Yani
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Révolution américaine

    Votre Majesté,

Je dois tout d'abord vous avouer qu'en tant que Québécois, je ne porte pas la monarchie dans mon cœur. Vous comprendrez que l'abandon par la monarchie française et l'asservissement par l'anglaise me rendent quelque peu... émotif, disons. Mais je sais que vous restez, avant d'être roi, un simple homme.

J'aimerais donc vous poser quelques questions à propos de la Révolution américaine. Avec le recul, je me demandais, ayant connaissance de la situation qui vous accable, si vous auriez participé à cette révolution? Je m'explique. À l'époque, si je ne m'abuse, la France était déjà très endettée. Cette guerre n'a-t-elle pas empiré le sort du peuple et de tout le royaume? De plus, les Français ont ensuite ramené en Europe quelques principes démocratiques. Cela n'aurait-il pas accéléré la Révolution française? Qu'en pensez-vous?

Deuxième question, à propos du traité de Versailles. Je me demandais ceci: pourquoi n'avez-vous pas profité de cette éclatante victoire pour reprendre les territoires perdus lors de la guerre de Sept Ans, plutôt que de ne faire que d'insignifiantes demandes? Je sais, vous vous dites sûrement «Pas encore un de ces satanés Québécois qui vient pleurer son sort»; mais j'aimerais savoir la raison exacte. Était-ce pour de simples raisons économiques? Il me semble que vous auriez pu demander de plus grandes conditions.

Et puis, j'ai une dernière question, mais qui ne concerne pas ces Américains. Si l'on vous proposait d'abandonner la mort de la royauté française ou la vôtre, que choisiriez-vous?

Après toutes ces questions toutes bien ennuyeuses, je vous souhaite vraiment de ne pas être victime de la folie des hommes, qui n'est que redoublée pas leurs idéaux.

Sincèrement,

Yani

J'ai déjà répondu souvent sur le sujet de l'indépendance américaine, Monsieur, et je ne sais quel chef d'État digne de ce nom pourra vous répondre qu'il a entraîné son pays dans une guerre de gaieté de cœur. Non, Monsieur, cela ne se peut pas. Aussi, l'on ne s'y résout le plus souvent que lorsqu'il ne reste plus d'autre choix. Dès lors, ne peut-on plus qu'en limiter le plus possible les effets indésirables, ce qu'entreprendre une guerre de conquêtes n'eût certainement pas permis.

Pour répondre à votre dernière question, je ne puis que répéter que je n'ai jamais eu d'autre dessein pendant tout le cours de mon règne que de travailler au bonheur des Français. Je les crois égarés aujourd'hui, mais s'ils pensent que la république peut assurer durablement ce bonheur, alors je ne demande qu'à m'en réjouir avec eux. Quant à ma vie, j'ai cru mourir tant de fois dans le cours de ces dernières années que j'ai pu m'accoutumer à en faire le sacrifice. Je suis aujourd'hui si épuisé et je souffre tant que, si je souhaite préserver mes jours, c'est dans la seule intention de pouvoir encore être de quelque secours à ma famille. Je crois avoir largement prouvé que je pouvais mériter le titre de citoyen et en tirer autant de gloire que de celui de roi, mais je sais aussi que, malgré la sincérité de mes déclarations, on me regardera toujours avec suspicion.

Louis