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Sire,
Pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous avez incarcéré le
gentilhomme Fouquet. Ce dernier était un homme de grande valeur
au service de Sa Majesté et du royaume.
Je sais parfaitement que votre contrôleur, l'austère
Colbert, était méprisant envers M. Fouquet. Sans vouloir
vous contredire, vous n'avez pas fait confiance à la bonne
personne.
Fouquet aurait fait un meilleur conseiller que votre ami dieppois. N'en
déplaise à Sa Majesté, la polyvalence d'un Fouquet
aurait fait du royaume de France un véritable empire colonial au
détriment de vos «cousins» anglais. Au lieu de cela,
votre jalousie (et celle de Colbert) envers la fortune de M. Fouquet
aura fait de votre royaume «un colosse aux pieds d'argile»,
la France se renfermant sur elle-même avec son mercantilisme
à outrance et son économie rigide. Fouquet
possédait les aptitudes libérales qui auraient permis
à votre royaume de connaître le succès dans
l'aventure coloniale.
Un autre point négligent envers Votre Majesté aura
été sans contredit d'avoir révoqué
l'Édit de Nantes habilement instauré par votre
grand-père Henri. Par votre intolérance et votre
nombrilisme, Votre Majesté a fait de la colonie aux
Amériques un échec retentissant. Votre obstination de ne
vouloir peupler la colonie que de bons catholiques aura fait de la
Nouvelle-France une colonie essoufflée, sans l'apport des
huguenots: un groupe besogneux et instruit.
Monarchiste convaincu, partisan de la noblesse, je m'indigne de votre
étiquette et de vos frivolités de Versailles. Vous auriez
dû prendre exemple sur votre père qui a su écouter
son plus fidèle allié, Richelieu. Votre obsession de
vouloir tout contrôler ruinera votre royaume.
M. Lamotte-Piquet
Monsieur,
Fouquet? Un homme de grande valeur pour mon service et celuy du
royaume? Sans doute ne parlons-nous point du mesme Nicolas Fouquet,
celuy qui s’enrichit de façon démesurée sur le dos
de mes sujets? La jalousie de Colbert, vraie ou non, n’a rien à
y voir.
Le travail effectué avec Colbert auprès de mes colonies
est admirable. Ces dernières n’ont jamais reçu plus
d’habitans que sous mon règne. Il reste du travail à
faire, mais cela ne se compare en rien à l’estat où elles
se trouvoient lorsque je pris moi-mesme mes affaires en mains.
Vos insinuations sur l’incapacité des catholiques sont
déplorables. De plus, la Nouvelle-France est une province
française et se doit d’être un exemple. Les huguenots n’y
ont pas leur place, pas plus qu’ils ne l’ont ici.
En ce qui concerne vos accusations de frivolité de Versailles,
j’avoue ne point sçavoir de quoy vous me parlez. Versailles
représente la grandeur du royaume, à l’intérieur
de celuy-cy, comme à l’extérieur.
Louis
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