Comment se déroulait votre journée?
       

       
         
         

Andréanne

     

Cher Louis XIV,

En tant que roi, vous deviez avoir de nombreuses responsabilités, mais est-ce que vous aimiez faire ce travail? Comment se déroulait votre journée? Aviez-vous beaucoup de choses à faire ou pouviez-vous dormir jusqu'à midi et vous coucher à minuit? Est-ce que votre femme savait que vous aviez des maîtresses et, si oui, est-ce que cela la dérangeait?

Andréanne

 

       
         

Louis XIV

     

Madame,

En ce qui concerne mon quotidien, j’ay déjà eu l’occasion de respondre à semblable question dans une précédente missive.  Je vous repeteray donc ici sensiblement la mesme chose.  L'Etiquette de la Cour règle le quotidien, du matin jusques au soir et il existe, bien évidemment, certaines variations selon les événemens et circonstances. Je vous descriray ici une journée typique à Versailles. Le réveil se fait à 8 heures et demie, mais les officiers de ma maison s'affairent desja depuis quelque tems. À 8 heures et demie donc, c'est le réveil. Après la prière, je me lève et commence le Petit Lever. Ont droit d'assister au Petit Lever les Princes de la famille royale, c'est-à-dire ceux qui ont les Grandes Entrées, bien que maintenant, après la mort de Monseigneur mon fils, de mes deux petits-fils les ducs de Bourgogne et de Berry et le depart du duc d'Anjou devenu Roy d'Espagne, les Princes de la famille royale se fassent moins nombreux. Y peuvent assister cependant le duc d'Orléans mon neveu, le duc du Maine et le comte de Toulouse, mes fils. Après m'estre fait laver, raser et peigner, vient le moment du Grand Lever et ont droit d'y assister ceux qui ont les Petites Entrées. C'est là que je prens mon bouillon et que je m'habille avant de passer dans le Cabinet du Conseil où je donne l'ordre de la journée, savoir s'il y a chasse, promenade, etc. Les Audiences peuvent estre aussi données à ce moment là.

Suit la Messe que j'entens quotidiennement, entre 10 et 11 heures. À cette heure, c'est le moment du Conseil. Dependant du jour de la semaine, ce peut estre le Conseil d'En-Haut, des Despesches, des Finances.

À 1 heure, c'est le disner, le plus souvent au Petit Couvert, c'est-à-dire seul dans ma chambre. J'entens par seul que ce n'est point un disner familial ou avec aucun invité particulier.

L'Après-Disner est réservé à diverses activités, comme la promenade.

Au retour, vers 6 heures, c'est le moment de travailler dans le particulier avec un ministre préalablement convoqué, et ce jusques à 10 heures, le moment du souper au Grand Couvert, c'est-à-dire que les Princesses y assistent.

L'Après-Souper est consacré à passer quelques momens avec les dames puis avec la famille. Vient ensuite la cérémonie du Coucher, d'abord vient le Grand Coucher puis elle se termine par le Petit Coucher, suivant mesme principe que pour le Lever. Il est aux alentours de la minuit lorsque j'ay loisir de m'endormir.

En ce qui concerne mon mestier, j’ay toujours cru et croy encore que le mestier de Roy est le plus beau mestier du monde. 

La Reyne savoit que j’avois des maistresses et certaines d’entre elles furent mesme à son service.  Je ne crois point que cela lui plut tout le tems, mais elle sut assez bien s’en accommoder. 

Voila, Madame, les responses à vos questions.

Louis

         
         

Andréanne

     

Cher Louis XIV,

Merci beaucoup pour cette réponse. Je voudrais savoir si toutes les fautes d'orthographe que vous avez faites sont des erreurs d'inattention ou bien si c'est comme cela que vous écriviez dans votre temps?

Je voudrais aussi savoir ce que vous pensez de l'exécution de Louis XVI et de la Reine Marie Antoinette? comment vous seriez-vous senti à leur place?

Merci d'avance,

Andréanne

         
         

Louis XIV

     

Madame,

L’orthographe n’est, ce semble, point la mesme à mon epoque qu’à la vostre.  L’Académie françoise, fondée en 1635 par le Roy mon père et par le Cardinal de Richelieu, est chargée de définir l’escriture de la langue, comme elle le fit dans son dictionnaire de 1694, mais je ne doute point que celle-ci évolue avec le tems.

En ce qui concerne les personnes dont vous me parlez, n’oubliez point que je vous escris aujourd’huy de l’an de grace 1715 et que je n’ai point la faculté de connoistre l’advenir ny les gens qui le feront.

Si vous avez d’autres questions, n’hésitez point à me les faire parvenir,

Louis