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Mon cher papa,
Je vous écris actuellement grâce à une feuille de papier
et un crayon que maman et moi sommes parvenues à conserver. Ces infâmes nous ont
ôté jusqu'au moyen de vous écrire, jusqu'où iront-ils?
Nous avons caché
le papier dans la doublure de mon matelas et, malgré les inspections parfois
nocturnes que nous avons à subir, les hommes de la garde n'y ont vu que du
feu.
Mon frère s'est réveillé au milieu de la nuit une fois de plus,
fiévreux et haletant. Le malheureux a de nouveau fait un cauchemar, celui dont
il nous a souvent parlé et qui lui revient tant de fois. Cette nuit, vous étiez
la personne menacée par les tigres. Oh, comme je suis inquiète pour vous, mon
cher papa, tout comme le sont maman, mon frère et ma tante. Nous nous portons
tous bien, cependant.
Nous sommes parvenues à rendormir Charles, maman et
moi. Elle s'est elle-même recouchée, mais je sais pertinemment qu'elle ne dort
pas, et je m'inquiète également pour elle.
Je profite de ce qu'il fait
nuit pour vous écrire, en espérant que cette lettre vous parviendra par
l'intermédiaire de notre fidèle ami, Monsieur Turgy ou Monsieur Clery. J'écris à
la lumière de la lune, bien que cela m'abîme les yeux, mais cela m'est bien
égal. Comme elle est claire en cette soirée! J'espère que vous pouvez la voir,
vous aussi, de là où vous vous trouvez.
Vous me manquez tant, papa. Comme
il me tarde de vous revoir et de vous serrer dans mes bras! Quand ces tourments
cesseront-ils donc? Qu'avons-nous donc fait pour attiser une haine si prenante
de la part de ce peuple que vous aimez et que j'aime également par-dessus tout?
Il m'arrive parfois de rêver de notre vie d'avant, si paisible. Mais hélas, tout
cela me paraît déjà bien loin.
J'espère que vous vous portez bien, mon
cher père, et que personne ne vous tourmente. Si vous le pouvez, je vous en
prie, essayez de m'écrire vous aussi.
Je vous embrasse.
Votre
fille qui vous aime et vous admire,
Marie-Thérèse Charlotte
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