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Louis XVI

     
   

Le duc d'Orléans

    Votre Majesté,

Vos frères ont-ils tout fait pour vous ôter votre trône?

Pensiez-vous qu'au procès, le duc d'Orléans, votre cousin, voterait contre vous, où pensiez vous qu'il pouvait vous soutenir et voter votre liberté?

Je ne sais si cela peut vous réconforter mais le duc d'Orléans sera condamné à mort, dans le futur.

Beaucoup de gens vous disent faible mais moi, je vous trouve fort. Vous avez tout sacrifié pour le bonheur de votre peuple en dépit de ce que pouvait penser la noblesse. Vous avez eu la force de mettre votre orgueil de côté, c'est ça votre force, Sire. Vous êtes l'un des seuls rois à avoir eu la force de résister au charme surfait d'intrigantes. Je parle de celles que l'on appelle «favorites». Vous entendiez beaucoup de voix autour de vous mais en proclamant la république, vous avez écouté votre propre voix.

N'avez-vous jamais pensé, Sire, que l'histoire n'est parfois qu'une série d'imprévus?

L'histoire retiendra votre nom comme celui du plus grand roi de France.

Votre soeur a-t-elle eu une expérience amoureuse? Ne s'est-elle jamais marié?

Avec tout mon respect, je vous salue.

Flore



Mademoiselle,

Je ne doute pas que mon frère Provence eût aimé monter sur le trône mais je ne veux pas songer que ce désir ait été si impérieux qu'il eût souhaité me nuire. J'espère que le zèle souvent maladroit dont mes frères ont fait preuve à mon endroit ne doit être attribué qu'à l'incompréhension résultant des malheureuses circonstances où nous nous trouvons. J'aime beaucoup mes frères et je me réjouis qu'ils se trouvent en sûreté aujourd'hui.

Que dites-vous? Mon cousin voter contre moi? Je crains de trop bien comprendre ce que vous insinuez et si cela est le cas, j'en suis véritablement attristé. Je sais bien que nos relations n'ont pas toujours été très cordiales mais aussi je lui ai toujours pardonné, sachant qu'il n'était bien souvent que la victime de ses propres folies. Jamais je n'aurais pensé qu'il éprouvait un tel ressentiment au point de souhaiter ma mort. Quel est donc l'acte de ma part qui a pu le déterminer à une telle position? J'ose croire, dans son propre intérêt, qu'il s'agit d'une faiblesse nécessaire à sa propre survie et sans doute doit-il être bien malheureux. Ma situation est délicate mais dût-elle l'être plus encore, je ne voudrais pas l'échanger avec la sienne et je lui pardonne.

Et vous m'apprenez qu'il doit monter à l'échafaud malgré cela! Au vrai, voilà bien ce que je redoute: la révolution se dévorant elle-même, le pays livré à l'anarchie. Où donc cela s'arrêtera-t-il?

Des imprévus dans l'histoire, très certainement. Je puis vous assurer que je n'ai pensé à aucun instant que mon règne s'achèverait ainsi lorsque je montai sur le trône. Cependant, ayant tout fait pour prévenir les excès de la révolution, je me soumets aux volontés de Dieu et m'efforce de faire face aux épreuves.

Élisabeth ne s'est jamais marié et elle ne m'a pas confié non plus avoir éprouvé le sentiment d'amour que vous évoquez.

Vous êtes bonne, Mademoiselle, et je vous remercie pour vos paroles qui me touchent.

Louis