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tacite@videotron.cah
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Votre concept de nature |
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Signore Machiavelii, Quels grands bonheur et honneur ce sont pour nous de vous lire et vous écrire! Votre long silence forcé a eu pour effet que certains de vos lecteurs posthumes n'ont pas bien saisi vos théories et concepts (à ce que j'ai pu observer). Et vous n'êtes pas sans connaître les désastreuses conséquences politiques de cette méconnaissance. À ce propos, me permettez-vous une question sur un point de détail de votre théorie du politique? Si j'ose vous le demander, c'est que ce détail en question n'est pas sans avoir de graves implications. Voici. Dans votre conception politique, me semble se tramer, sous-jacente, une conception de la nature dans laquelle celle-ci est absolument séparée de l'homme. Autrement dit, histoire et nature sont pour vous irrémédiablement opposées. Mais ne croyez-vous pas que cela a eu la fâcheuse conséquence d'instrumentaliser l'homme lui-même en objet de domination? Si les hommes doivent, comme vous l'écrivez, s'assurer la maîtrise de la nature, ne s'ensuit-il pas nécessairement que les hommes auront également le désir de dominer leurs semblables comme ils le font pour un arbre ou un chien? Votre réalisme métaphysique qui sous-tend votre réalisme politique ne vous conduit-il pas trop loin dans votre théorie de la maîtrise et de l'exercice du pouvoir? Car exercer et maîtriser en politique c'est avant tout de conserver le pouvoir sur autrui (le peuple). Et comment cet exercice et cette maîtrise du pouvoir peuvent-ils avoir lieu si ce n'est en considérant les hommes comme des objets de soumission et de domination? Signore, moralement votre position est insoutenable. Et c'est bien pour cette raison que vous êtes un des plus grands penseurs du politique: vous avez séparé moralité et politique, ce qui ne s'était pas fait avant vous. Croyez-vous que j'ai erré? Me suis-je trompé dans votre conception de la nature (héritée, à ce qu'il me semble, de votre époque; la mienne ayant été différente)? Signore Machiavelii, soyez remercié pour vos lumières. Un ancêtre romain qui vous admire, Tacitus |
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