Nephtali
écrit à

   


Louis XVI

     
   

Était-ce nécessaire?

    Altesse,

Je ne peux qu'être ému de vous écrire aujourd'hui, alors que je sens la France, et de manière plus générale le monde, en perte de valeurs et de repères, noyés sous de fausses libertés.

Je respecte la personne que vous êtes, ainsi que l'homme qui, j'imagine, a dû se sentir bien seul toutes ces années. Je suis navrée de vous apprendre que le plupart de mes contemporains, et plus particulièrment les professeurs que j'ai pu avoir, donnent de vous une image caricaturale, vous décrivant comme ce que l'on appellera plus tard un tyran, ne vous souciant que du faste de la Cour et insensible aux affaires de votre peuple. J'ai toujours eu en moi-même la certitude que cette image était en grande partie faussée, servant de justification à la Révolution et rejetant tous les aspects critiquables de celle-ci sur une seule personne. On oublie souvent que vous avez accepté ce changement avec courage et que, dans cette histoire, vous et votre famille avez été les victimes malheureuses d'une situation où vous n'étiez pas le seul responsable.

Néanmoins, malgré le profond respect que j'éprouve pour vous, je me dois d'être honnête: les débouchés de la Révolution, même s'ils ont pu dans un premier temps être dévastateurs, sont dans le long terme positifs pour le développement de chaque individu, notamment dans l'établissement des droits de l'Homme. En sachant cela, j'aimerais connaitre votre état d'esprit sur la dépossession de votre pouvoir: pensez-vous qu'il était nécessaire et dans l'ordre des choses que l'Histoire tourne une page et commence sur de nouvelles bases? La monarchie absolue aurait-elle pu évoluer dans ce sens?

Je vous remercie du fond du coeur de votre attention et vous souhaite pour l'instant tous le courage nécessaire pour faire face aux changements qui ont lieu,

Nephtali

Madame,

Pour cette question, c'est la Providence et non moi-même qu'il faudrait interroger. Je me contente de me conformer à ses desseins et de m'accommoder des revers de fortune. Je veux croire que le Ciel ne m'eût pas envoyé une épreuve que je ne fusse en mesure de surmonter.
J'ai tout fait pour accompagner le mouvement de réforme, probablement nécessaire, de mon siècle; mais l'injustice et les passions des hommes s'y sont opposées.

On m'a présenté comme un adversaire des droits de l'homme que vous évoquez; je n'y étais pas hostile, mais ceux-ci ne valent que dans la mesure où ils servent de fondement aux lois. Dès ce moment, on a pris comme principe de rejeter mes réflexions comme autant de marques de mon animosité.

Devenu peu à peu inutile ici-bas, c'est désormais vers les seules richesses du monde spirituel que je tourne mes regards.

Louis