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Madame Lilith,
Alors que je flânais sur Dialogus, j'ai remarqué votre
présence. Cela m'a pour le moins intrigué. Serait-ce là bien Lilith, la première
femme, symbole des pulsions et passions auxquelles nous sommes soumis? Comprenez
bien que les a priori sur vous sont nombreux: on vous traite bien
volontiers de succube, d'éternelle tentatrice, une femme à coté de qui Sharon
Stone dans «Basic Instinct» fait office de bonne sœur.
Quelle ne fut pas
ma surprise, en lisant vos correspondances, de reconnaître les propos d'une
femme sensée avec laquelle il est permis de discuter. Sans pour autant, bien
sûr, vous adorer et vous encenser comme le firent certains.
Je ne suis
pas un théocrate, phallocrate, aristocrate etc. Je reconnais comme principe
élémentaire que femmes et hommes ont des droits égaux et doivent être traités de
la même manière. Cependant les valeurs que vous prônez m'étonnent.
Que
pensez-vous de l'amour? Est-ce là une fable inventée au gré de l'évolution de
l'humanité pour assurer la monogamie? Parce qu'ici-bas on vous considère bien
volontiers comme l'ambassadrice de la «femme libérée», qui use et jette les
hommes telles de vulgaires chaussettes. En quelque sorte, la femme qui prend sa
revanche après des siècles d'asservissement par la caste masculine. Une nouvelle
forme de consumérisme, aujourd'hui mondialisée sur internet.
Si tel est
le cas, je trouve cela bien dommage. D'une part sur la forme, car cette mouvance
s'apparente à une mythologie idéologique. Et puis sur le fond, je pense que le
romantisme ne fait pas de mal et nous distingue des animaux.
Ainsi par
exemple, il me semble normal de tenir la porte à une demoiselle, de lui laisser
la dernière part de tarte (y compris si c'est ma préférée). Il m'apparaît tout
aussi inconcevable de lui laisser régler l'addition ou même de partager la note.
J'y vois là une marque de civilisation. Autant le machisme est archaïque, autant
la galanterie est nécessaire (mais peut-être y voyez-vous la même
chose?).
Peut-être pensez-vous que je suis prisonnier de mon éducation?
Mais voyez-vous, le sourire d'une demoiselle à qui je tiens la porte, ou laisse
une place confortable, m'incite à penser que j'ai raison.
Bien à
vous,
Olivier
Tendre Olivier,
L’Amour existe-t-il? Naturellement! Et l’Humanité le
décline sous toutes ses formes, de la plus humble à la plus noble. Je ne
pourrais encourager mes enfants à le fuir; ce serait faire d’eux des êtres sans
âme et même, oserais-je dire, des êtres sans esprit, car l’amour leur en donne,
assurément. Les frileux me diront que les emportements de l’amour font perdre la
raison, mais cette raison là m’importe peu.
Je veux aussi avoir le droit
de choisir, si telle est ma fantaisie, de m’abandonner un soir dans les bras
d’un homme et d’un autre le lendemain. Est-ce là du consumérisme? Ne
pourriez-vous accepter l’idée que le plaisir ait droit de cité? Doit-on
enchaîner son destin au premier venu ou refuser de plaisantes étreintes en
attendant l’âme sœur? Il ne s’agit pas d’Amour, certes, mais il ne s’agit pas
non plus de déconsidérer ces fugaces partenaires.
Par ailleurs, ne
confondez pas l’Amour et la galanterie qui est l’expression de règles que je ne
puis cautionner. Je sourirais certainement si vous me teniez la porte, si vous
m’invitiez à dîner mais souffrez que je puisse jouir des mêmes plaisirs et qu’il
ne soit pas offensant pour un homme que je l’invite à ma table ou que je marque,
par de petits gestes, l’attention que je lui porte. Car il s’agit bien de cela:
l’attention. Votre galanterie, pour être vraie, doit être la façon dont vous
dites à l’autre qu’il existe à vos yeux. Inutile de prendre les armes, tendre
Olivier, je prône la passion, les plaisirs charnels, mais je ne suis pas
l’ennemi de l’Amour.
Souviens toi… J’ai fui un homme qui voulait me
posséder et non m’aimer.
LiLiTH |