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Majesté,
Vous voilà en bien triste situation. Et profondément
injuste, nous en convenons devant Dieu, sinon devant les hommes.
Cependant, s'il est heureux qu'un père ne soit jamais
séparé de sa famille, ce postulat souffre l'exception
représentée par votre conjoncture.
Il vous faut rendre compte de bien des choses, devant les hommes et
devant votre conscience. Mais vous êtes le Roi, votre place est
là où vos sujets désirent vous voir, sur le
trône ou dans une prison. Cependant, pourquoi avoir
toléré de partager la présente infortune avec
votre famille, avec le Dauphin et Madame Royale?
Les voulez-vous vraiment, au mieux spectateurs, au pire victimes de
l'opprobre et de la vilenie? Sire, à défaut de l'avoir
évité, oeuvrez pour les éloigner d'une France
aujourd'hui dévoyée. Vous en avez encore les moyens.
Offrez votre présence en garantie, acceptez s'il le faut le voeu
de la Reine de demeurer à votre droite, mais il est encore temps
de traiter avec vos bourreaux.
Offrez-leur de conjurer les monarchies européennes de respecter
le choix de votre peuple, quel qu'il puisse être, en
échange du salut de vos enfants. Opposez à leurs
prétextes que la disparition du Roi et du Dauphin
n'empêcheront pas les revendications dynastiques du reste de
votre famille. Emprisonner ou immoler vos enfants restera donc pour
eux, et pour la France, la pire des indignités. Certes, vos
geôliers sont perfides: avec le boulanger, ils se targuent
d'avoir la boulangère et le petit mitron... Mais tout reste
possible à qui veut s'en donner la peine. Travaillez constamment
pour cela, Majesté, sauvez votre famille ou périssez
à cette tâche. Toute autre question est désormais
futile.
Quel que soit le résultat de vos démarches, aux yeux de
vos contemporains, aux yeux de l'Histoire (vos contemporains
d'aujourd'hui), vous aurez peut-être tout perdu, fors l'honneur
de père. Sachez que l'empereur de la Sainte Russie
connaîtra des circonstances équivalentes aux vôtres,
et son inaction dans le propos qui nous entretient ajoutera à sa
disgrâce. Souffrez donc que j'insiste, Majesté, encore et
pour toujours.
Parmi tous vos sujets, soyez sûr que je suis et je reste de vous,
Sire, le plus humble et obéissant serviteur.
Monsieur,
Longtemps j'ai craint que l'on
éloignât de moi mes
enfants puisque l'on souhaitait depuis plusieurs années confier
l'éducation de mon fils à un précepteur du choix
de l'Assemblée.
Croyez-vous, dans ces conditions, que l'on m'eût permis de leur
faire
quitter la France? Et qui donc les aurait accueillis sans me donner de
nombreux sujets d'inquiétude?
Monsieur, je puis vous assurer
que je ne saurais agir sans concevoir en même temps
l'intérêt de mes
enfants tant que celui-ci ne contredit point l'intérêt de
mes peuples.
Louis
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