Roi de France ou roi des Français?
       

       
         
         

Simon Larente

      Majesté,

Pourquoi, durant cet été difficile de 1789, n'avez-vous pas choisi d'être «roi de France» plutôt que «roi des Français»? Je m'explique: Vous aimez votre peuple, cela fait nul doute, tout comme un père aime ses enfants. Mais quand ces derniers deviennent turbulents, voire désobéissants, le père les dispute et les corrige. Quand le peuple est devenu turbulent, quand les troubles se sont amplifiés, pourquoi ne pas avoir fait entrer quelques régiments dans Paris pour ramener l'ordre par la force? Cette «révolution» n'aurait été qu'une crise interne qui se serait éventuellement arrêtée par elle-même. Les gens ne vivaient pas plus mal en 1789 que durant les siècles précédents et je demeure convaincu que votre ancêtre, le «roi soleil» n'aurait pas toléré ces troubles très longtemps et que les soldats auraient rapidement ramené l'ordre.

Loin de moi l'idée de vous comparer à Louis XIV, mais je cherche à comprendre les raisons qui ont poussé un roi à faire passer le bien de ses futurs assassins avant celui de l'état, de la France. Cela était votre devoir, Majesté.

Veuillez accepter mes respects,

Simon Larente

 

       
         

Louis XVI

      Monsieur,

Tout d'abord, si l'on a voulu me donner le titre de «Roi des Français», il n'a jamais remplacé à mes yeux celui de Roi de France, confirmé par mon sacre et indépendant de la volonté des hommes.

Quant aux troubles de 1789, j'ai voulu les éviter en faisant venir des troupes autour de Paris pour protéger les représentants des Etats-Généraux. On me l'a reproché et elles n'ont fait qu'exciter de nouveaux troubles. Les esprits étaient tellement agités qu'un rien eut allumé la guerre civile. Les rumeurs qui circulaient dans Paris quant à un prochain massacre se sont propagées dans tout le royaume et il aurait fallu user de la force pour les accréditer? Dois-je vous rappeler que la charge du prince de Lambesc aux Tuileries le 12 juillet 1789 eut un effet regrettable?

Si j'avais su un moyen de ramener l'ordre sans que des troubles plus grands n'en résultent, je l'aurais approuvé avec joie. J'ai cru un moment que ce moyen viendrait des Etats-Généraux, que je parviendrais alors à me gagner la confiance du Tiers-Etat, mais on est parvenu à le persuader que son intérêt était ailleurs.

Je vous laisse, Monsieur, il me faut désormais travailler avec Monsieur de Malesherbes.

Louis