Constitution pour la France
       
       
         
         

sabinemasy@hotmail.com

      Juste le temps de prendre de prendre des nouvelles de Votre Majesté et de votre famille. Comment se porte la Reine ainsi que vos enfants, j'ai pour ma part une tendresse pour son Altesse Royale, le Duc de Normandie.

Bon travail, Sire. Pensez à une constitution pour la France, ça vous évitera bien des ennuis.

Bien respectueusement et transmettez mes hommages à la Reine

Sabine Masy

 

       
         

Louis XVI

      Mademoiselle,

Je vous remercie de votre amabilité.

Je souhaite bien vivement que ma famille se porte au mieux mais je suis malheureusement dans l'impossibilité de lui transmettre vos bons voeux depuis que l'on m'en a séparé.

Quant à la Constitution, voilà je crois bien longtemps que ses instigateurs les plus ardents l'ont oubliée et je suis peut-être encore l'un des seuls à m'en préoccuper.

Louis
         
         

sabinemasy@hotmail.com

      Sire,

Permettez-moi de remercier Votre Majesté pour sa gentille lettre. Cela m'a procuré un immense plaisir. Je ne suis plus mademoiselle Masy mais madame Dachouff ( mariée depuis deux ans à un époux merveilleux). Quel dommage que l'on vous ait séparé de votre femme et de vos chers enfants. Ils n'ont donc aucun coeur ces barbares, Sire. Si je vivais à votre époque... (mais malheureusement...). Quant à la constitution, oui, c'est vrai, Votre Majesté est peut être la seule à croire encore à ce projet avec moi... mais comme je le dis dans la phrase précédente je ne vis pas au 18ème siècle et c'est bien dommage car je crois bien que malgré le fait d'être une femme et les dangers qui rôdent en France, j'aurais quand essayé de faire quelque chose pour Votre Majesté.

Sire, avez-vous encore dans votre prison du Temple la possibilité de communiquer avec l'extérieur ne fut-ce que par l'intermédiaire de votre valet de chambre Cléry? Êtes-vous encore libre de vos mouvements? Axel de Fersen ne pourrait-il pas vous aider à quitter le pays? La Reine ne peut-elle faire appel aux membres de sa famille autrichienne? J'ose espérer que cela fût possible mais... je crains que les évènements ne se précipitent pour la monarchie française. Sire je suis de tout coeur avec vous et la famille royale. Courage, Sire, il viendra bien des jours meilleurs. Si vous avez la possibilité d'avoir des nouvelles du petit Dauphin, faites-le moi savoir car je m'inquiète beaucoup pour ce petit. Et j'ai grand peur qu'il ne lui arrive quelque chose.

Que Votre Majesté veuille bien me pardonner si j'ai été un peu longue mais ce n'est pas tous les jours qu'on reçoit une lettre d'un Roi de France.

A bientôt Sire et courage

Votre dévouée sujette

Sabine Dachouff-Masy

P.S.: Et dire que j'ai visité Versailles quand j'avais 16 ans en compagnie de mes parents. Un bien beau château et que dire des jardins: un vrai chef-d'oeuvre!
         
         

Louis XVI

      Bonjour Madame,

Vos messages m'apportent une distraction bien agréable. Je suis profondément ému par la douceur de vos mots quand je n'ai autour de moi que des ennemis. Je rencontre parfois quelques âmes compatissantes et ce spectacle, devenu si rare, me cause toujours une grande émotion. Je vous souhaite de connaître beaucoup de bonheur avec votre mari et je ne doute pas que vous sachiez être pour lui une femme aimable et tendre.

Ma famille me manque mais si mes enfants étaient auprès de moi, il me serait difficile de leur accorder beaucoup de temps. Les pièces du procès sont nombreuses et mes conseils craignent de ne pouvoir leur accorder l'attention qu'il faudrait.

Je n'ai que peu de nouvelles de l'extérieur, mais Monsieur de Malesherbes m'apporte les journaux depuis peu. Cléry m'informe du mieux qu'il le peut par sa femme qui lui rend visite une fois par semaine.

Quant à ma liberté, je suis constamment gardé par plusieurs municipaux, mes conversations avec mes conseils sont entendues, je ne puis me raser et ce n'est que depuis le début de mon procès que je dispose d'encre et de papier et donc que cet échange avec Dialogus est possible.

Je ne sais aucunement ce qu'est devenu Monsieur de Fersen et j'ose espérer qu'il ne commet nulle imprudence pour nous. Il ne ferait que s'exposer sans pouvoir nous être utile. Je suis tout résolu à accepter la mort et ce n'est que pour ma famille que j'espère la clémence. La mort me semble bien préférable à l'intervention de l'Autriche en ma faveur. Je ne puis oublier que nous sommes en guerre et qu'une telle intervention aurait les effets les plus regrettables pour les Français. Ceux-ci ont fait le voeu de vivre libres ou de mourir et je veux les accompagner dans leur volonté.

