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Tiphaine |
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La maison de Saint-Cyr |
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| Chère Madame de Maintenon, Bonjour, je m'appelle Tiphaine et j'aurais une petite question à vous poser. Comment vous est venue l'idée de construire la maison de jeunes filles de Saint-Cyr? Mademoiselle Tiphaine, Sachez que j'aime les enfants et me suis tôt intéressée à leur l'éducation. Sans doute parce que celle que je reçus fut assez désordonnée, j'en connais le prix. Quand je l'ai prise avec moi au printemps de 1662, j'ai eu grand plaisir à enseigner l'alphabet aussi bien que son métier à ma servante, Nanon, qui avait alors quinze ans. Elle s'affina beaucoup, au physique comme au moral. Quelques années plus tard, dans cette jeune femme de belle allure, personne n'eût soupçonné la petite paysanne rougeaude et ignorante dont je m'étais chargée. Cet exemple me convainquit des vertus de l'éducation et je me promis, s'il me venait un jour quelque argent, de le consacrer tout entier à l'éducation des jeunes filles pauvres. J'eus très vite ensuite d'autres enfants à gouverner: je me proposais, où l'on savait mon goût, et l'on n'hésitait pas à me donner son enfant, comme le firent mon frère ou mon amie Bonne d'Heudicourt. Ma réputation en cette tâche fut vite établie dans ma société et cela est cause au bout du compte que je devins gouvernante des enfants de Madame de Montespan, et qu'ainsi je rencontrai le roi. Dès que je reçus une pension royale, au reste, j'en consacrai une partie aux petits, aux pauvres, aux humiliés. Je ne puis vous dire combien d'enfants misérables ou orphelins j'ai recueilli de la sorte dans ces années-là et fait éduquer à mes frais. J'ai soutenu à Rueil une pauvre petite école pour les enfants des paysans et des manouvriers, l'oeuvre d'une ursuline, Madame de Brinon, et y intéressai le roi qui donna le château de Noisy pour y établir quarante de ces enfants. Ce goût m'a amenée à voir de plus en plus grand au fur et à mesure qu'avec la faveur royale, mes moyens augmentaient. Saint-Cyr est le résultat de cette évolution, mais aussi de mon désir d'associer le roi à une oeuvre qui me tenait à coeur, moi qui ressentais tant le devoir de m'intéresser aux siennes. J'étais, enfin, mûe par l'idée que notre pays se trouverait bien d'être servi par une noblesse de plus grande valeur. Celle des hommes vient avant tout des mères qui les ont élevés. C'était donc l'éducation des mères qu'il fallait améliorer. Voilà donc le pourquoi de Saint-Cyr. Adieu, Mademoiselle, et portez-vous bien. Maintenon |
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