Julien
écrit à

   


Maria Leszczynska

     
   

Votre vie à la cour et votre famille

   

Votre Majesté,

Je vous remercie de m'avoir répondu. Suite à la lecture de votre lettre de nouvelles questions me sont venues.

Vous commencer par dire, je cite :«Je vous remercie pour l'intérêt que vous portez à la pauvre reine que je suis devenue». Pourquoi dites-vous «pauvre reine», est-ce à cause des relations distantes avec la Roi?
 
Ensuite, j'aimerais savoir en quoi consiste, dans les grande lignes, le métier de Reine de France? Puis quelles sont vos impressions sur la Cour et comment vivez-vous, vous sentez au sein de celle-ci? Et pour finir, j'aimerais en savoir plus sur vos enfants?

Je vous remercie par avance.

Dans l'attente de votre réponse, respectueusement.

Julien


Julien,
 
Il est bien vrai que le roi mon époux me délaisse, mais ce n'est point à cela que je pensais lorsque j'écrivit ladite phrase. Lorsque je considère ma vie actuelle, en cette cour de France, je vois certes une épouse délaissée et bafouée, mais surtout une femme et une mère portant le deuil de ses parents, de ses enfants défunts et de ses nombreux amis qui avaient contribué à rendre sa solitude moins amère. Ces dernières années, les larmes ne m'ont pas quittées le moindre instant. Je suis maigre, affaiblie, misérable, et c'est un exploit que je me tienne encore debout. Suis-je seulement encore vivante?
 
Le métier de Reine tel que je l'ai connu ne correspond guère à celui qu'ont connu les souveraines précédentes. Lorsque je suis arrivée en France, il y avait des années que la duchesse de Bourgogne était morte, et aucune femme de la famille royale n'était là pour me guider. Certes les usages ne manquaient pas. L'étiquette de Versailles correspond, pour les souverains, à mener une vie de perpétuelle représentation. Pas un instant de solitude, pas de vie privée. Autrefois, en Pologne puis à Wissembourg, nous avions certes des cérémonies officielles où le protocole était très présent, mais il y avait parallèlement des instants où l'on pouvait véritablement mener une vie familiale, sans grande contrainte. J'ai toujours su me plier aux règles sans faillir, et je remercie en cela l'éducation paternelle qui m'inculqua très tôt un sens profond du devoir. Mais il fallait également relever la vie de cour qui avait vécu, jusqu'à mon arrivée, une période de somnolence. La seule distraction mondaine que j'apprécie, c'est le jeu, mais j'y perds des sommes considérables qui troublent ma conscience de chrétienne. Alors j'étais souvent conviée, dans les premiers temps, à faire conversation avec les dames de la cour, mais très vite cela m'apparut pesant. Je prisais peu ces entretiens où l'on ne s'entretenait guère que de futilités.
 
Je fuis donc les distractions de la cour, sauf évidemment si je ne puis faire autrement. Mais, tout comme le Roy, je désirais mener une vie moins assujettie au joug protocolaire. J'apprécie particulièrement les petits appartements où nous vivons entourés d'une société réduite. Ce n'est point vraiment la solitude, mais il est au moins possible de s'affranchir du bavardage des courtisans. Je prenais plaisir à aménager à ma guise mon intérieur, dans ces appartements où je passe plusieurs heures par jour. Je m'occupe à la lecture, à la peinture, au dessin, à la musique, aux bonnes oeuvres. Cette vie semi-privée me convient, car chaque jour apporte son lot de distraction. Le soir, je reçois mes amis, ou bien je me rends chez eux. Maintenant hélas, ils ont presque tous quitté ce monde.
 
Mes enfants? Ils sont souvent le sujet de ma correspondance. Je vous invite à la consulter, mais n'hésitez pas, cher Julien, si vous souhaitez des précisions sur un sujet précis.
 
Au plaisir de vous relire,
 
Marie