| Lettre d'acceptation de Madame de Maintenon à Madame Trimégiste |
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À Saint-Cyr, ce 11 mars 1719
Je me plaignis hier à Mademoiselle d'Aumale de ce qu'il y avait longtemps que je n'avais reçu de lettres, Madame,
et dans ce moment on m'apporta la vôtre, datée du premier
de ce mois et arrivée par la poste, plus chiffonnée et
plus sale que si elle avait fait naufrage en venant de
l'Amérique.Je vous avouerais que je suis tentée par votre proposition d'échanger d'autre lettres encore avec le monde de votre temps. Alors que l'endroit des visites trouble fort ma paix, en me remettant devant les yeux ce que je voudrais oublier, comptez que les lettres font mon seul plaisir, et le seul que je désire: je n'ai point d'occupation plus agréable que de les lire. Enfin, s'il est vrai que ma santé n'est pas en bon état, Madame, je ne souffre point de douleurs violentes et je compte cet endroit là pour beaucoup, s'agissant d'écrire. J'employerai au besoin la main secourable de Mademoiselle d'Aumale. Voyez-vous, le soleil de ma vie s'est éteint le premier septembre 1715. Je suis à Saint-Cyr depuis le soir du trente août de cette année-là. Je partis de Versailles avant la mort du Roi parce que j'appréhendais extrêmement de ne pas être maîtresse de moi-même dans ce triste événement. Quand il me fit son adieu une première fois, il me dit qu'il n'avait de regret que celui de me quitter, mais que nous nous reverrions bientôt. Voici quatre ans que j'attends cela, dans cette Maison royale de Saint-Louis, que j'ai fondée en 1686 avec lui. À ceux qui sont comme moi des survivants de ces temps, je ne sais plus parler de ce tout ce qui s'est passé avant cet adieu. Je crois que saurais l'écrire, cependant, à ceux qui n'ont jamais rien connu de ce monde-là et le voudraient mieux comprendre. Adieu, ma chère Madame, vous adoucissez ma peine par l'aimable commerce dont vous voulez m'honorer. Maintenon |