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Sire,
Cela fait un long moment que je n'ai plus pris des nouvelles de Votre
Majesté. J'ose espérer qu'elle se porte comme un charme,
ainsi que Monsieur le Dauphin.
C'est vrai, je l'avoue, j'aurais dû vous écrire plus
tôt (je suis impardonnable) et puis votre courrier me manquait un
peu. C'est vrai vos lettres me causaient un immense plaisir. C'est
aussi un immense honneur pour moi que de pouvoir reprendre le dialogue
amical et courtois avec Votre Majesté.
Mon travail sur Versailles est terminé et vos notes personnelles
sur l'étiquette de Versailles m'ont beaucoup aidé. Merci
Sire pour votre aimable collaboration. Si vous le souhaitez, je peux
vous en faire parvenir un exemplaire par l'intermédiaire de ce
bon Monsieur Sinclair Dumontais. J'ose espérer qu'il aura
l'honneur de plaire à Votre Majesté.
J'arrête cette missive un peu brève, mais j'espère
qu'elle parviendra rapidement à Votre Majesté.
Présentez mes amitiés et mes respects à Madame de
Maintenon. Je me suis laissé dire qu'elle avait fondé une
maison d'éducation pour jeunes filles pauvres, mais issues de la
noblesse et qu'elle avait fait jouer «Esther», une
pièce de Racine.
Je reste, de Votre Majesté, la bien dévouée
sujette,
Sabine
Madame,
Il m'est toujours agréable de recevoir vos missives. Le Dauphin
se porte à merveille, je vous remercie.
J'aimerais bien recevoir ce travail dont vous me parlez. Sans doute
Monsieur Dumontais peut-il arranger cela, comme il arrange si bien tout
le reste.
Je transmettray avec plaisir vos salutations à Madame de
Maintenon. La maison de jeunes filles à laquelle vous faites
reference est celle de Saint-Cyr. «Esther» y a
effectivement esté jouée il y a quelques années.
Je vous donne le bonjour,
Louis
Sire,
Je viens de recevoir votre charmante missive, elle me procure un
immense plaisir.
Je suis vraiment contente que Monsieur le dauphin se porte
bien, pauvre petit, déjà orphelin. Je me suis
laissé dire que les ducs de Bourgogne étaient
décédés. Est-ce vrai Sire? Si c'est le cas, rien
n'aura été épargné à Votre
Majesté comme épreuves. Enfin! que Dieu le conserve en
bonne santé.
Vous l'aurez, Sire, ce travail, vous l'aurez, si Monsieur Dumontais a
le temps de vous le faire parvenir n'est-ce pas?
Transmettez bien toute mon affection à Madame de Maintenon; elle
doit sûrement avoir besoin de soutien. Je sais qu'elle
était fort attachée à Son Altesse Royale Madame la
Duchesse de Bourgogne. Enfin heureusement qu'elle a Saint Cyr pour
s'occuper et se distraire de son chagrin.
Merci Sire pour votre lettre, c'est toujours un immense honneur d'avoir
des échos lointains, certes, d'une époque que j'aurai
bien aimé connaître.
À bientôt Sire ,
Votre fidèle et dévouée sujette,
Sabine
Madame Sabine,
Ce qu'on vous a dit est malheureusement vray. Le duc de Bourgogne,
devenu Dauphin par la mort de mon fils, est luy aussi
décédé il y a 3 ans et quelques mois. Une
véritable hécatombe frappa ma famille à ce moment
là et je perdis mon fils, mes deux petits-fils, mon
arrière-petit-fils ainsi que ma chère duchesse de
Bourgogne, en l'espace de quelques mois. Quelle tristesse pour le
royaume et pour moy! Cela est un immense bonheur que le jeune Dauphin
se porte bien jusques à ce jour.
Je n'ay point reçu vostre travail. L'avez-vous fait parvenir
à MonsieurDumontais?
Je vous donne le bonjour,
Louis
Sire,
Que de malheurs dans votre vie depuis que je vous ai écrit!
Je crois que je vais rappeler à Monsieur Dumontais ses devoirs
envers vous.
Et Madame de Maintenon comment va-t-elle? Se remet-elle de la perte de
la Duchesse de Bourgogne?
Et puis non, Sire, je tiens trop à notre amitié naissante
pour oublier que je suis d'abord votre sujette avant d'être une
amie. Je vous fais donc parvenir ce devoir bien plaisant, ma foi.
A bientôt, Sire, je vous souhaite le bonsoir.
Votre fidèle sujette
Sabine
Mademoiselle Sabine,
Je vous escris présentement de mon chasteau de Marly, en ce mois
d'aoust 1715. Il y a desja plus de 3 ans que le duc et la duchesse de
Bourgogne nous ont quittés, mais ils sont tousjours presens dans
nos esprits et nos cœurs.
