Ixolan
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Honneur de père 

   

Majesté,

Vous voilà en bien triste situation. Et profondément injuste, nous en convenons devant Dieu, sinon devant les hommes. Cependant, s'il est heureux qu'un père ne soit jamais séparé de sa famille, ce postulat souffre l'exception représentée par votre conjoncture.

Il vous faut rendre compte de bien des choses, devant les hommes et devant votre conscience. Mais vous êtes le Roi, votre place est là où vos sujets désirent vous voir, sur le trône ou dans une prison. Cependant, pourquoi avoir toléré de partager la présente infortune avec votre famille, avec le Dauphin et Madame Royale?

Les voulez-vous vraiment, au mieux spectateurs, au pire victimes de l'opprobre et de la vilenie? Sire, à défaut de l'avoir évité, oeuvrez pour les éloigner d'une France aujourd'hui dévoyée. Vous en avez encore les moyens. Offrez votre présence en garantie, acceptez s'il le faut le voeu de la Reine de demeurer à votre droite, mais il est encore temps de traiter avec vos bourreaux.

Offrez-leur de conjurer les monarchies européennes de respecter le choix de votre peuple, quel qu'il puisse être, en échange du salut de vos enfants. Opposez à leurs prétextes que la disparition du Roi et du Dauphin n'empêcheront pas les revendications dynastiques du reste de votre famille. Emprisonner ou immoler vos enfants restera donc pour eux, et pour la France, la pire des indignités. Certes, vos geôliers sont perfides: avec le boulanger, ils se targuent d'avoir la boulangère et le petit mitron... Mais tout reste possible à qui veut s'en donner la peine. Travaillez constamment pour cela, Majesté, sauvez votre famille ou périssez à cette tâche. Toute autre question est désormais futile.

Quel que soit le résultat de vos démarches, aux yeux de vos contemporains, aux yeux de l'Histoire (vos contemporains d'aujourd'hui), vous aurez peut-être tout perdu, fors l'honneur de père. Sachez que l'empereur de la Sainte Russie connaîtra des circonstances équivalentes aux vôtres, et son inaction dans le propos qui nous entretient ajoutera à sa disgrâce. Souffrez donc que j'insiste, Majesté, encore et pour toujours.
 
Parmi tous vos sujets, soyez sûr que je suis et je reste de vous, Sire, le plus humble et obéissant serviteur.


Monsieur,

Longtemps j'ai craint que l'on éloignât de moi mes enfants puisque l'on souhaitait depuis plusieurs années confier l'éducation de mon fils à un précepteur du choix de l'Assemblée. Croyez-vous, dans ces conditions, que l'on m'eût permis de leur faire quitter la France? Et qui donc les aurait accueillis sans me donner de nombreux sujets d'inquiétude?

Monsieur, je puis vous assurer que je ne saurais agir sans concevoir en même temps l'intérêt de mes enfants tant que celui-ci ne contredit point l'intérêt de mes peuples.

Louis