Aurelle
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Traîtrise

    Très chère Majesté,

Permettez-moi de vous poser une question. De nombreux éléments, tels que l'affaire de l'armoire de fer ou encore votre fuite à Varennes, prouvent, si j'ose dire, votre traîtrise envers la nation française.

Il me semble que cette traîtrise est née de votre envie à vouloir retrouver l'ensemble des pouvoirs entre vos mains.

Ainsi, cela veut-il dire que vous êtes prêt à trahir la France, seulement pour vous accaparer les pouvoirs?

Dans l'attente d'une réponse franche,

Aurelle

Vous me parlez de traîtrise mais ne suis-je pas le premier à avoir été trahi? Ma confiance a perpétuellement été trompée, on n'a tenu aucune des promesses que l'on m'avait faites et l'on ose aujourd'hui m'accuser de traîtrise! Au vrai, si la situation n'était pas si effroyable, il y aurait bien de quoi rire.

Louis

Chère Majesté,

Mais de quelle promesse, parlez-vous donc? Alors, pour vous, les évènements que j'ai cités précédemment, ne sont que le fruit d'une vengeance?

Cordialement,

Aurelle

Faut-il donc que tout soit si vite oublié? N'était-ce pas une preuve de ma confiance que cette réunion des états généraux et comment en ai-je été récompensé? Mais cela est déjà loin sans doute. Ai-je été plus heureux avec la Constitution? Je m'y suis, pour ma part, conformé en tous points et je n'ai pourtant reçu qu'injures et menaces en retour quand je m'avisais de réclamer les droits qu'elle me donnait.

Aujourd'hui, on prétend me juger et cette Constitution paraît plus que jamais embarrassante mais on ne manquera pas, j'en suis certain, de trouver toutes les raisons les plus louables de s'en affranchir.

Aussi, voyez-vous, je comprends bien ce qu'est une révolution, je sais bien que je suis devenu indésirable mais est-il pour autant nécessaire de m'avilir? C'est là ce à quoi je ne puis consentir.

Louis

Majesté,

Vous dites avoir été conforme à tous les points de la Constitution. J'en consens. Cependant, pourquoi avoir tenté de fuir le vingt juin 1791? La raison demeure très controversée à la Cour. Tandis que certains pensent que vous vouliez quitter la France pour préparer le retour de la monarchie, d'autres préfèrent étouffer cette affaire, vous laissant ainsi la vie sauve.

Pourtant, je vous le demande. Quelle était votre raison?

Cordialement,

Aurelle

Mais je n'ai jamais caché mes intentions lors de mon départ. Je m'en suis si peu caché que j'ai laissé une déclaration qui a été portée à l'assemblée et dont j'espérais bien qu'on la rendît publique. Jamais je n'ai pensé me rendre à l'étranger, c'eût été une folie et j'eusse tout eu à y perdre.

Je ne pouvais tout simplement plus vivre à Paris où mes jours et ceux de ma famille étaient continuellement exposés et où, bien que l'on prétendît le contraire, je n'étais plus libre. Dans cette situation, mes actes n'avaient plus aucune valeur, on les regardait comme forcés et les émigrés y trouvaient prétexte pour rentrer en France à la tête d'une armée. En me retirant dans une place forte, je souhaitais faire enfin entendre ma position et accepter librement, avec l'appui des Français, une constitution où le pouvoir exécutif aurait retrouvé une place légitime.

Louis

Chère Majesté,

Votre réponse franche et honnête a ôté la brume qui envahissait mon esprit. Pour cela, je vous en remercie. Toutefois, d'après vos dernières lignes, vous n'étiez donc point d'accord avec le rôle du pouvoir exécutif, en d'autres termes de votre pouvoir, selon cette constitution? Par conséquent, selon vous, comment serait une constitution, dans les grandes lignes, qui garantirait cette place légitime du pouvoir exécutif que vous défendez?

Cordialement,

Aurelle



Je ne sais comment devrait être cette constitution, mais il est pour le moins évident que toutes les parties concernées devraient être consultées pour l'établir.

Louis