Sylvie
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Que pensez-vous de notre nouveau président?

    Votre Majesté,

Je me permets de vous demander votre opinion sur notre nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, qui a été élu par nous, le peuple de France, le 6 mai dernier.

J’ai voté pour lui car il représente la droiture et le courage, tels que vous les aviez déployés tout au long de votre règne. Entre une Ségolène Royal (qui n’était que le symbole de la gauche révolutionnaire) et Nicolas Sarkozy, mon choix était fait depuis longtemps.

Qu’auriez-vous fait si vous aviez vécu au XXIe siècle? Pour lequel des candidats auriez-vous voté? Pensez-vous, Majesté, que notre nouveau président de la République va réussir à s’imposer et à défendre ses propres idées?

Au niveau européen, quel est votre point de vue sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne? Est-ce souhaitable pour nous? Étant citoyenne européenne, je me sens d’abord Française et patriote. Je possède, de plus, une grande admiration pour vous. Car, Majesté, je peux vous dire que je vous aime profondément. Vous avez été jadis un grand roi et vous le resterez dans le cœur de notre peuple.

Avec toute ma sympathie,

Sylvie


Madame,

Je ne possède pas les connaissances nécessaires sur votre temps pour vous répondre comme cela le nécessiterait et je ne parviens déjà que fort malaisément à me procurer des nouvelles sur ce qui se passe à Paris aujourd’hui. Je veux bien cependant vous exprimer ma pensée, si vous m’aidez à la préciser.

Vous n’êtes pas la seule à me manifester votre enthousiasme quant à cette élection, mais je connais aussi la versatilité des Français et leur facilité coutumière à accueillir avec bienveillance la nouveauté. Aussi, cet enthousiasme premier se change le plus souvent en déception.

Pour ma part, je suis fort surpris de ce choix et j’y distingue le même aveuglement qui a conduit les Français à priser de leurs vœux une Constitution inconséquente.

Ce que l’on m’a rapporté du caractère et des actes de votre président ne semble en effet ne rien avoir pour inspirer la confiance et contient au contraire bien des ferments de division.

Certaines réformes me semblent précipitées et injustifiées. Ainsi, quand je sais d’expérience qu’il a été bien difficile d’obtenir une répartition équitable de l’impôt, les Français encouragent en votre temps, et alors que les finances du pays ne le permettent pas, des mesures destinées à réduire l’impôt des Français les plus aisés. Cela, vous en conviendrez, dépasse le bon sens.

Je doute également que le caractère belliqueux et emporté de votre président puisse s’accommoder des exigences de la diplomatie, ce qui est cependant d’importance pour un chef d’État car je ne saurais considérer le roi Frédéric de Prusse ou bien l’empereur Joseph II, n’ayant de cesse de vouloir mettre le feu à l’Europe, comme des exemples.

Pour vous répondre sur cette question de la Turquie, je m’en remets à vous pour plus d’explications. Je ne saurais, avant cela, avoir d’avis sur cette question encore obscure.

Louis


Majesté,

J’ai bien reçu vos propos et vous en remercie. Je n’oublie pas le grand roi que vous fûtes jadis et qui régna pacifiquement sur les vingt-six millions de sujets français.

Aujourd’hui, notre pays est une République qui s’est imposée dans bien des drames et des douleurs. La Révolution a provoqué le génocide du peuple de Vendée, a suscité des horreurs dans bien des pays et engendré la montée du nationalisme en Europe au XIXe siècle. L’idéal des Lumières a certes développé partout une prise de conscience réelle des peuples vis-à-vis de ceux qui les opprimaient. En Europe de l’Est, le système communiste a disparu et a laissé la place à un système beaucoup plus libéral.

Notre président aura beaucoup de mal à entreprendre les réformes essentielles pour sortir notre pays de la crise qui dure depuis le choc pétrolier de 1973. Actuellement, les manifestations de quelques-uns de nos compatriotes, fonctionnaires ou non, provoquent la colère du peuple. Le pays veut des réformes courageuses et monsieur Sarkozy devra faire face avec un exemple extraordinaire aux oppositions des syndicats et des lobbies. La réforme que le gouvernement Fillon essaie de réaliser a l’adhésion totale du peuple (plus de quatre-vingt-deux pour cent selon les sondages) et seuls les syndicats expriment une grande hostilité.

Quant à la Turquie, c’est un pays d’Asie Mineure (capitale: Ankara) dont le peuple est majoritairement musulman. Seuls cinq pour cent du territoire se trouvent en Europe avec Istanbul comme capitale. Istanbul fut jadis la Constantinople qui rassemblait toutes les populations chrétiennes (cinquante pour cent en mille neuf cent vingt) avant d’être expulsées par les Turcs… Et aujourd’hui, les technocrates de Bruxelles (dont monsieur Barroso) souhaitent l’entrée de la Turquie, pays d’Asie, dans l’Europe.

Cependant, les peuples européens ne veulent pas de ce pays islamique dans l’Union européenne car cela dévaloriserait un peu plus l’euro, les échanges, et provoquerait un surcroît d’immigration clandestine des populations musulmanes chez nous.

Voilà, Majesté tout ce que je vous ai dit.

À bientôt,

Sylvie


Madame,

Je crains que vous ne perdiez patience car, malgré vos explications, je suis loin de saisir ce que vous me dites tant vous semblez manier avec assurance des idées qui me sont étrangères.

