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La princesse Palatine |
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| Chère marquise, J' aurais souhaité que vous me parliez de vos relations avec la princesse Palatine, seconde épouse de Monsieur. Pensez-vous que sa première femme, Henriette d'Angleterre, ait été empoisonnée? Enfin, pourriez-vous me parler de la passion du roi pour Mlle de Fontanges? De quoi celle-ci est-elle morte? Mes respects. Anaïs Très cher Bertrand, Vos questions font remonter à la surface de ma mémoire des protagonistes quelque peu oubliés d'une époque riche en drames de toutes sortes. Le rayonnement du Soleil et de son Roy, en plus de donner un lustre particulier au moindre incident, réchauffe aussi les passions. La princesse Palatine... On n'aurait pu trouver épouse plus mal assortie à Monsieur et pourtant, n'était-elle pas le complément parfait de ce dernier qui, ne le cachons pas, affectait une préciosité digne des salons des Marais! Je ne vous cacherai pas que Madame m'a choquée par ses manières quelque peu rustres. Il en a été de même pour toute la Cour, peu au fait des moeurs régnant au Palatinat. À tort ou non nous, de cette noblesse française, composante essentielle de la plus célèbre cour d'Europe, sommes habitués à voir les autres calquer leur attitude sur la nôtre pour y apporter les raffinements qui manquent chez eux. Le Roy s'est employé à policer les moeurs, à rétablir une étiquette ignorée par son grand-père Henri IV et qui répugnait à la simplicité de son père Louis XIII. Il a aussi su employer le génie de son époque que l'on retrouve chez des personnages comme Colbert, Mansart, Lully, Molière et d'autres, pour redonner du prestige à sa couronne, démarche indispensable pour un Roy aux grands desseins comme l'était Louis XIV. Il n'était donc pas étonnant de voir les autres Cours européennes suivre notre exemple. Mais j'en reviens à Madame, avec elle les relations se sont rapidement corsées. D'abord prête à l'indulgence envers une étrangère, j'ai fini par céder à cette impatience qui trop souvent vient troubler la quiétude (sans mauvais jeu de mots) à laquelle je tends. Lorsque l'on se voit traiter de «guenipe» (1), surnom dont les résonances se faisaient entendre depuis le Pont-Neuf, il devient difficile de conserver son sang-froid. Madame usait abondamment de ce terme disgracieux dans sa correspondance, de laquelle je recevais quelques échos et, s'il m'était permis d'en douter dans les débuts, certaines pointes que Madame, incapable de retenue, laissait échapper en ma présence, m'ont convaincue. Toutes mes tentatives de réconciliation ont échoué et j'ai fini par me ranger à l'avis de certaines personnes bien en place auprès de Madame et qui affirmaient que celle-ci m'enviait ma place auprès du Roy. Ayant déjà vécu les assauts d'Athénaïs, j'ai reconnu en ceux de Madame, quoique moins subtils, la marque de celles qui sont prêtes à toutes les bassesses pour reconquérir ce qu'elles croient leur appartenir. Je demeure impuissante en face de ces comportements et ne peux que subir en évitant de me laisser atteindre trop profondément. Vous me rappelez maintenant la première femme de Monsieur, Henriette d'Angleterre. J'aimerais pouvoir vous éclairer à ce sujet autrement que par ce que j'en ai su, éloignée que j'étais alors de la Cour; je n'y venais qu'à de rares occasions, sous le patronage de l'une de ces dames à la réputation sans tache ou encore pour remettre un placet à Sa Majesté, le suppliant de rétablir la pension dont feu mon époux profitait. Oui, la rumeur de poison a circulé; oui encore, on a spéculé sur la complicité éventuelle de Monsieur. Ceci pour le petit peuple, avide de lire les scribouillards et les pamphlétaires du Pont-Neuf dont j'ai moi-même souffert. Quant à la vérité, je ne peux me vanter de la connaître et j'avoue que, alors même qu'il m'aurait été possible d'interroger le Roy, j'avais d'autres soucis en tête. Néanmoins, comme je perçois un intérêt certain de votre part, je me permettrai de vous soumettre le fruit de mes spéculations. À l'époque, Monsieur s'entourait déjà de favoris, pour ne pas dire de mignons, et certains étaient particulièrement ambitieux. Il vous suffit de penser à ce que chacun de ces cols de dentelles peut cacher. Car sincèrement, je ne crois pas que Monsieur ait participé d'aucune façon à la disparition de sa femme, incapable qu'il était de garder un tel secret. Vous me faites faire un grand bond en avant pour retrouver Mlle de Fontanges, dont la mort a tant frappé les esprits. Il faut dire que les nuées diaboliques de la Voisin assombrissaient la Cour et qu'il y soufflait un fort vent de suspicion. L'arrivée de cette beauté provinciale, emportée à la fleur de l'âge alors même qu'elle était au sommet de sa gloire avait de quoi stimuler l'imaginative de tous les acteurs présents! Et pourtant, lorsque l'on s'y arrête, qu'y avait-il de si étonnant? Récapitulons... Mme de Montespan, maîtresse royale en titre, consciente des appétits insatiables du Roy, ne dédaignait pas les rôles d'entremetteuse, choisissant elle-même l'objet des désirs de son royal amant. Elle privilégiait d'ordinaire les filles de basse extraction dont elle n'avait rien à craindre. Mlle de Fontanges lui est d'abord apparue des plus inoffensives en raison de son manque d'éducation; cette noble demoiselle, pourrissant au fond de sa province sans autre perspective que d'épouser un hobereau des environs, ne pourrait qu'être infiniment reconnaissante à la bienfaitrice qui lui aurait fait approcher le Soleil. Et voilà que cette demoiselle, aux airs aussi angéliques que son prénom, se prend au jeu, se voit presque reine et en oublie à qui elle doit sa nouvelle condition! Mais que pense le Roy? Celui-ci est sensible aux jolis minois certes, mais est-il dupe de cette attirance purement charnelle? Une Fontanges n'est-elle pas bien fade auprès de l'étincelante Mortemart? Le destin se prononce bientôt: Mlle de Fontanges se remet mal de ses couches. Le Roy, comme avant de rompre avec Mlle de la Vallière, a couvert de cadeaux celle dont le charme s'étiole de jour en jour. Les courtisans ont vite pensé reconnaître les symptômes qui caractérisent le règne de La Voisin, célèbre sorcière alors que ces messieurs les médecins penchent plutôt pour l'un de ces maux qui affectent tant d'accouchées. Pour ma part, je me demande qui aurait pu voir un danger en cette enfant innocente et naïve. Cette longue missive ayant épuisé les maigres ressources de mon corps usé, je me permets de vous quitter sur cette conclusion en ajoutant toutefois qu'il a été des plus agréables de revisiter ces événements du règne. Bien à vous, Françoise (1) GUENIPE. s. f. Femme mal-propre, maussade, & de la lie du peuple. Qui nous a amené cette guenipe, cette grande guenipe? (Dictionnaire de l’Académie, 1694) NDLR |
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