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écrit à

   


Louis XVI

     
   

Peur

   

Bonjour!

Je voulais vous demander si vous n'avez jamais eu peur de la sentence; étiez-vous disposé à accepter le jugement du peuple ou bien avez-vous tout fait pour vous révolter, vous enfuir? Pensez-vous que seule votre mort aura permis les évolutions politiques et, dans ce cas, en êtes-vous fier ou, au contraire, pensez-vous que le peuple n'avait pas à en venir à cette extrémité?

Merci



Mademoiselle,

Je crois, en effet, ne pas pouvoir douter de l'issue de ce procès, à en juger par l'attitude de la Convention à mon égard, il est manifeste que mon sort est décidé depuis longtemps. Cependant, j'ai toujours agi de manière à n'avoir rien à me reprocher et cela me rend serein face à la mort. Au reste, je ne puis confondre mes accusateurs avec mon peuple que l'on se garde bien de consulter sur mon affaire. Qu'aurait-on à lui présenter? Des accusations reposant, pour la plupart, sur des lettres adressées à moi mais auxquelles je n'ai pas répondu et que je n'ai pas cautionnées, des bruits plus insensés les uns que les autres, des preuves factices. Je n'ai pas faussé un seul des serments que j'ai faits, quels sont ceux, au contraire, que l'on m'a tenus?

Au vrai, mes accusateurs ne cherchent qu'à me charger de leurs propres fautes afin que ce peuple, dont vous parlez, Mademoiselle, ne puisse les leur imputer.

Je n'ai jamais eu de plus grand désir que le bonheur des Français, je lui ai consacré mon existence et je m'estimerai heureux si ma mort sert cette cause.

Malheureusement, je crains qu'elle n'exacerbe les tensions et il est probable que la Convention continuera à se déchirer plutôt que de travailler à l'intérêt public. Il est certain que je déplore la violence, le sang versé, la misère présente des Français et que j'eusse mille fois préféré arbitrer les réformes nécessaires moi-même pour épargner ces maux; n'ai-je pas constamment prouvé que j'y étais tout disposé? Mais puisque tel n'est pas le cas, il ne m'appartient pas de décider sous quel régime les Français doivent vivre. S'ils choisissent la République, j'en suis bien aise, mais si mon fils doit régner, je prends soin de lui recommander de suivre les principes que j'ai appliqués, à savoir de toujours gouverner selon les lois et d'éviter de verser le sang.

Louis