Ainsi, je ne puis comprendre ce que manifestent les fonctionnaires et en quoi cela pourrait provoquer la colère du peuple. Quelles sont ces réformes que le peuple réclame, d’après vous? Je connais la Turquie qui a, semble-t-il, beaucoup changé, mais que vient y faire Bruxelles?

Au vrai, si mes geôliers prenaient connaissance de cet étrange langage, ils ne manqueraient pas d’y voir une correspondance chiffrée et quelque complot, mais je serais bien en peine de leur en donner la clef.

Louis


Votre Majesté,

Je vais répondre aux questions que vous me posiez afin de mieux comprendre la situation de la France et de l’Europe depuis la Révolution.

Hier, une partie non négligeable des salariés français a manifesté dans les rues du pays (cent cinquante mille selon les organisateurs, beaucoup moins d’après la police) contre la réforme des droits spéciaux concernant les retraites. Car, voyez-vous, il y a des gens qui travaillent dans plusieurs secteurs du pays.

Les plus nombreux à manifester contre cette réforme furent les cheminots de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF). Et cette réforme est approuvée massivement par quatre-vingt-deux pour cent des Français. Soixante-sept pour cent ne veulent pas que le gouvernement cède sur la réforme. Les trains et autres transports en communs ont été bloqués à Paris, mais en province comme par chez moi, en Normandie, les services de bus ont fonctionné normalement à plus de soixante-dix pour cent. J’ai pu aller à mon Scrabble hier en dépit de la grève.

Il n’y avait pas que les cheminots, parmi les manifestants: il y avait aussi les gaziers, les électriciens, les postiers, etc. Mais tout le peuple de France était bien ennuyé d’être bloqué. Des usagers ont dû louer des vélos, faire du covoiturage, partir en rollers au travail.

À propos de l’Europe, je peux tout vous dire. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les peuples européens cherchent à réaliser l’unité et l’entente, ce qui est primordial. La France participe en mille neuf cent cinquante à la création de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) puis, en mille neuf cent cinquante-sept, à la fondation du traité de Rome. Au début, nous étions six pays: France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Italie et Luxembourg, auxquels il faudra adjoindre en mille neuf cent soixante-douze, l’Angleterre, l’Irlande et le Danemark. L’Europe se concrétise dans les esprits, mais hélas elle se technocratise au détriment des peuples. En mille neuf cent quatre-vingt, un autre pays rejoint la CEE (Communauté économique éuropéenne). Il s’agit de la Grèce. Nous sommes dix.

Puis, après la chute du Mur de Berlin en mille neuf cent quatre-vingt-neuf, d’autres pays rejoignent la future Union européenne concrétisée par le traité de Maastricht (que les Français ont par référendum: cinquante-deux pour cent de «oui»): Autriche, Suède, Finlande. En mai deux mille quatre, dix autres rejoignent l’Europe: Pologne, Lituanie, Lettonie, Estonie, Malte, Chypre (malgré la partition avec la Turquie), Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Slovénie. En janvier deux mille sept, deux autres pays rejoignent encore notre Union: Roumanie et Bulgarie.

Mais depuis le référendum de mai deux mille cinq, sur la Constitution européenne et les «non» français et néerlandais, l’Europe est en panne. Bruxelles, malgré les votes négatifs des deux pays veut faire avaliser le processus constitutionnel et faire entrer en dépit de l’opposition des peuples européens un pays musulman et asiatique: la Turquie. Tout cela parce que la Turquie a une ouverture en Europe avec la Thrace orientale et Istanbul.

Nous voulons que l’Europe se fasse sans la Turquie et en associant l’Ukraine, le Bélarus voire la Russie qui est très proche de nous. Depuis mille neuf cent quatre-vingt-neuf, le communisme a disparu et l’économie de marché a pris le relais dans les pays de l’Est.

Seulement voilà, si l’on intègre demain le reste de l’Europe, on aura des problèmes avec les minorités musulmanes: dix à quinze pour cent en France. La Bosnie, le Kosovo, la Macédoine et l’Albanie ont des populations musulmanes qui inquiètent l’avenir de l’Europe. L’Allemagne aussi est envahie de Turcs, l’Angleterre pareil.

Je ne parle pas de l’Espagne où la minorité nord-africaine est très importante surtout dans le Sud, près du détroit de Gibraltar. Heureusement que les peuples européens commencent à murmurer et à refuser l’islamisation du continent européen. Monsieur Barroso, qui dirige la commission de Bruxelles, veut accélérer le processus d’adhésion de la Turquie à l’Europe en dépit du «non» des populations européennes.

Voilà, Majesté, la réalité de ce qui se déroule chez nous en France et en Europe, malgré les signaux d’alarmes de messieurs Le Pen et de Villiers, chefs clairvoyants des partis politiques nationalistes et patriotes.

Le premier est breton, le second vendéen.

Recevez, Majesté, toute ma sympathie,

Sylvie


Eh bien, madame, ce que je puis en dire, c'est que vous n'êtes point encore en l'an 2440 et cependant tout ce que vous me contez dépasse de loin ce que monsieur Mercier aura pu imaginer. Aussi, il y a fort à parier qu'il serait grandement intéressé par votre témoignage. Je sais assurément qu'il siège à la Convention et, si ma position présente ne me l'interdisait, je le lui transmettrais moi-même. Dialogus pourra peut-être y pourvoir en ma place, à défaut il vous suffira de vous adresser à l'un de ses collègues sans évidemment mentionner notre correspondance.

Louis