Ta sincérité
       
       
         
         

lhboivin@videotron.ca

      Salut Mac! Dans LE PRINCE tu exprimes une philosophie du pouvoir vraiment MACHIAVÉLIQUE. J'ai lu que cette philosophie était contraire à tes convictions et opinions intimes. Si tu l'as soutenue c'était paraît-il pour plaire au Prince et conserver ton poste gagne-pain. Est-ce exact? Si c'est le cas, comment as-tu pu concilier tes propres idées et celles contraires que tu as exprimées?

Serait-ce qu'en réalité ta philosophie intime était bien QUE LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS?

Salut.

Ludovicus

 

       
         

Machiavel

      Ludovicus,

J'apprécie l'attention que vous portez à mes écrits, ainsi que l'analyse que vous en faites. J'aimerais tout de même savoir si vous considérez la sincérité comme un fait inéluctable invariable ou comme un état d'esprit dans des conditions définies. Vous pouvez être sincère à un moment donné car les circonstances vous poussent à penser intimement ce que vous énoncerez comme étant une vérité, puis, par les hasards de la destinée, être amené à penser tout aussi sincèrement, et je souligne le mot, son opposé.

Pour en revenir aux conseils que j'ai prodigué à mon Prince, ils étaient effectivement sincères car ils étaient ceux que je croyaient comme étant le plus à même de le guider. Qu'ils s'opposent ou non à mes opinions et convictions n'est qu'un détail personnel, ma tâche était d'armer mon Prince et de le préparer à sa tâche, en aucun cas de prendre parti. Le maître d'école qui enseigne la politique à ses élèves va leur transmettre des connaissances avec lesquelles il n'est pas obligatoirement d'accord, mais son métier demande qu'il fasse abnégation de ses croyances profondes pour permettre à la génération suivante de se forger sa propre ligne de conduite.

Or, il s'agit bien ici de politique, qui est un jeu bien tortueux dont le seul but est le pouvoir. Si effectivement j'étais allé à l'encontre de mes idées, j'aurais eu ce pouvoir entre les mains alors que je n'ai fait que transmettre mes observations et mes conclusions afin que d'autres puissent y accéder.

Je pense avoir été très sincère dans mon oeuvre, je n'ai jamais cherché à plaire et que je sois payé en échange de mes leçons est une rétribution somme toute logique.

J'achèverais, mon cher Ludovicus, en vous signalant que cette phrase qui semble être devenu un aphorisme, à savoir: "La fin justifie les moyens" n'est que l'expression de ce que j'ai pu constater, et je suis sûr qu'au moins une fois dans votre vie vous avez dû commettre un acte dont vous n'êtes pas fier parce que le fait de le réaliser pouvait vous apporter quelque chose de plus grand dont vous étiez fier.

Votre serviteur,
N.M.