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A Sa Majesté Louis le seizième, roi de France et des Français,
Pur
«produit» de la Révolution et restant attaché aux valeurs qui en ont
découlé, je n’en éprouve pas moins de la sympathie (si vous me
permettez cette familiarité, Sire), pour vous qui, je crois, avez été
le roi de France le moins compris, le moins aimé et le plus mal
conseillé de notre histoire!
Du peu que je me souvienne des
cours d’histoire en primaire vous concernant, le portrait que l’on m’a
fait de vous est: Louis XVI, le roi «cochon» et Marie-Antoinette,
«l’Autrichienne»… Quelle honte pour la France d’avoir donné une image
aussi simpliste et réductrice de vos royales personnes, comme une
volonté de détruire cette partie humaine de deux êtres faits de chair
et de sang!
Heureusement, ma méfiance naturelle envers
l’Éducation nationale -c’est comme ça qu’on nomme l’école de mon temps-
m’a poussé à m’instruire par mes propres moyens, ce qui m’a permis de
ne pas sombrer dans l’idée que vos majestés étaient les «tyrans
assassins du peuple» que les «bouchers» de la Révolution ont bien voulu
nous faire croire! De telles paroles me vaudraient la guillotine si ma
missive tombait entre les mains d’un Saint-Just ou autre Robespierre!
Pourquoi
avoir refusé l’idée lancée par monsieur de Mirabeau d’une monarchie
constitutionnelle? Pourquoi avoir persisté à écouter ces conseillers
proches et moins proches mais par-dessus tout incompétents, qui vous
ont mené à votre perte? Car Mirabeau l’a dit lui même: «Il existe
quelqu’un de pire que le bourreau, c’est son valet».
De mon temps,
près de deux-cent-vingt ans après le vôtre, et avec le recul, je me dis
que c’est lui qui avait la solution au problème! Il a eu
«l’intelligence» de mourir avant la grande Terreur qui s’annonçait et
qui lui aurait valu de sentir sur sa nuque le fil de la lame. Car rien
ne lui aurait été épargné: sa débauche et sa corruption qui ne sont
plus un secret à mon époque! Cela dit, à mon sens, il était pourtant
dans le vrai et cela aurait eu pour effet d’avorter le vent de colère
et de haine qui, il faut bien le dire, avait pris sa source à la fin du
règne de Louis XIV, poursuivi sous celui de Louis XV, atteignant son
apogée et sa finalité sous le vôtre!
Je me garde bien de vous
juger, Sire. D’autres l’ont déjà fait à ma place, comme ce Saint-Just,
qui n’a de saint et de juste que le nom, et qui aurait dit à la
tribune: «Un roi doit régner ou mourir»! Il serait hypocrite de ma part
de vous dire que tout ira bien et ne vous cacherai pas que la fin est
proche, vous le savez déjà! Mais il est une chose que je tiens à vous
faire connaître, c’est qu’aux tout derniers instants, vous aurez
l’occasion de montrer au peuple français que vous avez tant aimé, je le
crois en tout cas, que vous êtes le grand roi que vous avez toujours
été et si peu su le montrer!
Je vous ferai une confession:
malgré le respect et l’affection que vous et les vôtres m’inspirez à
moi, enfant de la Révolution, il est fort probable que si j’avais eu à
juger votre sort, j’aurais voté la mort, à contre-cœur, par lâcheté et
non par conviction! Je vous en demande bien pardon, Sire! Mais de vos
jours, c’en est une question de survie! Danton le fera à contre-cœur
lui aussi et pour les mêmes raisons que moi… Dieu merci, je n’aurai pas
eu à le faire étant venu au monde deux siècles plus tard! Si cela se
produisait à mon époque, sachez qu’aucun tribunal ne vous condamnerait.
L’abolition de la peine de mort est, ironie du sort, une résultante des
valeurs républicaines, pour ainsi dire cette même République qui vous
aura jugé et envoyé passer les pieds outre.
Soyez tranquille,
l’Histoire vous rendra justice à vous et à la reine. Un échafaud est
déjà dressé pour vos bourreaux… Et croyez-moi, ils paieront!
Je
vous laisse, Sire, je vous aurai assez tourmenté pour ce jour, mais
croyez bien que mes pensées vous accompagneront jusqu’au bout et je
vous le redis, l’histoire ne vous oubliera pas. Et si vous permettez au
barbare républicain que je suis, vous me feriez honneur: VIVE LE ROI!
Bien à vous, Sire,
Olivier
Même si je ne la souhaitais pas dans un premier temps, je ne crois pas,
Monsieur, avoir refusé l’idée d'une monarchie constitutionnelle quand
j’ai tout mis en œuvre pour que la Constitution que j’avais acceptée,
suivant le vœu des Français, fût respectée. Mais les sacrifices que je
faisais pour cette Constitution, d’autres n'étaient pas prêts à les
accepter pour eux-mêmes et beaucoup eussent sans doute jugé plus
commode que je la refusasse.
Louis
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