LAURYANNE24C@aol.com
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Qu'en pensez-vous?

   

Citoyen (bien que cette appellation doive sûrement vous irriter un peu),

Excusez cette question si vous la trouvez trop personnelle, mais permettez-moi de vous demander envers quel conventionnel qui vous a jugé vous avez le plus de haine et de rancoeur?

Peut-être me direz-vous que vous pardonnez et que vous ne tenez pas rigueur à ceux qui ont instruit votre procès mais permettez-moi d'en douter par avance car la haine et la rancoeur sont des sentiments humains qui ne peuvent qu'exister dans de pareils cas.

En outre, j'aimerais savoir si vous ne considérez pas la citoyenne Capet, votre épouse, comme en partie responsable de votre déchéance et de bon nombre de vos déboires?

On vous dit homme assez faible de caractère et très influençable, en aurait-elle profité à des fins quelque peu cupides ou antirépublicaines?

Merci d'avance, Citoyen, pour la réponse que vous me ferez si vous m'en faites une.

Salutations

Laury-Anne



Mademoiselle,

Je vais très certainement vous décevoir, mais il est vrai que je n'éprouve ni ressentiment, ni rancoeur pour ce qui touche à mon sort. Il est probable que la plupart de ces hommes ont pu croire agir généreusement et ne pas s'apercevoir, par la suite, qu'ils n'obéissaient qu'à l'ambition. Mais c'est là aussi un trait proprement humain que l'amour propre et quand je ne puis moi-même y échapper, suis-je en mesure de condamner? Puis-je les haïr quand nombre d'entre eux tremblent eux-mêmes de ce qu'ils ont fait au point qu'ils n'ont plus le courage de le défaire? Ils méritent plus ma pitié que ma haine qui ne changerait rien. Cependant, ce que je juge hautement condamnable c'est la façon dont ils se sont librement affranchis des lois qu'ils s'étaient fixées eux-mêmes, c'est leur manière de rejeter sur moi leurs fautes et enfin ce sont les conséquences de satisfactions vaines et des querelles intestines quand on prétend à un rôle public dans l'intérêt du bien commun.

Après cela, pensez-vous qu'il faille accuser la Reine?

Louis


Citoyen,

Je vous remercie vivement de votre réponse qui ne me déçoit nullement malgré ce que vous semblez en penser.

En revanche, je vous trouve bien indulgent envers la reine. En effet, même si elle n'est pas directement responsable de votre procès, vous savez aussi bien que moi qu'elle est une des principales causes de la colère du peuple. Trouvez-vous sincèrement que ce soit le devoir d'une reine de dilapider le trésor royal quand le peuple meurt de faim?

De là, il est tout à fait normal que les conséquences de la Révolution vous soient retombées dessus, si vous me permettez.

Je comprends très bien que vous ne puissiez et que vous ne vouliez pas accuser la reine, mais ayez du moins l'honnêteté de reconnaître que c'est en grande partie à cause d'elle que vous vous retrouvez dans l'état où vous êtes aujourd'hui.

Le fait de se retrouver seule (ou presque) dans un pays étranger et d'en devenir reine si jeune, ne justifie pas tout. Vous aimez sûrement beaucoup la reine, mais cela, ne doit certainement pas vous empêcher de lui reconnaître certains torts. De très nombreux torts.

Pour en revenir à vous, citoyen, je trouve très noble de votre part de ne tenir aucune rigueur à vos juges. Il est cependant vrai que vous ne pouvez les blâmer.

Enfin, j'imagine que vous avez déjà une petite idée du sort qui vous attend à l'issue de ce procès et, s'il advenait que vous passiez par la guillotine, je pense que vous devriez plutôt songer au fait qu'on tue davantage la monarchie et sa tyrannie plutôt que le roi lui-même en vous supprimant.

Si je puis me permettre cette dernière remarque, citoyen, je crois que si vous deviez mourir bientôt, vous n'auriez pas longtemps à attendre, dans l'autre monde, celle dont vous vous obstinez à ne pas reconnaître les fautes.

