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Louis XVI

     
   

L'aventure continue

    Sire,

Eh oui, Sire, la réputation de M. de La Pérouse est parvenue jusqu'à mon époque. Parmi les autres grands navigateurs du XVIIIe siècle, on a retenu, bien sûr, James Cook, mais aussi l'amiral Anson, M. de Bougainville, Marion-Dufresne... Et on se souvient toujours des marins antérieurs au siècle de Votre Majesté, tels Jean Bart, Duguay-Trouin. Ces noms glorieux, je les ai entendus prononcer dans l'amphithéâtre de ma faculté, tandis que notre professeur nous parlait des gens de mer et des littoraux au siècle des Lumières.

De nos jours, Sire, il n'y a plus un coin de terre qui ne soit à découvrir. Aussi, Sire, l'homme cherche à satisfaire son goût de l'aventure et de la découverte vers d'autres frontières. Alors que je n'étais même pas née, des hommes sont allés sur la lune. C'était en 1969. Ils étaient américains. Car au XXe siècle, Sire, les États-Unis d'Amérique sont devenus le pays le plus puissant du monde. Eux seuls ont eu l'argent nécessaire pour mener à bien pareil projet. Et actuellement, leurs recherches s'orientent vers Mars. Ils y ont envoyé il y a quelques années deux robots. Leur voyage a duré un an. Ce sont des machines fonctionnant sur batteries électriques, qui obéissent aux savants américains. Ils sont chargés de récolter tout un ensemble de précieuses données. Ainsi, on a pu établir qu'à une époque très reculée, l'eau a existé sur Mars, sous sa forme liquide.

Mais ne croyez pas, Sire, que l'homme ne s'intéresse plus à sa propre planète. Non, au contraire. Nombreux sont les aventuriers un peu farfelus à réaliser toutes sortes d'exploits, des plus téméraires. Par exemple, un milliardaire a, il y a quelques années, fait le tour du monde en ballon, sans jamais se poser. Ou bien, puisque j'avais commencé ma lettre par le domaine maritime, je dirais à Votre Majesté qu'il existe toujours de hardis navigateurs. Seulement, ils naviguent par passion, pour le sport, méprisant le danger. Car la mer reste dangereuse. De nos jours, on compte encore de nombreux drames de la mer: j'ai entendu parler d'un naufrage tous les deux jours! Des courses sont organisées, telle le Vendée Globe: une course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Le public se passionne pour ces exploits. Cette course, par exemple, n'est organisée que tous les 4 ans, tant elle est exceptionnelle. Et ce sont souvent les Français qui l'emportent. Le dernier vainqueur est, je crois, Breton. Vous saurez, Sire, que les Français sont sans doute les meilleurs navigateurs sportifs au monde, devant les Anglais.

J'espère que Votre Majesté ne se sera pas ennuyée en lisant ma lettre. C'est avec plaisir que, si elle le permet, je lui donnerai des nouvelles de la France et du monde de 2005.

En attendant, Sire, soyez assuré que je suis et resterai, de Votre Majesté, la très humble et très obéissante sujette,

Nathalie



Je vois avec plaisir, Madame, que vous portez un grand intérêt aux choses de la marine.

Vous me parlez d'expéditions sur la Lune et Mars mais pourriez-vous m'expliquer ce qu'on y a trouvé? Comment sont les paysages? Est-ce très différent de ce que nous connaissons? Ces planètes sont-elles habitées? Mes questions vous sembleront probablement d'une grande naïveté mais vous m'évoquez ces sujets comme s'il s'agissait d'un fait parfaitement naturel et je puis vous assurer qu'il n'en est rien pour moi, aussi suis-je empressé d'en apprendre plus.

Vous ne sauriez m'ennuyer en abordant des sujets qui suscitent tant d'interrogations.

Louis



Sire,

Je suis très honorée que Votre Majesté me mande de lui donner des détails sur les expéditions spatiales des XXème et XXIème siècle.

Avant tout, Sire, sachez qu'il n'est pas encore naturel d'aller se promener dans l'espace et de se rendre sur la Lune. Pour tout vous dire, il n'y a pas eu de voyage lunaire depuis 1972. Et je vous écris en 2005. Les raisons en sont économiques (trop coûteux) et politiques. Ce dernier point serait long à expliquer et hors de propos. Cela dit, si le roi le désire, je suis prête à en parler plus longuement dans une prochaine lettre. Aujourd'hui, les hommes et les femmes qui vont dans l'espace font surtout des séjours en orbite, à bord d'une station construite par les grandes puissances, dont les États-Unis, nous-mêmes, la Russie... Et ceux qui y participent, travaillent pour la science. On ne se rend pas dans l'espace pour ses loisirs. Cela reste un rêve, même si quelques milliardaires se sont offerts un petit voyage avec des Russes.

Les paysages découverts sur la Lune sont tristes: c'est un astre mort, dépourvu d'atmosphère, et donc de vie. Pas un brin d'herbe, rien. Que de la poussière. On y trouve énormément d'impacts de météorites, lesquels ont creusé des cratères de toutes les tailles. On a aussi recensé d'anciens volcans, qui ont laissé s'épancher leur magma: ce sont ces étendues de magma qu'on a pris pour des «mers». Et, bien sûr, quand les astronautes - ainsi nomme-t-on ceux qui vont dans l'espace - ont levé les yeux vers le ciel, il était noir. En revanche, ils ont vu la Terre, magnifique, comme nul ne l'avait vue auparavant: ils ont clairement distingué les continents des mers. Même les nuages étaient visibles.

Sur Mars, en revanche, il y a une atmosphère, mais elle est irrespirable, car composée à 100% de dioxyde de carbone, le gaz que nous échappons à l'expiration. Et il y fait très froid. Beaucoup plus que sur Terre. On en est encore à la recherche de traces de vie, même microscopiques. Mais rien, pour l'instant. Le relief y est tourmenté: on compte des canyons, des volcans boucliers. Tout semble y être gigantesque. Et aussi, mais je crois l'avoir écrit précédemment à Votre Majesté, on a la preuve que l'eau a ruisselé sur le sol martien. Ce sol est couvert d'une couche de poussière rouge, car cette planète est riche en minerais de fer. À présent, il n'y a eu aucun voyage habité vers Mars. On n'a lancé que des robots, des machines. C'est trop loin. Et, il faut le dire, voyager dans l'espace reste dangereux. Les astronautes risquent leur vie. Depuis que je suis née - j'ai presque 31 ans - , il y a eu deux accidents mortels: un en 1986 et un il y a 2 ou 3 ans. À chaque fois, l'engin spatial s'est désintégré.

Notez, Sire, que je ne suis pas une scientifique: j'ai une maîtrise d'histoire et j'enseigne le français et l'histoire-géographie à des adolescents âgés de 15 à 20 ans. Mais je m'intéresse à la recherche spatiale, aimant avoir la tête dans les étoiles. Chaque fois que j'apprends quelque chose, c'est avec plaisir. Ceci dit, il arrive que certains points m'échappent: je suis littéraire, pardonnez-moi.

J'espère avoir pleinement contenté le roi et c'est avec le même bonheur que je répondrai à toutes les questions qu'il aura la bonté de me poser.

En attendant cet honneur, soyez assuré, Sire, que je suis et reste, de Votre Majesté, la très humble et très obéissante sujette, au-delà des siècles.

Nathalie



Bonjour Nathalie,

Je vous remercie de toutes les précisions que vous avez bien voulu me donner. J'en suis pleinement satisfait et je goûterai probablement fort la curiosité scientifique de votre temps.

Louis