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Flore
écrit à | ||
| L'assemblée nationale | ||
| Votre Majesté, Je souhaiterais savoir pourquoi vous teniez tant à conserver un trône, une couronne que vous ne preniez pas plaisir à porter? L'Assemblée nationale vous aurait déchargé d'un lourd fardeau et en faisant relâche; le peuple ne vous en aurait que plus aimé, j'en suis sûre. Si la fuite à Varennes avait réussi, vous auriez à coup sûr pu mettre fin à la révolution. Soit, mais qu'en serait-il du regard qu'auraient eu vos sujets sur votre personne? Je sais qu'à titre injuste, vous passiez pour un tyran alors qu'il n'en était rien et que vous êtes un homme aimable, honnête et très consciencieux, mais le peuple ne vous voyait jamais et ne pouvait que croire ce que les colporteurs leur disaient sur vous et la reine. De plus, d'après les historiens, vos frères eux-mêmes auraient lancé quelques pamphlets contre la reine. Qui peut-on plus croire, même si ce sont des menteurs, que les frères du roi, qui sont vos plus grands proches. Je crois que Necker était de bon conseil et sa popularité aurait pu vous aider à regagner la vôtre. Le comte de Fersen est sur Dialogus. Il a reconnu être très amoureux de la reine et aurait même voulu l'épouser, si celle ci n'était pas déjà mariée. Cordialement, Flore Mademoiselle, Il serait commode de pouvoir choisir d'être ou non le Roi. Quant à Monsieur Necker, j'eusse souhaité qu'il songeât plus à la gloire de la nation qu'à la sienne propre. Enfin, Mademoiselle, que prétendez-vous par vos insinuations à propos de Monsieur de Fersen? Louis Votre Majesté, Je n'insinue rien du tout par rapport à monsieur de Fersen et à la Reine. Je n'ai fait que vous rapporter ce qu'il a dit sur Dialogus. Je ne vais pas dire que je ne doute pas mais je ne crois pas que votre femme et Fersen aient eu une liaison et encore moins un enfant ensemble. Je ne suis pas de vos courtisans qui se moquent et jacassent sans savoir. Vous voyez-vous donc des ennemis partout? Ce n'est pas mon genre d'insinuer des choses, encore moins dans le but de faire de la peine aux gens. Cordialement, Flore Veuillez me pardonner, Mademoiselle, si j'ai témoigné quelque vivacité en vous répondant. Cependant, songez que je vis parmi mes ennemis depuis plusieurs mois et que je me suis, en quelque sorte, accoutumé à leurs attaques. Majesté, Je n’ai rien à vous pardonner. Comme je l’ai confié à votre femme, lors de mes études, j’ai moi aussi été victime, je peux le dire, de harcèlement moral de la part de certains de mes camarades – mais je n’étais pas entourée de poignards. Bref, je me voyais aussi des ennemis partout et j’étais constamment sur la défensive. C’est tout à fait normal. Mais je suis sûre que même à l’époque où vous êtes, des gens sont encore de votre côté. D’ailleurs en Vendée, des paysans se sont opposés à la Révolution. Cordialement, Flore Ah, que je serais heureux si tout cela n’était que le fruit de mon imagination! Mais je lisais, avant de vous répondre, les feuilles du jour qui ne me laissent, hélas, aucun doute sur la triste réalité de ma situation. On m’y promet généralement une mort prochaine, que l’on juge ne point venir assez promptement encore. Louis Majesté, Honnêtement, je pense que vous avez fait de votre mieux en tant que roi et pour vous sortir de vos ennuis. Je pense que si votre femme transmettait les plans de campagnes aux armées étrangères, ce n’était pas avec intention de faire du mal mais par désespoir. La seule chose que je pourrais vous reprocher, c’est d’avoir manqué d’autorité en ce qui concerne les dépenses de votre femme. Et ce manifeste du duc de Brunswick, sans que vous le sachiez, c’était votre arrêt de mort car il donnait des armes à vos ennemis. Il prouvait votre association avec les coalisés. Mais il ne m’est pas permis de juger ce que vous auriez dû faire ou pas, n’étant pas à votre place. Lorsque j’avais des problèmes au lycée, subi les moqueries des autres, certains me disaient «tu devrais faire ci ou ça, à ta place j’aurais fait ci ou ça», mais personne n’était à ma place. Vous auriez pu faire le maximum pour vous faire accepter, il n’y avait plus rien à faire. Je pense que quelqu’un qui connaît un minimum l’histoire de la Révolution française comprendra que vous n’étiez qu’une victime dans tout ça. Et le seul qui aurait le droit de vous juger me donnerait raison, j’en suis sûre. Je regrette beaucoup, ne l’ayant même pas connu, la mort de votre fils aîné, Louis Joseph. Il aurait sans doute été un grand roi. J’ai vu l'un de ses portraits. Il était si beau. J’aimerais vous poser une question indiscrète. Sachez que compte tenu de la délicatesse de la question, je ne vous en tiendrai pas rigueur si vous refusez d’y répondre. Qu’est-ce qui vous a empêché de consommer votre mariage pendant tant d’années? La peur, le manque de désir pour votre épouse, une douleur physique? Cordialement, Flore Vous m’affligez si ce que vous me dites sur la reine est vrai. Je préfère ne pas l’envisager. Oui, Mademoiselle, vous avez bien compris tout le déplorable effet provoqué par ce manifeste de Brunswick. Aussi, je ne puis concevoir ce qui a pu inspirer ses auteurs. Pour répondre à votre question: la Reine et moi étions bien jeunes alors, nous nous connaissions peu et avions peu de goûts communs. Tout cela a contribué à nous éloigner. En y repensant aujourd’hui, il me semble évoquer un autre monde. Louis |
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