Je suis tout aussi inquiet que vous pour mon fils. Je sais bien que c'est un symbole qu'ils veulent tuer avec moi et je souhaite de tout coeur que ce même symbole ne prévaudra pas sur la jeunesse innocente de mon fils. Je voudrais tant que mes enfants puissent connaître une vie heureuse et insouciante qui leur fasse oublier les tristes années de leur enfance. Ces incertitudes sont certainement l'une de mes plus grandes peines. Je ne crains pas la mort mais je ne puis me dissimuler que ma présence constitue un rempart pour mes enfants.

Il reste cependant un espoir puisque vous m'apprenez que Versailles a été sauvé, je veux croire que le sacrifice de ma personne suffira à apaiser la soif de sang au lieu d'exacerber les tensions. Si je pouvais en être assuré, je marcherais à l'échafaud le coeur joyeux.

Louis
         
         

sabinemasy@hotmail.com

      Sire,

Ce fut un grand honneur pour moi que de pouvoir dialoguer avec Votre Majesté. Je viens d'apprendre que Votre Majesté est en plein procès et que l'on veut vous condamner à mort. Eh bien bonjour l'injustice, vous qui n'avez jamais fait de mal à une mouche, vous qui avez voulu essayer de faire quelque chose pour votre pays, de proposer certaines réformes, voilà le remerciement. Je me suis laissé dire, Sire, que Votre Majesté avait aboli la question dans la procédure judiciaire (c'est bien), mais est-ce que le condamné a droit à un procès équitable? Dans les faits?

Je crois que dans votre cas, ils vont condamner à mort un innocent. Je viens de recevoir clandestinement bien sûr des nouvelles de votre fils, les communards (mais le terme est incorrect) pensent à le séparer de sa mère et de sa soeur, il sera confié au cordonnier Simon et sa femme (quelle horreur! Un couple de roturiers pour éduquer un futur roi de France). Enfin, Sire, l'annonce de votre procès et la perspective de votre condamnation m'ont remuée bien plus que je ne le pensais, mes mains tremblent et c'est à peine si je peux vous écrire.

Courage, Sire, tenez bon et ne vous laissez pas trop impressionner par ce ramassis de sans-culottes enragés, enflammés par la propagande antiroyaliste qu'un certain Hébert publie dans le «Père Duchesne», qui frise la vulgarité et la pornographie. Et, dans ce fouillis d'injures et d'insultes, je me demande comment la Reine tient le coup, la pauvre femme, car la plupart des injures lui sont destinées. Aller jusqu'à oser dire que Versailles était un lieu de débauche (je n'ose pas employer un terme trop cru de peur de choquer Votre Majesté). Du temps de vos ancêtres, peut être, mais de votre temps quand même c'était plutôt le calme plat de ce côté-là.

A bientôt, Sire, tenez-moi au courant de l'évolution des choses.

Que Dieu bénisse Votre Majesté

Sabine Dachouff née Masy
         
         

Louis XVI

      Ah, Madame, puissiez-vous ne pas dire vrai sur mon fils! Ce que vous me révélez m'afflige.

J'ai fait supprimer la question préparatoire, il est vrai. Cette procédure était du reste peu appliquée. On croyait qu'elle prémunissait contre l'intime conviction des juges mais il y avait plus de rigueur contre l'accusé que d'utilité pour la justice à employer un moyen aussi violent. On pouvait se demander si ce n'était pas le plus souvent la force des nerfs qui décidait du crime et de l'innocence et si ce n'était pas traiter en criminel convaincu celui qui n'est encore qu'un accusé. Quant à la justice qu'on rendait en mon nom, j'entends bien, Madame, qu'elle était équitable. C'est là l'une des premières attributions des Rois de France.

Je vous en prie, Madame, ressaisissez-vous. Votre peine ne fait qu'ajouter à la mienne et je vous assure que je ne crains rien, si ce n'est pour ma famille.

La mort est bien préférable à la perpétuation de cette détention rigoureuse.

Soyez assurée de mon estime et que Dieu vous bénisse, Madame.

Louis
         
         

sabinemasy@hotmail.com

      Sire,

Concernant le jeune duc de Normandie, je crains hélas que les rumeurs qui circulent en ce moment dans Paris ne soient vraies. Le petit Dauphin sera bien séparé de sa mère et de sa soeur pour être confié aux époux Simon.

Désolée, Sire, mais je suis de plus en plus surveillée et je vous écris clandestinement.

Si je sais, je vous tiendrai au courant.

A bientôt.

Si Dieu le veut.

Sabine