent de prendre la plume. Maux dont la jeunesse fait fi faute d'en connaître les atteintes, heureuse soit-elle! mais qui affectent mon humeur lassée par les caprices d'un corps sujet aux fluctuations des nuages. Comme si le gel pouvait porter atteinte à mes habiletés à me mouvoir! J'avoue que je commence à le croire malgré les avis des doctes messieurs qui m'entourent, ou malgré leur avis?

Laissons là le cynisme et passons à ces propos qui vous ont choquée, faute d'en connaître tous les tenants et aboutissants. Que votre sensibilité me surprend dans cette société carapatée de pierreries, uniquement bonne à refléter le bon vouloir des favoris du moment! Et qu'elle me donne espoir sur cette vie future que mon confesseur me promet! Sans vous, je ne pourrais y croire tout à fait!

Mon petit Duc de Bretagne... Que dire sur lui à part qu'il était le digne fils de ses parents, que son jeune âge promettait déjà toutes les qualités dont ses parents étaient pourvus: vivacité d'esprit, répartie, compréhension du monde qui l'entoure, etc. Sa perte nous aurait laissés inconsolables si son frère n'avait fait preuve des mêmes attributs. Quant à l'éducation de ces jeunes Princes, je n'y avais aucun droit de regard. Je me contentais de les aimer de mon mieux et de m'assurer que leur entourage saurait faire épanouir ces dons pour le plaisir de leur entourage et de leurs futurs sujets.

Vous me faites part d'un mot de Louis qui a fait faire des gorges chaudes à ceux qui jalousaient Adélaïde et qui me rappellent ces mouvements d'impatience d'un époux insensible aux maux qui affectent la gent humaine. Louis était parfois capable de ces remarques blessantes pour qui était ignorant de sa résistance à la maladie, au froid et surtout, à la douleur, lui qui a subi plusieurs opérations sans sourciller. J'avoue que sa réaction m'a blessée et qu'il a eu droit à une certaine froideur de ma part pendant plusieurs jours. Cher Louis, à force d'être comparé aux dieux de l'Olympe (et peut-être aussi sa dure enfance y avait-elle un poids) il en avait acquis une certaine invincibilité et se faisait un plaisir de nous rappeler au rôle de simples mortels!

Je ne m'attarderais pas trop à ces propos car Louis aimait profondément Adélaïde et aurait renoncé à l'étiquette si celle-ci avait porté atteinte au bien-être de sa chère bru.

Avant de vous quitter, il me faut vous souligner à quel point votre plume m'est plus bénéfique que le bistouri du chirurgien qui vient me visiter régulièrement dans l'espoir de me soutirer quelques gouttes de sang, sans mentionner les écus! Fi des saignées et des purges! Quoi de mieux que l'amitié!

Que l'hiver vous soit plus clément que l'hiver versaillais!

Françoise