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Je souhaite bien le bonjour à votre Majesté.
Je
vous écris de votre bonne ville de Reims. J’espère que vous vous portez
bien, Sire, malgré les quelques petites douleurs dues à votre grand âge.
Et que votre vie dans votre merveilleux château doit être terne par
rapport à celle que vous aviez connue dans votre jeunesse!
Mais
je crois qu’avec Dialogus où vous avez beaucoup de correspondants, cela
doit vous apporter quelques rayons de soleil dans votre cœur, et ça
malgré les siècles passés. Et je crois que vous avez appris quelques
bribes de l’avenir de votre Royaume de France et de votre descendance.
De tous les Rois de France qui se sont succédé sur le trône (vos
prédécesseurs et vos successeurs) je crois que c’est vous, Sire, qui
avez régné le plus longtemps.
Voici mes questions, avec votre
permission, Sire. Je voudrais savoir quels furent vos rapports réels
avec son Éminence le Cardinal Mazarin? Après pour votre sacre,
êtes-vous revenu à Reims? Vous est-il arrivé, Sire, durant vos
campagnes militaires, de vous retrouver en plein milieu d’un combat où
vous avez dû mettre votre main à l’épée? Étiez-vous bon escrimeur ou
bon tireur? Je sais que feu sa Majesté votre père avait une forte
passion pour la chasse. Qu'en est-il de vous-même, Sire?
Cela
suffit pour une première tournée de questions, en espérant que les
sujets de mes interrogations ne vous ont pas été déjà posés, car vous
avez beaucoup de courrier.
Je vous salue humblement et respectueusement, Sire.
Monsieur Jamart
Monsieur,
Vous avez bien raison. Je m’ennuie parfois dans ma
vieillesse et tous les petits maux qui m’accablent. Mais comme je ne
suis point homme à me plaindre, j’arresteray icy mes lamentations.
Malgré
mes nombreuses correspondances avec vos contemporains, je ne connois
point les événements qui surviendront après moy et je vous avoue que
cela me convient ainsy. Je ne souhaite point connaistre l’avenir et je
laisse cela dans les mains de Dieu et de mes successeurs. Il est vray
que mon règne est long, il a déjà surpassé en longueur de tems les
règnes de mes prédécesseurs. Et je vous crois sur parole lorsque vous
m’escrivez qu’il sera aussy plus long que ceux de mes descendants, quoi
que je leur souhaite aussy une extresme longévité.
Voicy
maintenant les responses à vos questions, dont certaines ne m’ont
jamais esté posées par vos contemporains. Je debuteray par celle sur
feu le cardinal Mazarin. J’ay beaucoup de respect et d’estime pour le
cardinal, qui assista la Reyne ma mère lors de ma minorité et qui fut
ensuite mon principal ministre jusques à sa mort. Ses enseignements me
furent précieux, puisque sa vision était le prolongement de ce que le
Roy mon père et le cardinal de Richelieu avaient voulu mettre en place,
et c’est cette vision qu’il m’enseigna. Je luy en seray toujours
reconnaissant. Cependant, nous ne fusmes pas toujours d’accord sur tout
et j’appris aussi, de mon costé, bien des choses.
Je garde un excellent souvenir de Reims mais je n’y retournay point après mon sacre.
Bien
que je n’hésitay jamais à me mettre de l’avant lorsque cela estoit
nécessaire, et que je me fis mesme gronder durant ma jeunesse par
moment sur ce sujet, je ne me retrouvay point dans une situation
directe de combat, telle que vous la descrivez. Les Roys ont le devoir
de préserver leur personne. Mais soyez bien asseuré que je n’aurois
point hésité un instant si cela avoit esté nécessaire. Cela dit, j’ay
de tout tems préféré les guerres de sièges aux batailles rangées.
Je
ne saurois vous dire si je suis meilleur escrimeur que tireur. Mon
expérience des deux me fait croire que je puis estre aussy bon dans
l’un que dans l’autre. J’ay de tout tems aimé les activités physiques,
dont fait partie la chasse pour laquelle j’ay une grande passion.
N’hésitez point, Monsieur, à m’escrire de nouveau si vous avez d’autres questions,
Louis
Je vous salue humblement et souhaite le bonjour ou le bonsoir à Sa Majesté.
Je
vous remercie, Sire, d'avoir eu la bonté de répondre si vite à mes
questions. Cela doit vous mettre énormément de baume au coeur, de
savoir que votre chef-d'œuvre, le château de Versailles, est toujours
debout malgré les siècles passés et que nombre de gens venus de tous
horizons le visitent encore de nos jours, bien qu'il ne soit plus le
palais de notre chef d'État actuel. Il n'y a pas longtemps, on a
restauré de nouveau la galerie des glaces et je crois qu'elle a
retrouvé tout le «lustre» de votre époque. J'ai visité votre château
dans mon enfance, et je crois que j'irai le revoir quand je le pourrai.
Les
édifices et les lieux construits à Paris durant votre règne sont:
l'Observatoire, l'hôtel des Invalides, Les Champs-Elysées, les places
Louis-le-Grand et des Victoires, le Pont-Neuf. Ils sont toujours
présents. La Comédie-Française
existe encore, ainsi que le collège
royal Louis-le-Grand. Le Canal du Midi est toujours utilisé. Le Palais
du Louvre aussi est encore présent.
Paris est toujours la
capitale de la France et les trois plus grandes villes de France après
Paris sont: Marseille, Lyon et Toulouse.
Voilà, Sire, un tour
d'horizon des bâtiments et des institutions nés sous votre règne
(surtout à Paris). Le jour où je remettrai les pieds dans votre
château, j'aurai une pensée pour vous.
Je vous salue bien bas et admire votre œuvre de bâtisseur.
Monsieur Jamart
Monsieur,
Vous avez encore une fois raison. Je suis heureux de
savoir que Versailles existe encore et que mes sujets y sont toujours
les bienvenus. Dans cette perspective, n'hésitez point à y retourner.
Il me fera grand plaisir de lire vos commentaires à ce sujet.
Louis
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