Encore merci, d'avoir pris le temps de me répondre monsieur

Salutations respectueuses

Laury-Anne



Il me semble, mademoiselle, que vous confondez les libelles avec la réalité. S'il est vrai que la Reine a pu être légère parfois, c'était sans conséquence. Il ne fallait y voir que des coquetteries bien innocentes et quand il a pu s'agir d'autres choses, j'ai veillé à ce que cela ne puisse se reproduire. Je ne crois pas avoir fait preuve d'une indulgence inconsidérée et lui ai témoigné mon mécontentement quand il y avait lieu. Quant à la dilapidation du trésor royal, il s'agit bien là d'une calomnie qui, à la vérité, prêterait à rire si elle n'avait eu les conséquences que vous savez. La Reine disposait de sa cassette personnelle et si j'ai accepté de régler quelquefois des dépenses qui l'excédaient, la Reine a bientôt compris que cela n'était plus possible et a même montré la meilleure volonté à réduire les dépenses de sa Maison. Là-dessus, on a pu croire que la malheureuse affaire du cardinal de Rohan accréditait la calomnie, mais la Reine n'en fut que la victime.

Oh! je sais bien ce que l'on veut abattre en moi, mais aussi cela ne me rassure pas sur le sort de mon fils et je désirerais bien que l'on rende à ma famille sa liberté.

Louis


Citoyen,

Je constate une fois de plus que vous continuez à défendre la reine bec et ongles ce que je ne peux, dans le fond, vous reprocher.

Quoi qu'il en soit, je vois bien les répercussions qu'ont eu ce que vous appelez des «coquetteries», mais hélas, nous ne saurons jamais ce qu'il se serait passé s'il en était advenu autrement. J'entends par là, si vous n'aviez pas eu à subir les conséquences de la Révolution.

D'autre part, je comprends bien que vous soyez très attaché à votre famille, mais il me semble impossible, au moins pour l'instant, de leur rendre la liberté comme vous dites, bien qu'il ne m'appartienne pas d'en décider.

Sérieusement, pensez-vous vraiment que la Reine sera libérée un jour? Vous savez sûrement ce que cela représenterait bien qu'elle ne soit plus que la citoyenne Capet.

En ce qui concerne vos enfants, je ne me permettrai pas d'émettre d'avis quant à leur sort, ne voulant pas vous causer quelque chagrin que ce soit, même si mes dires doivent peu vous importer.

Enfin, j'ai l'impression, citoyen, que vous vous méprenez sur les intentions qui m'ont poussée à vous écrire. Elles n'étaient nullement de vous irriter, de vous fâcher ou de vous faire de la peine. Je cherche simplement à comprendre certaines choses.

Sur ces mots, je vous rends à vos occupations, elles doivent être nombreuses en ce moment.

Merci, citoyen, de m'avoir lue et de m'avoir répondu avec patience.

Salutations

Laury-Anne


Mademoiselle,

Mon intention n'est pas de défendre la Reine à quelque prix que ce soit mais bien de rétablir certaines vérités. Pour parler franc, la Reine et moi sommes de goûts et de caractères fort différents, il aura fallu la venue de nos enfants et l'adversité pour nous rapprocher et faire naître une affection mutuelle. Je puis cependant vous assurer que le chemin parcouru est long de la petite archiduchesse d'autrefois à la mère qu'elle est devenue. Je vous crois d'une grande honnêteté et c'est ce qui m'incite à déplorer l'effet des médisances sur des personnes telles que vous et à une si longue distance de temps de surcroît. Au reste, c'est pour cette raison même que je place peu d'espoir dans la survie de la Reine, voilà trop longtemps que l'on prépare les esprits à la voir mourir. Du moins est-elle aujourd'hui assez sage pour faire face à cette épreuve avec courage.

Je ne me méprenais nullement sur vos intentions, Mademoiselle, et j'ai pris plaisir à vous répondre. Si j'ai pu montrer quelque vivacité, elle ne vous était pas destinée et je vous prie de m'en excuser. Aussi éprouve-t-on bien ma patience dans cette prison.

Louis