Quelle chance je peux avoir!
L'inspecteur SNIF en personne s'occupe de mon cas!
La vie est belle avec Mère Liberté, et s'il y a
défaillance, ce n'est que de ma faute et non de la sienne. Il
n'y a pas de combat pour la liberté: elle coule dans mes veines
et se fait jouissance de chaque instant vécu. Si combat il doit
y avoir, ce n'est que parce qu'une tierce personne veut attenter
à cette Liberté.
Tes sous-entendus silencieux ne sont que des leurres qui veulent
débusquer le lapin de sa cachette. Ah! Belle Lilith, il te
faudra être plus maligne que cela si tu veux avoir le dessus, que
ce soit en parole, ou en preuve!
Si ton but... n'est pas de nous faire dévier, lequel est-il? Tu
ne vas pas continuer dans ton sempiternel sermon de la gentille
philosophe qui veut être la maman de l'humanité, maniant
avec subtilité l'ironie, le scepticisme, l'intelligence,
l'émotion, et parfois une tendresse que l'on n'attendrait en
tout cas pas d'un personnage tel que le tien. Certes, cela te
réussit, mais juste une fois... Montre-moi ton vrai visage.
Promis: je ne partirai pas en courant. Je ne suis pas femme à me
soustraire à la révélation d'une
vérité.
Fille de Liberté et fille de joie pour toi c'est un paradoxe?
Étrange. Je te laisse y réfléchir!
Neptune, fille de la Liberté
Dis donc chipie, on risque de perdre pas
mal de temps si tu persistes à lire de travers ce que je
t'écris ou à comprendre ce que tu veux! À ce
jeu-là tu vas en construire des paradoxes!
Et voilà que tu traces
les mêmes chemins, que tu prends les mêmes raccourcis, que
tu te fends pour porter l'estocade alors que déjà tu
esquisses une volte. Combien de fois feindras-tu la balestra pour
terminer en battant ta coulpe?
Je n'ai pas UN but, ni UN
visage. Accepte l'idée ou renonce à comprendre.
LiLiTH
Chipie... Ce terme me fait rire car
c'est exactement un mot qui peut être adressé par une
maîtresse d'école à une élève
impertinente ou casse-pompe!
Pour répondre à ta dernière question, combien de
fois, je ne sais pas. La seule chose que je sais, c'est que je cesserai
lorsque j'aurai eu ce que je voulais.
Une autre question, maîtresse?
Neptune, fille de la Liberté
Maîtresse... ce terme m’a souvent
été donné, accolé de centaines d’autres
expressions parmi lesquelles «d’école» n’a jamais
figuré, dois-je dire.
Peut-être vais-je
inaugurer ce titre en commençant par une leçon sur la
nécessité de demander respectueusement, quitte à
faire rimer impertinence et pénitence. Je ne serai certainement
pas une maîtresse indulgente et la médiocrité n’a
pas sa place dans mon cours.
Quitte ou double?
LiLiTH
Une maîtresse indulgente...
C’est l’image que tu souhaiterais ne pas donner, mais malheureusement,
tu l’es bien trop. On ne peut pas éternellement être
compatissant et gentil. Pourquoi ne m’envoies-tu pas paître chez
les Grecs quand tu vois l’agressivité dont je fais preuve depuis
le début envers toi? Remets-moi à ma place! Dis-moi mes
quatre vérités. Tu es une femme intelligente, pourquoi
vouloir me ménager? Je ne le mérite pas. Je ne le veux
pas. J’abhorre ce genre de comportement. Pourquoi est-ce moi qui dois
le dire? Je veux quelqu’un de dur dans ses jugements et critiques, car
la mollesse, j’ai déjà donné... Je veux savoir
où je vais, et avec quel bagage. Qui je suis et pourquoi.
Personne autour de moi ne peut m’aider dans ma réflexion, car je
suis déjà bien trop loin du quidam insouciant.
Maintenant... suis-je médiocre? Tu me poses la question du
quitte ou double. Mais ma pauvre, te rends-tu compte de ce que cela
veut dire,«double»,pour moi?
Tu n’as pas les moyens moraux ni physiques pour donner sens à ce
«double», à moins que tu ne sois une surfemme. Je ne
répondrai donc pas à ta question.
Demander respectueusement? «Je vous prie, chère amie, de
m’accorder l’attention que je mérite et de m’aider à
surmonter mes questionnements et mes aberrations personnelles
continuelles. Pour cela, je promets d’être une gentille
élève, qui méritera chaque gommette que sa
gentille maîtresse lui donnera pour la récompenser. Je
promets également de ne plus taper mes petits copains, de ne pas
tirer les cheveux de mes copines. J’aurai des bonnes notes pour le
parfait bonheur de mes parents, et je serai toujours attentive à
respecter la morale que mes parents m’ont apprise. Je me mets à
genoux, Madame, pour vous dire que mon agressivité s’envole
très vite quand on sait me parler. Avec mon plus profond
respect.»
Voilà... c’est beau, hein... j’aurais pu continuer des pages
entières, mais si ça te suffit, c’est le principal... Et,
s’il te plaît, cache ce sourire de bonheur qui envahit ton
charmant minois à la lecture de ces lignes. Car je crois bien
qu’il éclaire de façon manifeste ma faiblesse.
Neptune, fille de la Liberté
Pourquoi je ne te donne pas la correction
que tu crois mériter? Mais parce que tu la cherches, ma belle!
Je pourrais laisser monter mon
exaspération, me répandre en reproches, aiguiser mon
langage, choisir les mots qui blessent, exploser peut-être... et?
Ne pas le faire, rester lisse et ignorer tes provocations est
certainement plus cruel, mais pas inutile, parce que cela te donne
l'occasion de revêtir ton costume de petite peste et de me faire
un joli numéro.
Tes attaques, tes bravades, tes
questions, tes affirmations, rien de tout cela n'est toi; et ne me
soutiens pas le contraire, parce que tu ne sais même plus qui tu
es à force de te museler! Les mots véritables -tes
vérités premières- demandent pour s'exprimer bien
plus de courage que tes coups de gueule. Tu n'es peut-être pas
médiocre, mais c'est à se demander si tu ne serais pas
lâche...
Tu voudrais savoir où tu
vas et avec quel bagage? Mais tu ne vas nulle part, parce que tu as
posé tes bagages à tes pieds et que tu attends que le
chemin vienne à toi au lieu de l'emprunter.
Je suis au milieu de la route;
viens si le coeur t'en dit.
LiLiTH
