Colinne
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Marie-Antoinette malheureuse

   

Votre Majesté, je vous salue,

J'aimerais vous poser quelques questions sur votre femme, Marie-Antoinette. Avez-vous le sentiment qu'elle était malheureuse en France? Pensez-vous qu'elle était faite pour la royauté ou qu'au contraire il aurait bien mieux valu pour elle rester une princesse et ne jamais monter sur le trône de France à vos côtés? Ses dépenses étaient-elles aussi extravagantes qu'on le dit? Pourquoi croyez-vous que le peuple avait une si mauvaise opinion d'elle? Et, si la question n'est pas trop indiscrète, avez-vous aimé une autre femme qu'elle?

Personnellement, je considère que le peuple français a était assez injuste avec votre femme qui n'était certainement pas la pire reine qu'ait connue la France (en regard de Marie de Médicis, c'était une sainte!). Je considère que certaines accusations portées contre elle lors de son procès étaient proprement outrageantes et je suis affligée qu'on l'ait envoyée à l'échaffaud, surtout alors qu'elle avait deux enfants qui n'avaient fait de mal à personne et qui se sont ainsi retrouvés orphelins. Je suis aussi navrée pour vous, même si je crois en la République, car je pense que vous ne méritiez pas la mort.

Mes respects à vous et à votre famille. J'espère qu'une autre vie vous attend après celle-ci où vous pourrez être heureux avec votre femme et votre fils aîné.

Colinne


Le bonjour à vous Colinne,

Non, je n'ai pas le sentiment que la reine ait été particulièrement malheureuse en France, du moins pas jusqu'à cette affaire du collier, qui la mina beaucoup. Je pense -mais elle vous répondrait certainement mieux que moi- qu'elle se réjouissait à l'idée de devenir reine de France mais qu'elle n'en avait pas mesuré toutes les servitudes et particulièrement celles relatives à la nécessité de donner le jour à un dauphin. Ses premiers pas en France ne furent pas des plus aisés, je le reconnais. L'impératrice ayant probablement jugé qu'on ne lui demanderait point sa dernière fille pour un établissement si prestigieux, elle ne l'avait qu'insuffisamment préparée à son rôle. Il en résulta que la dauphine dut achever son apprentissage en France et qu'elle souffrit des comparaisons qu'on ne cessait point de faire avec ma jeune sœur, Clotilde, qui devait épouser le prince de Piémont.

J'ai déjà souvent répondu sur cette question des dépenses. Au vrai, elles ont été de beaucoup exagérées et toutes ces dépenses, je les ai approuvées en conscience; c'est donc que je ne les jugeais pas extraordinaires pour leur objet. Ce sont ces rumeurs, de vieilles rancœurs, des jalousies et probablement quelques maladresses qui ont malheureusement fini par discréditer la reine.

Pour répondre très sincèrement à votre dernière question, je ne vous cacherai point qu'il m'est arrivé d'avoir d'autres inclinations, particulièrement dans ces moments où tout semblait nous séparer irrémédiablement, la reine et moi. Cependant, je ne voulais point me délier si légèrement des engagements du mariage et risquer de proposer un tel exemple à mes sujets. Dans cette affaire, comme dans d'autres, j'ai voulu me fier à ce que me commandait mon devoir de roi et l'amour de mes peuples qui primait sur tout.

Louis