Christine
écrit à

   


Louis XVI

     
   

L'image de tous les défauts

    Sire,

Depuis mon adolescence, je me passionne pour l’Histoire, plus particulièrement pour le règne de Votre Majesté. À l’école, au collège puis au lycée, on inculque aux enfants une image déformée de Votre Altesse. Nos manuels scolaires véhiculent la faiblesse, l’indécision et l’inconsistance de Sa Majesté. La reine quant à elle, passe pour un être volage, inculte et fourbe. Seule l’idée d’un roi faible, d’un roi martyr subsiste dans l’esprit versatile des Français.

Je n’ai pas voulu croire ce que mes professeurs m’apprenaient. Et comme le roi, qui a lu et relu (et même traduit en Français) l’histoire de Charles Ier, je me suis plongée à l’âge de treize ans dans les biographies et les mémoires concernant Votre Altesse, simplement pour comprendre, pour savoir….

Si cette correspondance est bien réelle, je voudrais que le roi sache qu’au XXIe siècle, la France vit dans la culpabilité et la pleine conscience de son régicide. De ce fait, notre culpabilité se traduit par des idées mensongères. Il est tellement plus simple de dire que nous avons jugé un roi faible, passif et lâche plutôt que d’avouer à la jeunesse de notre pays que nous avons assassiné le plus humain et le moins immoral de nos rois. Ce crime restera à jamais le fardeau de notre République.

Je ne suis pas noble, monarchiste, ni même croyante. Je respecte bien sûr la religion ou la monarchie, tant qu’elle ne jette pas les hommes dans l’ignorance ou le fanatisme. Le roi Louis XVI n’a jamais trahi sa foi en Dieu, ce que j’admire, mais que pense-t-il des agnostiques? Sont-ils impurs aux yeux de Sa Majesté? Pourquoi, ce livre de David Hume sur Charles Ier a-t-il tant occupé l’esprit du roi? Est-il vrai que le roi aimait à se promener dans les combles du château de Versailles, et pourquoi? Enfin (et je m’en excuse par avance), Sa Majesté a-t-elle un jour aimé une autre femme, tout en restant fidèle à la reine?

J'espère une réponse pour bientôt. J’assure au roi mon plus grand respect et ma plus grande sympathie (Je ne crois pas que ce soit une manière approprié de s’adresser à un roi mais c’est ce que je ressens).

Christine


Il ne me revient pas, madame, de juger autrui selon sa foi. Si vous n'êtes point croyante et que vous n'en êtes point malheureuse, cela vous regarde vous seule et les discours que je pourrais vous tenir seraient certainement sans effet. Ce n'est là nulle raison qui vous puisse faire perdre mon estime et le dévouement que me montre monsieur de Malesherbes, qui partage vos sentiments, me le prouve assez. Pour moi cependant, je ne sais où j'en serais aujourd'hui s'il ne me restait cette ultime consolation.

J'ai lu l'«Histoire d'Angleterre» de David Hume dans mon enfance et je m'y suis souvent référé par la suite. C'est avec raison qu'on le tient pour un historien de grand talent. J'ai repris récemment le volume traitant de la révolution d'Angleterre dans lequel je puis bien évidemment trouver des rapprochements avec ma propre situation.

Pour ce qui est de Versailles, ce n'était point un lieu très commode. Mes appartements se répartissaient sur plusieurs niveaux et occupaient une partie des combles. Je pouvais y être seul, trouver la tranquillité nécessaire pour me livrer à certaines réflexions ou pour lire.

Votre dernière question ne me semble pas pouvoir se poser à un roi. Je sais bien que tous ne partagèrent pas cette position mais je crois cependant qu'un roi ne peut point avoir de véritables amis et moins encore connaître d'autre amour que celui qui l'unit à ses peuples.

Louis


Sire,

Tout d’abord, merci pour cette réponse si rapide!

Avant de laisser le roi à ses affaires, j’aurais encore quelques interrogations et des nouvelles qui devraient soulager un peu ses maux. Un peu d’évasion et de rêve pour combler la solitude… Sachez alors que l’entreprise menée avec les frères Mongolfier permet de nos jours à tous d’avoir la tête dans les nuages, si le cœur nous en dit. De plus, cette invention a fortement contribué (dans sa technique) à la naissance de l’aviation. Le roi aurait-il voulu monter dans la mongolfière qui a survolé Versailles en septembre 1783?

La participation de la France à l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, à certes vidé les caisses de l’état, mais cela à créé un lien unique entre nos deux peuples. Et lorsque l’Europe fut sous le joug de l’armée allemande entre 1939 et 1945, nos alliés sont venus nous libérer. Les Américains ont débarqué sur les côtes normandes, en disant: «Général Lafayette, nous voilà!».

En ce qui concerne la géographie, votre domaine de prédilection, la carte du monde n’est plus à faire et tous les territoires habitables sont cartographiés avec une telle précision! Nous disposons désormais de satellites en orbite autour de la terre capables de pousser le détail au centimètre près! Durant mes études j’ai pu accéder à la réserve de la bibliothèque historique de la ville de Paris. J’y ai vu la carte des environs de Versailles que vous aviez faite à l’age de quinze ans je crois. Je tiens a saluer au passage cet exercice très bien réalisé, cela a dû demander des heures de travail! Le roi a-t-il cartographié d’autres endroits? Quelle est la destination que Sa Majesté aurait préférée si elle avait pu voyager hors de France?

Enfin, en ce qui concerne le peuple, sachez que les richesses sont mieux réparties comme le roi l’a toujours souhaité, bien qu’il reste encore quelques injustices sociales. Le temps des famines est passé et le pain, toujours aussi bon! Les Français s’instruisent et selon un sondage leurs distractions préférées sont le bricolage et le jardinage! Nous aimons construire et innover mais nous râlons toujours autant! Le roi sait-il pourquoi son peuple possède ce comportement depuis toujours? Comment le roi perçoit-il son peuple?

Cette lettre est longue et je m’excuse d’avoir ennuyé Sa Majesté avec mes considérations et mes questions. Tout mon respect et toute mon amitié pour le roi,

Christine


J’ai suivi avec grand intérêt les différentes expériences aérostatiques et c’est sans aucun doute avec un plaisir non moins grand que j’eusse pris place dans l’un de ces ballons.
 
J’ai toujours eu beaucoup de goût pour la géographie, en effet, et quand j’en avais le temps, j’aimais dessiner des cartes. Aussi, je ne me suis pas arrêté aux environs de Versailles.
Vous avez donc retrouvé l’une des cartes de mon enfance, comme cela est étrange. Je n’eusse jamais pensé qu’elle serait conservée si longtemps.
S’il m’eût été donné de voyager, le pays m’eût peu importé mais j’eusse souhaité prendre la mer.
 
Les Français sont versatiles, il est vrai, mais que faire d’autre sinon s’efforcer de conserver leur confiance ?
 
Louis