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Bonsoir, votre Altesse,
Près de quatre siècles nous séparent et,
bien que je sois républicain, je ne puis m'empêcher
d'avoir beaucoup de respect pour un chef d'État tel que vous
l'avez été: vous avez fait une France puissante,
créé un pays glorieux qui perdure encore aujourd'hui avec
une grande image de respect. Vous avez donné l'impulsion
à une France qui arbore aujourd'hui fièrement ses
territoires, ainsi que sa culture immortelle et féconde. Mais je
ne veux pas vous noyer de paroles mielleuses, bien que vous ayez
certainement connu pire avec nombre de vos courtisans.
Je ne veux en rien vous provoquer en disant que je suis
républicain, mais bien jouer franc-jeu jusqu'au bout: quitte
à enfoncer une porte ouverte, j'aime autant vous le dire. Des
questions me brûlent les lèvres, et je voudrais
âprement savoir ce que vous pensez des points suivants concernant
la France après vous. Je sais que certains point peuvent
paraître douloureux et je n'oserais vous tenir rigueur si vous
les éludiez, mais l'honnêté dont je veux faire
preuve m'oblige à vous les poser:
- - Comment estimez-vous que Louis XVI a géré
les évènements de la révolution de 1789? S'est-il
laissé emporter par les révolutionnaires? Ou a-t-il
commis une maladresse en tentant de s'enfuir à Varennes?
- - Quel regard portez-vous sur les guerres de Vendée?
- Pensez-vous que Napoléon Bonaparte a contribué à
la création d'une France surpuissante? Ou a-t-il simplement
créé un château de cartes?
- Selon vous, comment Louis XVIII a-t-il géré la
restauration?
- - Pensez-vous que le Duc D'Orléans était le
mieux placé pour prendre la place de Charles X?
- - À votre avis, l'Assemblée nationale
a-t-elle fait preuve de naïveté en nommant le Prince
Louis-Napoléon Bonaparte président d'une
république...qu'il n'a pas tardé à transformer en
Second Empire?
- - Quel regard portez-vous sur le soulèvement de
1870-1871 «la Commune de Paris», ainsi que sur les
communards et les soldats de Monsieur Thiers, premier ministre
royaliste?
- - Que pensez-vous de la conduite des opérations des
armées républicaines de 1914-1918? Trouvez-vous que la
(très chère) victoire a contribué à l'image
de la France?
- - Quelles sont vos impressions, jugements... sur le
régime de Vichy du Maréchal Henri-Philippe Pétain?
- - Selon vous, comment évolue la France actuelle?
- - Pensez-vous qu'une royauté pourrait être
rétablie en France? À votre avis, qui des Bourbons ou des
Orléans serait le mieux placé pour reprendre la maison de
France?
À nouveau, votre Majesté, je vous redis le
respect que j'ai pour un chef d'État qui a mis le pied à
l'étrier de la grandeur et de la fierté de la France.
Je vous salue respectueusement.
Martin
Monsieur,
Vous me posez là des questions très intéressantes,
auxquelles il m’est cependant très difficile de respondre. L’on
m’a raconté les événemens qui surviendront dans ce
futur qui, à ce qu’on me dit, n’est pas si lointain, mais je
n’ose y croire et je ne peux y croire. Ce que je peux vous dire, et
peut-estre cela sera-t-il une forme de response à vos questions,
est que le Roy de France, père de ses peuples et lieutenant de
Dieu sur terre, est le seul habilité à diriger les
destinées de la France.
C’est Dieu qui dirige ses actions. De plus, la succession au trosne de
France est déterminée depuis des siècles par la
Loi salique. Toute succession ne respectant pas cette loi fondamentale
est donc illégitime. Par ailleurs, je ne suis pas certain de
bien comprendre vostre dernière question. Les Orléans
sont aussi des Bourbons. Si, à vostre espoque, il n’y a plus de
descendant masle en ligne directe issu de ma lignée, le trosne
passeroit donc aux Orléans issus de mon frère, s’il vit
encore. Peut-estre voulez-vous parler des Bourbons d’Espagne issus de
mon petit-fils le roy Philippe V? Dans ce cas, je me dois de vous dire
qu’une des conditions du traité d’Utrecht de 1713 estoit la
renonciation du roy d’Espagne à ses droits sur la couronne de
France. Ce seroit donc au roy d’Espagne de vostre tems de
décider de respecter ou non ce traité et d’en subir les
conséquences pour luy et son peuple.
J’espère avoir su vous respondre et je vous pry de croire que je
ne tente point d’esquiver vos questions. Mais j’avoue ne point me
sentir
à l’aise pour y apporter des responses détaillées.
Il sembleroit que tant de choses aient changé depuis 1715!