Monsieur Dumontais a eu la gentillesse de me faire parvenir les papiers
de vostre travail. Je dois dire que la prime chose qui m'a
impressionné est la texture de ce papier, ainsi que le genre
d'encre qui s'y trouve. Cela est bien différent des gravures et
portraits de mon tems. Je vous remercie de les avoir envoyés si
prestement à ce brave Monsieur Dumontais.
Secondement, vostre texte m'a paru très à propos et je
vous en félicite. J'ose espérer que vostre gouverneur
vous en a fait compliment. Il faut sçavoir louer le travail bien
fait, cela aide et encourage les jeunes personnes qui reçoivent
une éducation. Je me permets donc, Mademoiselle, de jouer le
role de vostre gouverneur et de vous complimenter.
Je vous donne le bonjour,
Louis
Sire,
En me rendant sur Dialogus, où j'ai l'immense honneur de pouvoir
correspondre avec Votre Majesté, je me suis aperçue que
j'avais oublié de répondre à la dernière
missive de mon souverain... J'espère que Votre Majesté
aura la délicatesse de bien vouloir me pardonner ce petit oubli.
Je suis bien contente que mon modeste opus sur Versailles ait eu l'heur
de plaire à Votre Majesté... Tant mieux, Sire, vous m'en
voyez ravie.
Petite rectification concernant mon état-civil, du moins si
Votre Majesté me le permet. Je ne suis plus demoiselle mais une
femme mariée et respectable de 38 ans... J'ai eu la
possibilité de faire des études universitaires en
histoire, ce qui fait que je connais assez bien les grandes
étapes de votre règne qui fut certes long, mais
également fertile en rebondissementset intrigues en tout
genre...
J'espère que Votre Majesté en profite pour se reposer
à Marly...et de cette manière nous revenir en pleine
forme et bien reposé.
Merci de votre confiance Sire, cela me touche énormément.
A bientôt j'espère
Votre dévouée sujette
Sabine
Madame,
Veuillez excuser, je vous prie, ma mesprise au sujet du fait que je
vous donnois le titre de «Mademoiselle». Mais, Madame, vous
ne pouvez vous en prendre qu'à vous! En effet, c'est que vous
devez estre encore une jeunesse dans le coeur et dans l'ame. Vostre
manière d'escrire démonstre cette fraischeur de vostre
coeur et de vostre ame, fraischeur que vous ne perdrez jamais, je vous
lesouhaite de tout coeur!
Le plus humblement du monde, après cette mesprise, pardonnable
j'ose l'espérer,
Louis
Sire,
Votre Majesté est toute pardonnée... et moi, comme vous
le dites si bien, je n'ai qu'à m'en prendre à
moi-même.
Vous avez raison... je suis quelqu'un de jeune selon les
critères de mon époque (le 21ème siècle )
mais, sous votre règne Sire, les personnes qui passaient la
trentaine faisaient figure déjà de personnes
respectables, certes dans la force de l'âge... Sic transit gloria
mundi!
Merci, Sire, c'est trop d'honneur que vous me faites là... Vous
êtes certes à l'automne de votre vie mais votre jeunesse
de coeur et d'esprit ne vous fait pas défaut, n'est ce pas? On
sent que Votre Majesté a encore beaucoup de projets et
déborde de vitalité... continuez comme ça, Sire...
et surtout ne changez pas... Restez positif et gardez un bon moral,
c'est le principal...
Auriez vous l'amabilité, Sire, de transmettre mes amitiés
à Madame de Maintenon... ainsi qu'au petit dauphin.
Votre dévouée sujette,
Sabine
Madame,
J'ay transmis vos amitiés à Madame de Maintenon, qui se
moqua de moy et crut que je perdois l'esprit, lorsqu'elle m'entendit
lui expliquer nos relations. Mais vostre message est fait, tel que
demandé.
Je vous transmets les miennes à mon tour,
Louis
Oh! Sire, c'est vous qui me faites rire et, en plus, vous me
flattez, petit-fils d'Henri IV, digne descendant du Vert Galant.
Ce n'est qu'une réaction de la part d'une
épouse aimante et soumise aux désirs d'un époux,
quoi de plus normal....
Je connais ça aussi, et je vous prie de dire à
cette chère Françoise qu'il n'y a rien de fâcheux
entre nous. Si ce ne sont que des plaisanteries de bon aloi, en tout
bien tout honneur.
Quoi Sire, elle vous a cru fou? Ah, mon Dieu! pauvre amie! et
dire qu'elle est aussi sur Dialogus... Vous feriez mieux de la rassurer
sur vos sentiments à son égard en lui envoyant un petit
mot d'excuse.
Votre amie
Sabine
Madame,
Hé bien! Il semble que je ne sois point fou, puisque je
reçois bien vos missives! C’est tout ce qui compte.
Je vous donne le bonjour,
Louis
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