| | | Monsieur mon puîné,
Laissez-moi
vous dire, de l'autre monde d'où je vous observe avec intérêt depuis
longtemps, que le Saint Esprit vous est tombé à côté, mon cher!
Ah,
Berry, mon petit Berry... Toujours éternel perdant, n'est ce pas?
Hélas, que n'ai-je vécu plus longtemps pour parfaire votre éducation et
chasser votre méchant naturel! Vous eussiez fait un meilleur roi,
tandis qu'à présent vous n'êtes plus que l'ombre de l'ombre que jadis
vous étiez déjà. Si l'on en avait usé avec vous comme avec moi,
peut-être serait-on parvenu à ébranler l'indécrottable orgueil qui vous
a mené à votre perte. La faute en revient à notre père, qui me voyait
déjà lui succéder. Il aurait été Louis XVI, très vite, puis il serait
mort. Qu'a-t-on à retenir d'un Louis XVI, je vous le demande? Et moi,
jeune, bien portant, glorieux, je serais monté sur un trône vacant et
prometteur sous le nom de Louis XVII. Au lieu de cela je suis mort, et
la France est un marasme. Franchement, vous pouvez être fier de vous!
Je vous laisse à vos réflexions, mon petit Berry.
Puissent-elles vous éclairer sur votre conduite. Ne recommencez
pas.
Louis Joseph Xavier de France, duc de Bourgogne
Je suis fâché, mon frère, que vous ne veniez me trouver que pour me
poursuivre de vos sarcasmes. Au vrai, je vous plains, car il faut que
vous soyez bien malheureux pour récriminer si longuement contre les
décrets de la Providence. Sans doute n'en percevez vous point la
sagesse, car, ne vous en déplaise, je doute que vous eussiez mieux
réussi en ma place; et où en seriez-vous aujourd'hui? Et c'est vous qui
me parlez d'orgueil!
Mais je serais ravi néanmoins de profiter
de vos lumières et de savoir comment il m'eût fallu agir. Je vous
prierais toutefois de ne point me décevoir, vous savez à quel point ma
situation est difficile et combien ce me serait une nouvelle épreuve de
devoir renoncer à l'admiration que je vous ai toujours vouée.
Louis |