Nada
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Votre altesse

    Votre Majesté,

Laissez-moi tout d'abord vous présenter mes hommages, à vous et à votre
épouse. Je vous considère comme l'un des rois qui m'ont le plus marquée, pour l'amour que vous portiez à votre peuple et pour votre simplicité.

Je suis très attachée à vous qui fûtes Le Roi, et le resterez, et qui avez fait tant de choses en si peu de temps de règne…

Le malheureux chapitre de la révolution m'attriste énormément. Jusqu'à votre mort, vous fûtes très digne et courageux, même sur l'échafaud, et jamais vous n'avez oublié votre peuple.

Je ne comprends pas l'importance de votre mort chez les républicains, ni l'état de confusion dans lequel la France s'est retrouvée par la suite! Et qu'à la place d'un roi, l'on y installe un Empereur…

Le sang, comme signe vengeur de votre mort, n'a que plus coulé et
tous les républicains se sont retrouvés (ou presque tous) morts par la suite… Républicains? Il me semble pourtant que Robespierre aurait bien voulu
devenir le nouveau Roi (mais en y changeant le titre). Enfin, passons à autre chose si vous le voulez bien…

Mon intérêt pour votre règne m'a amenée à lire les Mémoires de la baronne
d'Oberkirch
. Elle y note ainsi votre passion pour le travail de serrurerie.
Quelles étaient vos autres passions?

Une autre question —ne vous mettez point en colère sur ce qui va suivre—,
c'est qu'à notre époque, on dit que Madame votre épouse fut la cause de votre mort et de la chute de la monarchie. Par exemple, elle utilisait pour ses toilettes, disait-on, l'argent de vos caisses. Est-il vrai que, à ceux qui demandaient du pain, elle répliquait: «Qu'on leur donne de la brioche»? C'est, du moins, ce que nous apprenons dans nos cours d'histoire. Mais une fois encore, il arrive qu'on contredise les mémoires des personnes de votre époque. Ainsi, pour en revenir à la baronne d'Oberkirch, elle disait que la reine, à trente ans, avait «abdiqué les plumes, les fleurs…», et portait des choses plus sobres… Comment pouvait-elle encore dépenser tant d'argent pour ses toilettes?

Je souhaitais aussi savoir si ses relations avec messieurs Lafayette et Fersen se sont révélées véridiques. De nombreux historiens se disputent en effet sur ce sujet… Quant à moi, je l'avoue, sur le sujet des lettres compromettantes de la Reine, je ne sais qui croire. Sont-elles véridiques? Avions-nous juste voulu perdre la Reine et la faire haïr encore plus qu'elle ne le fût déjà? Je déplore aussi que votre épouse, contrairement à vous, ne fût jamais aimée de son peuple…, malgré ce qu'elle a pu faire. Aussi, pouvez-vous me dire ce que vous pensez de ces lettres? Et si vous répondez négativement, sera-ce un jugement entaché d'amour ou la réponse d'un homme qui a toutes les preuves? Cette question est quelque peu personnelle et concerne principalement la Reine, je comprendrai donc que vous n'y répondiez point.

Une autre qui vous fera peut-être sourire par sa naïveté: quelles relations entreteniez-vous avec les philosophes des lumières? Je sais que vous interdisiez leurs écrits, tout comme votre grand-père, et pourtant tous deux n'avez pas fait grand-chose pour les en empêcher (mettons à part Voltaire, si vous le voulez bien, qui plus d'une fois fut emprisonné). J'ai appris ainsi que la marquise de Pompadour les aimait et était très proche d'eux. Avez-vous été ce que l'on nomme un mécène?

Une question aussi me tourmente: pourquoi la révolution a-t-elle eu lieu sous votre règne? En effet, sous Louis XIV, le peuple français a connu des moments de famine graves et des guerres constantes…, plus la révocation de l'édit de Nantes et les persécutions des protestants. Ses nombreuses dépenses ont mis à mal les caisses du royaume. De plus, il n'a jamais vraiment été là pour le peuple et, comme Napoléon, il ne songeait qu'à conquérir et rendre plus prospère son royaume. Louis XV, quant à lui, a aussi fait de nombreuses dépenses et laissait souvent madame de Pompadour lui dicter ce qu'il devait faire (il a, lui aussi, connu les philosophes des lumières).

Alors, pourquoi est-ce vous, si proche des Français et amoureux de votre patrie, qui fûtes détrôné et condamné à mort? Vous avez accepté la Déclaration des droits de l'homme; vous vous êtes même coiffé du bonnet phrygien, alors pourquoi vous? Vous qui étiez le plus simple des rois et celui le plus proche du peuple! Pourquoi vous? Est-ce la faute de votre femme que l'on trouvait «trop proche des affaires de l'État»? Mais la marquise de Pompadour alors? Je pense pour ma part qu'il s'agit d'un complot, oui d'un complot organisé, dès votre accession au trône, par les Républicains qui virent là votre gentillesse et votre simplicité. Cela tient peut-être du roman, mais je ne peux m'empêcher d'y penser.

Pourriez-vous me décrire votre habit de cérémonie (je sous-entends celui que vous avez porté lors de votre couronnement), ainsi que ceux que vous aimiez porter?

Quelle était votre musique préférée?

Les mousquetaires existaient-ils à votre époque?

La vie à Versailles était-elle aussi ennuyeuse que ce que l'on raconte?

Dernière question, votre Altesse, et je cesserai de vous importuner: Qu'est-il arrivé à votre fils?

Rassurez-vous, le peuple français vous a toujours aimé et pour cause; regardez les Vendéens, regardez-nous, nous qui aujourd'hui encore pensons à vous. Veuillez excuser le prochain reproche, mais je pense que votre faute, à vous et à la reine, fut d'être naïfs et trop gentils…

Mes respects les plus profonds pour celui qui fut le seul Roi des Français (et non seulement un Roi).

Nada, 15 ans

Madame,

N'ayant jamais eu de plus grand souci que le bonheur de mes peuples, je ne puis regretter la manière dont j'ai agi.

Quand bien même certains y voient de la faiblesse, je me refuserai toujours à faire couler le sang. Toutefois, avec l'expérience, il est probable que je hâterais aujourd'hui les travaux des États généraux avec plus de véhémence.

Louis