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Angélique de Fontanges |
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| Ma chère Marquise, J'ai ouï dire que la duchesse de Fontanges avait donné au roi un enfant à la fin de l'année 1679. Ce bébé né avant terme n'a pas survécu. Beaucoup affirment qu'il s'agissait d'un garçon mais dernièrement, un document me présenta l'enfant comme étant une fille. Pouvez-vous m'éclairer? Pensez-vous que la marquise de Montespan soit à l'origine de sa mort ainsi que du trépas de la duchesse de Fontanges? Quelles étaient vos relations avec Angélique? Avec toute mon amitié, Anaïs Chère Anaïs, Votre fidélité épistolaire est un tel réconfort pour la vieille dame à laquelle vous consacrez votre temps qui est, je n'en doute pas, des plus précieux! J'en viens à regretter cet élan qui me fit renoncer aux fastes de la vie mondaine et qui me prive peut-être de votre présence. Mais je ferai taire ces regrets inutiles pour ne point vous faire languir plus longtemps. Je vais tenter de réveiller la mémoire de celle qui m'inspira tant de compassion, celle dont le prénom d'Angélique promettait tellement plus de douceur que ce que le Destin en a décidé... Il me semble me rappeler sa figure touchée de la grâce des futures mères, du rayonnement serein de celle qui voit ses amours confirmées plus, consolidées par l'arrivée d'un héritier mâle. Donc, si je ne m'abuse, Mlle de Fontanges espérait bien un solide garçon. Quant au rôle possible d'Athénaïs dans la disparition subite de Mlle de Fontanges, avec le recul, il me semble bien improbable même si, je l'avoue, la puissance des ragots de la Cour a un instant troublé mon esprit. Athénaïs avait l'habitude des rivales, surtout de celles qu'elle avait elle-même provoquées. Angélique était de ces dernières et ne présentait aucun réel danger. Ce que l'on nommait sa «sottise» et que je qualifierais de simple ignorance des usages de la Cour, n'en faisait pas une digne compagne d'un Roi sensible à sa dignité et celui-ci s'en serait probablement vite lassé. Pour vous dire le fond de ma pensée, je crois que cette toquade avait plus à voir avec les sens qu'avec le coeur et je suis convaincue qu'Athénaïs en était consciente. De plus, Louis étant un homme d'habitudes, certains signes laissaient à penser que Mlle de Fontanges avait cessé de lui plaire avant même de présenter les symptômes qui annonçaient sa fin: il lui a fait de nombreux dons, l'a faite duchesse comme à Mlle de La Vallière avant sa répudiation. Son goût du secret n'aurait pas étalé au grand jour une romance en pleine évolution... Devant ces événements, j'ai agis à mon habitude, c'est-à-dire en regagnant une ombre propice à l'observation. Ma position n'étant pas des plus assurée, surtout lorsque l'on connaît les fluctuations de la faveur royale, il n'aurait pas été avisé de ma part de prendre partie. Aussi, tout en conservant mon amitié à Athénaïs, je ne changeai rien à mon attitude envers Angélique, laquelle n'en aurait de toute façon pas pris ombrage, évoluant des hautes sphères de l'admiration générale. Autrement dit, je m'effaçai devant l'astre montant et ma conscience se satisfaisait de voir le roi préférer Angélique à une femme mariée, ce qui était déjà une amélioration. Je me dois de tempérer ce sacrifice apparent par plus de modestie en ce que le Roi me conservait son affection et que je n'y perdais donc guère au change! Comme il m'a fallu l'admettre à mon confesseur de l'époque, je pouvais me permettre cet élan de sympathie envers cette jeune fille naïve qui serait rapidement déchiquetée par une Cour aux dents acérées et qui ne me portait pas ombrage. Comme Mlle de Fontanges s'est laissée leurrer par cette passion purement charnelle au point de compter ses rivales comme quantités négligeables et de les toiser du haut de cette grandeur nouvellement acquise, je ne pouvais que m'éclipser sans faire d'éclat. Voilà les échos des oraisons du soir qui me parviennent aux oreilles pour me rappeler à plus de piété, moi qui viens de vous faire l'aveu de sentiments bien peu chrétiens. Je laisse à votre amitié de faire preuve d'indulgence envers ces sursauts d'orgueil d'une vieille dame dont la gloire est quelque peu poussiéreuse. Avec toute la chaleur dont est encore capable ce corps que le froid n'a jamais épargné, Françoise |
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