Louis Joseph Xavier, duc de Bourgogne
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Monsieur mon puîné

   

Monsieur mon puîné,

Laissez-moi vous dire, de l'autre monde d'où je vous observe avec intérêt depuis longtemps, que le Saint Esprit vous est tombé à côté, mon cher!

Ah, Berry, mon petit Berry... Toujours éternel perdant, n'est ce pas? Hélas, que n'ai-je vécu plus longtemps pour parfaire votre éducation et chasser votre méchant naturel! Vous eussiez fait un meilleur roi, tandis qu'à présent vous n'êtes plus que l'ombre de l'ombre que jadis vous étiez déjà. Si l'on en avait usé avec vous comme avec moi, peut-être serait-on parvenu à ébranler l'indécrottable orgueil qui vous a mené à votre perte. La faute en revient à notre père, qui me voyait déjà lui succéder. Il aurait été Louis XVI, très vite, puis il serait mort. Qu'a-t-on à retenir d'un Louis XVI, je vous le demande? Et moi, jeune, bien portant, glorieux, je serais monté sur un trône vacant et prometteur sous le nom de Louis XVII. Au lieu de cela je suis mort, et la France est un marasme. Franchement, vous pouvez être fier de vous!

Je vous laisse à vos réflexions, mon petit Berry. Puissent-elles vous éclairer sur votre conduite. Ne recommencez pas.

Louis Joseph Xavier de France, duc de Bourgogne


Je suis fâché, mon frère, que vous ne veniez me trouver que pour me poursuivre de vos sarcasmes. Au vrai, je vous plains, car il faut que vous soyez bien malheureux pour récriminer si longuement contre les décrets de la Providence. Sans doute n'en percevez vous point la sagesse, car, ne vous en déplaise, je doute que vous eussiez mieux réussi en ma place; et où en seriez-vous aujourd'hui? Et c'est vous qui me parlez d'orgueil!

Mais je serais ravi néanmoins de profiter de vos lumières et de savoir comment il m'eût fallu agir. Je vous prierais toutefois de ne point me décevoir, vous savez à quel point ma situation est difficile et combien ce me serait une nouvelle épreuve de devoir renoncer à l'admiration que je vous ai toujours vouée.

Louis