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jordangibert53@hotmail.com |
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Pourquoi avoir nié? |
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Bonjour monsieur le roi des français sans tête,
Monsieur,
Monsieur, Monsieur, Vous me supposez de mauvaise foi, soit, mais concevez du moins que parmi les centaines de pièces que l'on m'a présentées, nombre d'entre elles ne sont pas de ma main. Que puis-je répondre à propos de lettres traitant d'affaires dont je n'avais aucune connaissance? Du reste, je m'en suis déjà expliqué, on me reproche une lettre de mes frères, mais j'ai désavoué leurs actions aussitôt que l'on m'en a fait part. Louis Monsieur, Jurez vos affirmations devant Dieu et je vous croirai. Si vous ne mentez pas, alors je vais vous dire le fond de ma pensée: les Français ont été cruels avec vous, et il est vrai (je dis bien, si vos affirmations sont réelles et que vous êtes innocent) que le sort s'est acharné sur vous. Vous n'avez peut-être pas mérité cette violence, mais comprenez bien que si vous n'aviez pas été roi, un autre roi aurait été guillotiné. Pourquoi? Parce que l'homme tente d'avoir ce qu'il n'a jamais eu auparavant: sa liberté de vivre. Grâce à la révolution, la république s'est installée et je puis vous garantir que celle d'aujourd'hui (la cinquième) est stable et les hommes ont enfin trouvé leurs libertés (avec des exceptions, comme toujours). La base de cette république est l'égalité des hommes, ce qui n'était pas le cas à votre époque. Que pensez-vous des paysans qui travaillaient, se tuaient au travail, de malheureuses gens qui mourraient en vous faisant gagner la nourriture que VOUS mangiez? Pourquoi ces gens-là n'étaient pas bien payés alors que vous l'étiez parfaitement? Aujourd'hui chacun est égal. Comprenez donc que la liberté est la chose fondamentale qu'un homme puisse avoir. Jordan Monsieur, Je connais parfaitement les arguments que vous avancez et je sais aussi que si je me suis efforcé de faire avec la révolution, les révolutionnaires eussent tout autant préféré faire sans moi. Il était bien incommode alors que je me conformasse en tout point à la constitution. J'eusse pu, du moins, finir tranquillement ma triste existence au sein de ma famille mais, en même temps que l'on me déniait le titre de roi, on n'était nullement disposé à me laisser jouir des droits impartis à tout citoyen. Au vrai, et bien que l'on m'assure du contraire, ma mort est décidée depuis longtemps et voilà pourquoi vous me voyez parfaitement prêt à l'affronter. Monsieur, c'est donc comme un homme qui va paraître devant Dieu que je puis vous assurer que j'ai toujours profondément aimé le peuple français et que je n'ai jamais émis un voeu qui pût lui être contraire. Je me suis toujours réjoui de ses succès, et encore dans les récentes victoires dont on a bien voulu me faire part, comme j'ai sincèrement compati à ses malheurs en faisant tout ce qui était en mon pouvoir pour tenter de les atténuer. S'il est bien une affaire qui touche mon coeur, c'est le soin de la partie la plus indigente de mes peuples. Nombreux étaient ceux qui convoitaient ma place, du temps de ma splendeur, mais aussi ne pouvaient-ils concevoir ce qu'est le malheur d'un roi face à la souffrance qu'on lui rapporte et contre laquelle il est impuissant. Imaginez la douleur d'un père incapable de nourrir ses enfants et vous saurez alors quels tourments m'ont bien souvent agité et continuent de m'accabler à cause de la misère que fait régner la guerre en France. Je ne puis que penser à la détresse dans laquelle sont plongés ceux à qui je versais des pensions et qui n'avaient que cela pour vivre, aux déchirements affreux qui résultent d'une guerre civile. Mais Monsieur, je comprends votre indignation, la Convention et les journaux m'ont appris l'image que l'on veut donner de moi: tyran sanguinaire du 10 août, corrupteur quand je tente de porter secours à quelques familles dans le besoin. Vous me dites que les Français sont heureux en république dans votre temps, eh bien cela me soulage car les belles maximes ne font aujourd'hui que recouvrir une bien triste réalité. Si ma mort a pu contribuer à votre bonheur alors les maux que je souffre et mon sacrifice ne sont rien, Monsieur, et j'irai trouver d'autres consolations auprès d'un Dieu miséricordieux. Louis |
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