Kévin Vercin
écrit à

   


Louis XIV




De la validité des renonciations d'Utrecht

    Votre Majesté,

Veuillez me pardonner de vous importuner, mais une question me tourmente ainsi que tous les autres fidèles sujets du Royaume de France. Vous n'êtes pas sans savoir que votre petit fils Philippe, duc d'Anjou, devenu Philippe V par la grâce de Dieu, Roi d'Espagne, a renoncé pour lui et ses descendants au trône de France. En avait-il le droit alors que selon les lois fondamentales du royaume, la couronne est «indisponible» et que nul ne peut y renoncer? Et si jamais il n'en avait pas le droit, devrait-il abdiquer en Espagne pour devenir roi en France?

J'espère que votre majesté pourra me répondre,

Que Dieu sauve le Roi!

Monsieur,

Vostre question est très pertinente.  Elle est aussy très difficile à respondre. 

Pour prendre possession de son héritage et mettre fin à la guerre, le Roy d’Espagne n’eut d’autre choix que de renoncer à la couronne de France. Cependant, dans le cas probable où mon dernier arrière-petit-fils ne survivroit point à l’enfance, je ne doute point un instant que le Roy d’Espagne seroit tenté de faire valoir ses droits à la couronne de France. Alors, je ne seroi plus de ce monde pour juger si cela est bien ou non. Cela dit, la question mérite d’estre étudié. Faudroit-il encore que le Roy d’Espagne ait les moyens de soutenir une guerre. Rien n’est moins sûr. J’ose espérer que les choses n’en arriveront point à cette extrémité et que ma mort ne sera point le prétexte à une nouvelle guerre.

N’hésitez point à m’escrire de nouveau,

Louis

Majesté,

Je vous remercie d'avoir pu me répondre. Toutefois, je vous prie d'excuser la fougue de ma jeunesse (je n'ai que quinze ans) qui me fait oublier parfois certaines règles fondamentales de la courtoisie. Ainsi, j'espère que sa Majesté et la famille royale se portent bien. Il me reste encore quelques questions, car comment ne pas être fasciné par le plus grand roi que la France ait connu? Ma première question risque d'être évocatrice de mauvais souvenirs pour sa Majesté: j'aimerais savoir quelles étaient les revendications du Parlement lors de la Fronde. Ma deuxième question sera plus banale, comment voyez-vous les relations de votre frère, pour qui j'ai beaucoup d'affection, avec ses mignons tel le Chevalier de Lorraine?

Je remercie d'avance sa Majesté.

Que Dieu vous garde,

Kévin Vercin

Monsieur,

Si c’est vostre fouge qui pousse vostre curiosité, n’en n’ayez point de honte et gardez-la longtems. La curiosité, dans ces cas-là, est une qualité qui pousse vers une éducation bien nécessaire. 

Je respondray d’abord à vostre question sur la Fronde. 

Vous savez que j'estois bien jeune au moment de ces événements mais je puis cependant vous entretenir du «contexte politique», comme vous l'escrivez. Il est bien simple. Le feu roy mon père étant décédé en 1643, alors que je n'avois point encore cinq ans, la feue reyne ma mère fut déclarée Régente. Ces périodes sont de tous les tems des périodes d'instabilité pour les royaumes et ma minorité ne fut pas une exception. Durant ces moments où le pouvoir est affaibli par le fait mesme de la minorité royale, certaines gens croient à tort qu'ils ont le droit de prendre ce pouvoir pour leur personne et leurs clients, ou pour se donner un rosle qui n'est pas le leur, comme ce fut le cas pour le Parlement. Les membres du Parlement ont cherché à se mesler des affaires, ce qui n’estoit point là leur place. Je ne crois point qu’il soit ici question de revendications. Ils ont simplement cherché à profiter de la faiblesse du pouvoir en tems de régence.

La guerre y joua aussi un rosle important, en monopolisant les finances du royaume, poussant toujours les personnes en charge de mes affaires à trouver de nouveaux expédients pour pouvoir poursuivre ladite guerre. La présence du cardinal Mazarin aux affaires, un estranger, n'estoit que le prétexte de rassemblement des factieux. Je crois que vous avez ici les principales raisons qui ont mené à la Fronde.

Quant aux relations de mon frère, je puis dire qu’il eut toujours le plus grand respect pour moy comme j'eus toujours le plus grand respect pour luy. Malgré ses extravagances, que vous appelez «débauche», mon frère estoit un très bon prince, de qui je garde un excellent souvenir. Je n'ay que de bonnes choses à dire à son sujet. Je n'eus jamais à me soucier de trahison, ni rien de tel, en ce qui le concerne. Pour ce qui est du chevalier de Lorraine, il est vray qu'il estoit tres proche de mon frère. Cela ne m'empescha pas de sévir lorsque j'eus à le faire.

N’hésitez point à m’escrire de nouveau,

Louis

Majesté,

J'espère que vous et la famille royale allez bien. Je tiens aussi à remercier Votre Majesté de m'avoir répondu, car c'est toujours un immense plaisir que de pouvoir dialoguer avec vous.

J'aimerais, si vous le permettez, parler de culture avec vous; je sais que vous fûtes un grand mécène, que l'on vous doit de fort belles réalisations et que vous appréciez beaucoup Molière. Ainsi, j'aimerais savoir quels sont vos livres et auteurs préférés. Pour ma part il y a Molière, La Fontaine et un auteur que vous n'avez pas pu hélas connaître: Dumas qui a écrit de nombreux romans, dont un certain nombre sur feu le Roi votre père et votre enfance durant la Fronde.

Sur ce je vous dis au revoir Sire,

Dieu vous bénisse Majesté.

Monsieur,

J’apprécie tous les grands auteurs de mon tems, plus encore, je dois l’avouer, que les sages des tems anciens. Cela dit, je connois des milliers de vers de tant d’auteurs différents, que cela me seroit bien difficile de devoir choisir. De plus, chaque auteur est différent et écrit de façon différente. J’apprécie, et j’apprécieray toujours, les escrits de Monsieur de Molière, ayant du goust pour la comédie. Dans le mesme tems, les pièces de Racine sont aussy touchantes bien que différentes. Vous voyez sans doute ce que je veux dire. 

Au plaisir de vous lire de nouveau,

Louis