Machiavélique
       
       
         
         

mayrou@oricom.ca

      Cher Niccolò,

Quand vous voyez que votre nom, transformé en épithète qui, à tout le moins à notre époque, a pris un sens on ne peut plus péjoratif, est utilisé à toutes les sauces et rarement dans le sens politique, que pensez-vous des «princes» modernes et de leur façon d'exercer et de conserver le pouvoir? Sont-ils vraiment des «princes»?

 

       
         

Machiavel

      Cher lecteur,

Ma position en recul par rapport à votre époque me permet de voir et d'analyser en toute quiétude les évolutions de la société et de ses soi-disant princes. Avant tout, je me permettrais de vous répondre sur l'emploi de mon nom en tant qu'épithète: L'être humain est prompt à dénigrer tout ce qu'il envie, tout ce qu'il ne peut atteindre afin de se «faire une raison». Beaucoup n'ont pas compris que mes conseils aux dirigeants s'appliquent à tous, dans tous les actes journaliers. Leur ressentiment vient du fait que les effets ne s'en font sentir qu'à long terme, et surtout lorsque l'on a une position influente. Mais avoir un raisonnement «machiavélique» n'est qu'un moyen d'influencer le «destin» par des moyens détournés, ce que toute personne cherche à faire. Seul le but de cette influence peut être mauvais, et malheureusement mes conseils sont suivis avant tout par des hommes froids, calculateurs et n'ayant que leur ego comme objectif.

J'en arrive donc à vos «princes» actuels, car ils sont ceux que j'ai décrits précédemment. Aucun d'eux ne cherche le bien-être de ses contemporains, ils sont toujours à la recherche de la notoriété, du pouvoir et de l'argent, choses qui vont de pair. Il arrive parfois que les masses se comportent telles des individus, et dans ce cas un pays cherchera à affermir son pouvoir sur les autres. Mais de plus en plus, la diplomatie et l'échange humain sont troqués avec l'argent, seules les relations économiques comptent. Lorsque vos dirigeants comprendront que la force d'un peuple est dans ceux qui le composent et non dans la masse monétaire qu'il génère, que les idées vont bien au-delà du pouvoir, alors ils deviendront des princes. Certes, l'argent permet de mettre en application les idées, mais il y a un autre facteur qui entre en ligne de compte: le temps. Aucun ne pense réellement au futur, chacun veut que tout soit exécuté pendant son «règne» sans se soucier de ce qu'il adviendra plus tard. Vous vivez désormais dans un monde pressé, dans lequel l'adage «le temps est de l'argent» se vérifie tous les jours. Et vos dirigeants sont ceux qui vous insufflent cette idée, vous l'ancrent tel un mode de vie. Ils sont devenus vos esclavagistes.

Niccolò Machiavelo