Kristina
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Madame Royale

    Sire,

Je voudrais que vous me parliez de votre fille, Madame Royale. Étiez-vous proche d’elle? Comment avez-vous réagi le jour de sa naissance en découvrant que c’était une fille? Comment ont réagi Marie-Antoinette et toute la Cour? Qui a choisi son prénom? Qui étaient son parrain et sa marraine? Où étaient ses appartements à Versailles? Comment a-t-elle vécu la fuite à Varennes et votre emprisonnement? Est-il vrai qu’au Temple elle faisait des malaises?

À bientôt,

Kristina

Ah, Mademoiselle! Le jour de la naissance de ma fille fut l’un des plus heureux de ma vie. J’éprouvais autant de joie à la naissance de mes autres enfants mais la reine et moi avions attendu Thérèse si longtemps… Ma fille fut véritablement un don du ciel et c’est toujours avec beaucoup d’émotion que je repense à ses premiers cris, ses premiers sourires. Ce sont des souvenirs qui sont restés gravés et leur simple évocation me suffit à les revivre. Elle me ravissait véritablement et j’étais chaque jour impatient de lui rendre visite dans ses appartements. J’aimais constater ses progrès, la voir grandir. Tout me paraissait extraordinaire et, sans doute comme tous les pères, j’étais intimement convaincu qu’elle était la plus belle petite fille du monde. Depuis lors, elle m’a toujours comblé.

Je ne saurais donc vous dire quelle fut la réaction de la reine puisque j’étais alors tout à ma propre joie. Je me sens même un peu coupable dans cette affaire puisque l’on vint m’apprendre ensuite que la reine avait perdu connaissance alors que je l’avais quittée pour suivre ma fille. Par chance, les médecins parvinrent à la ranimer mais c’est ce qui nous détermina à renoncer aux accouchements publics par la suite.

C’est en l’honneur de l’impératrice, sa marraine, que ma fille fut baptisée Marie-Thérèse. Charlotte rappelait son parrain, le roi Charles d’Espagne.

À Versailles, elle devait occuper les appartements de la dauphine, mais quand ils furent finalement prêts, elle n’eût plus que très peu de temps à y passer.

Thérèse est extrêmement sensible mais elle n’en veut rien laisser paraître, c’est ainsi qu’elle se protège. On la dit orgueilleuse mais rien n’est plus faux et je sais à quel point elle a le souci constant de faire passer autrui avant elle-même. Cette grande sensibilité et cette lutte qu’elle livre contre elle-même pour ne point laisser paraître sa douleur dérangent parfois sa santé et sont causes de malaises.

Louis