Je vous donne le bonjour,
Louis
Bonjour, Votre Majesté,
Je suis on ne peut plus content d'avoir reçu votre
réponse, et je puis vous assurer que vous n'avez en rien
éludé mes questions.
Au contraire, le simple rappel de ce que fut votre France a suffi
à m'éclairer sur un éventuel regard que poserait
un homme de votre temps sur le nôtre. Je puis concevoir en effet
que Votre Majesté ait bien du mal à imaginer une
époque de près de quatre cents ans éloignée
de la sienne (dans le futur) mais je puis vous donner une phrase
transmise par un grand philosophe contemporain (de l'époque
où je vous écris): «Je ne m'inquiète jamais
pour le futur, il vient toujours
bien assez tôt».
Comme vous le dites, Votre Majesté,
bien des choses ont changé... mais hélas, uniquement des
choses, de nombreuses mentalités navrantes comme le despotisme
égoïste, la furie sanguinaire, la malhonnêteté
intellectuelle, les guerres injustes et ravageuses continuent de
persister et je puis vous dire -encore hélas- qu'elles ont de
beaux jours devant elles.
Mais laissons ces aléas malheureux de côté, car je
vous avoue que ma curiosité est on ne peut plus piquée au
vif et j'aimerais vous reposer d'autres questions, si vous y consentez:
- Vous dites que, dans votre jeunesse, vous étiez
passionné
par le sport et les activités physiques. Pouvez-vous les citer?
Du moins, vos préférées.
- Pourquoi avez-vous révoqué l'Édit de Nantes? Je
ne vous juge pas, mais les livres de mon époques disent vert
comme blanc, bleu comme noir, etc. et je voudrais votre réponse.
- Quel regard portez-vous sur l'Angleterre de votre époque, que
vous avez si souvent affrontée?
Pour répondre à vos interrogations concernant votre
descendance actuelle, je puis vous dire qu'il existe deux
prétendants mâles à votre trône, ainsi que
leurs (grandes) familles:
- Henri d'Orléans, comte de Paris, duc de France,
âgé d'une soixantaine d'année, qui est de loin
celui qui connaît le mieux la vie des citoyens français;
il préconise une royauté constitutionnelle, où le
pouvoir du souverain serait celui de la présidence du pouvoir
exécutif, ainsi que la prérogative d'amender les lois
faites par le Parlement, qui, lui, aurait force législative; le
pouvoir judiciaire dépendrait des nominations de magistrats
effectuées par le Roi et le Parlement.
Ses partisans sont de loin les plus nombreux et les plus
présents sur le terrain.
- Luis Alfonso de Bourbon y Bourbon, duc d'Anjou, âgé de
32 ans, grand économiste. Malgré son nom hispanique, il
est bel et bien un prince de France. Ses partisans, bien que moins
nombreux que ceux du Duc d'Orléans, préconisent une
royauté absolue, où le parlement aurait une fonction de
consultation, conseil et représentation.
J'ajoute que le roi d'Espagne, Juan Carlos Ier, est on ne
peut plus respectueux des conventions du traité d'Utrecht et
aucun membre de la royauté espagnole n'a (pour l'instant) de
prétentions sérieuses sur la France.
Je vous salue, Votre Grandeur.
Martin
Monsieur,
Vous me voyez ravi d’avoir eu l’occasion de vous esclairer sur mon tems
et mon règne et il me fait grand plaisir de pouvoir le faire de
nouveau. La phrase que vous me citez est pleine de bon sens, bien qu’il
faille parfois s’en inquiéter, surtout lorsqu’il s’agit du
bonheur des peuples.
Il semble que certaines choses ne changent point, cela est la
volonté de Dieu et doit nous convaincre et nous consoler.
Les activités physiques m’ont passionné et me passionnent
encore. La chasse et la danse ont ma préférence, bien que
je ne danse plus depuis bien longtems.
Il m’a esté donné de respondre à la mesme
question, posée par un de vos contemporains, sur la resvocation
de l’Édict de Nantes. Ma response estant assez compleste, et
puisque l’on m’asseure que vous pouvez consulter cette correspondance,
je vous conseille de vous y référer.
L’Angleterre… cela est une excellente question. Je ne peux estre en
accord avec la politique de ce royaume et je ne peux oublier les
malheurs subis par ses souverains. L’Angleterre, comme tous les
royaumes, a ses forces et ses faiblesses mais sa plus grande faiblesse
est certainement son systesme politique qui empesche le Roy de
gouverner comme il se doit.
Je vous remercie pour ces précisions sur ma descendance et vous
me voyez heureux de constater que la royauté espagnole, mise en
place par mon petit-fils, est encore dans ce royaume si longtems
après mon espoque. Cela me prouve encore une fois que j’eus
raison d’accepter le testament du feu Roy Charles II d’Espagne.
Voilà pour les responses à vos questions.
N’hésitez point à m’escrire de nouveau,
Louis
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